Romans

La Chute, d’Albert Camus

La ChuteFerez-vous un long séjour à Amsterdam ? Belle ville, n’est-ce pas ? Fascinante ? Voilà un adjectif que je n’ai pas entendu depuis longtemps. Depuis que j’ai quitté Paris justement, il y a des années de cela. Mais le cœur a sa mémoire et je n’ai rien oublié de notre belle capitale, ni de ses quais. Paris est un vrai trompe-l’œil, un superbe décor habité par quatre millions de silhouettes. Près de cinq millions, au dernier recensement ? Allons, ils auront fait des petits. Je ne m’en étonnerai pas. Il m’a toujours semblé que nos concitoyens avaient deux fureurs : les idées et la fornication. A tort et à travers, pour ainsi dire. Gardons-nous, d’ailleurs, de les condamner ; ils ne sont pas les seuls, toute l’Europe en est là. Je rêve parfois de ce que diront de nous les historiens futurs. Une phrase leur suffira pour l’homme moderne : il forniquait et lisait des journaux. Après cette forte définition, le sujet sera, si j’ose dire, épuisé.

Lorsque j’avais lu ce texte il y a de cela plusieurs années, il m’avait fait forte impression. Et là, j’ai eu envie de l’emporter avec moi à Amsterdam et de le relire. Pas seulement par l’effet d’un certain snobisme qui fait que je trouve hyper classe de lire à Amsterdam un texte qui s’y déroule et de pouvoir y faire une jolie photo, mais aussi parce qu’il s’est trouvé qu’avant de partir j’ai assisté à une émeute de signes concernant cette ville : dans mes lectures diverses, je n’ai cessé de tomber sur cette ville, alors j’ai décidé de suivre ces signes, et même de les aider un peu. Je ne sais pas encore trop ce qui en sortira, mais enfin, nous verrons bien.

A Amsterdam, au cours de promenades nocturnes, un homme, qui se dit « juge-pénitent », se confie à un autre, qu’il vient de rencontrer dans un bar du port…

Un récit éminemment dérangeant et singulier, qui constitue une réflexion métaphysique extrêmement pessimiste sur la nature humaine et sur l’homme moderne. Assez étrangement chez Camus, il se tisse de motifs et de thèmes chrétiens : le personnage narrateur, dont la voix seule nous est donnée à entendre, se prénomme (dit se prénommer) Jean-Baptiste, et cela relié au motif de l’eau omniprésent dans le récit ne peut que faire penser au baptiste évangélique, surtout accolé à son nom de famille Clamans (« crier », Jean-Baptiste étant dit Clamans in deserto). Il y a aussi du Paul de Tarse en lui : le pêcheur revenu de ses turpitudes passées, et s’érigeant en juge de tous les autres — les poussant à la confession. Culpabilité, châtiment, jugement, conscience, tels sont les thèmes obsédants de ce roman dont le titre s’entend de deux manières : la chute physique, celle d’une jeune-fille qui se suicide en sautant d’un pont, et la chute symbolique, religieuse, métaphysique. Les canaux concentriques d’Amsterdam ressemblent aux cercles de l’enfer…

A lire, pas forcément à Amsterdam.

La Chute
Albert CAMUS
Gallimard, 1956 (Folio)

5 réflexions sur “La Chute, d’Albert Camus

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