Elle lit des essais

Le Roi vient quand il veut. Propos sur la littérature, de Pierre Michon

Le Roi vient quand il veutun écrivain qui écrit tous les jours désacralise sa relation à l’écriture. Il en fait une activité quotidienne au sens propre comme au sens figuré, quelque chose d’ordinaire et d’aussi trivial que les gestes élémentaires de la persistance biologique : se nourrir, dormir, pisser, etc.

Vous le savez, je n’aime rien tant que les ouvrages, romans ou essais, autoréflexifs, ceux où la littérature parle d’elle-même, et où les écrivains s’interrogent sur le geste créateur. C’est pour cela que, bien que n’ayant pas (encore) lu Pierre Michon dans le texte (je sais, je sais, mais je ne peux pas lire tout ce que je voudrais), j’ai eu envie de me plonger dans ce recueil d’entretiens.

30 textes, 30 entretiens classés chronologiquement de 1989 à 2007 et dans lesquels, selon l’anglage des questions, Pierre Michon aborde son parcours, ses différentes œuvres, sa conception de la littérature, son exigence de brièveté, le fait qu’il écrit peu, ses carnets de travail, les écrivains et les textes qu’il chérit et qui le construisent…

C’est, évidemment, lumineux et pleinement nourrissant. Pierre Michon est, de fait, un auteur assez à part, et très exigeant. Sans concessions, il nous permet d’entrer dans les arcanes de la création, la sienne, qui n’est pas celle d’un autre : de longs mois sans écrire, et puis la fulgurance qui vient, la nécessité, comme mue par l’inspiration, qui l’attache à sa table de travail et lui permet d’accoucher, en un jet, d’une oeuvre brève et déjà achevée. La manière dont certains textes de Faulkner, Flaubert, Rimbaud le nourrissent au point d’intégrer ce qu’il appelle sa « bibliothèque neuronale » ; des citations qu’il emprunte parfois sans guillemets, tant il a l’impressions qu’elles sont de lui. Comment il est devenu écrivain sur le tard, après ne pas avoir fait grand chose, à part vivre hors du monde. L’article sur ses carnets de travail est particulièrement passionnant, d’autant qu’il en reproduit certaines pages : cela donne le sentiment d’observer l’écrivain à l’oeuvre par le trou de la serrure.

Bien sûr, certaines prises de position ont de quoi laisser un peu perplexe, par exemple celle que j’ai mise en exergue et avec laquelle je ne suis pas pleinement d’accord (je regrette la valeur universelle qu’il donne à son propos : chaque écrivain, je crois, a un rapport particulier au geste d’écrire et à sa dimension sacrée). Reste que c’est passionnant de bout en bout !

Le Roi vient quand il veut. Propos sur la littérature
Pierre MICHON
Textes réunis par Agnès Castiglione avec la participation de Pierre-Marc de Biasi
Albin Michel, 2007 et 2016

(2 commentaires)

Un petit mot ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s