Elle regarde la télé

The Royals, de Mark Schwahn

The RoyalsChoose love. Choose your own path.

J’avais cette série dans ma ligne de mire depuis sa création. Très malheureusement, si la saison 3 est en cours de tournage, les deux premières sont encore, pour le moment, totalement inédites sur les chaînes française ; mais fort heureusement, elle est disponible au moins sur l’Apple Store, peut-être ailleurs, enfin en tout cas, dès que j’ai vu ça, je le suis précipitée. Et je me suis avalé les deux premières saisons en quelques jours…

La série, basée sur le roman de Michelle Ray Falling for Hamlet, raconte les heurs et malheurs d’une famille royale britannique totalement fictive (enfin, même s’il y a quelques clés).

Lorsque la série commence, le prince Robert, l’héritier du trône, meurt dans des circonstances mystérieuse, et cet événement tragique va bouleverser la vie de tout le monde : les jumeaux Eleanor et Liam, ce dernier devenant de fait l’héritier ; le roi Simon, qui se demande si tout cela vaut la peine et envisage d’abolir la monarchie ; la reine Helena, dont l’idée fixe est de contrôler à tout prix l’image de la famille royale ; et le duc d’York, Cyrus, prêt à tout pour monter sur le trône.

La série est déconseillée aux moins de 16 ans aux Etats-Unis ; c’est un peu exagéré mais c’est, de fait, très trash : beaucoup de sexe, beaucoup d’alcool, beaucoup de drogue. Mais ce n’est pas gratuit, et les enjeux sont beaucoup plus profonds : tragédie du pouvoir, House of cards version monarchie, la série invite à réfléchir aux choix que nous devons faire, et ici les personnages sont, sans cesse, tiraillés entre la soif de richesse et de pouvoir et l’amour vrai. Surtout, l’ensemble est très shakespearien : on s’en doutait, vu le titre du roman dont la série est adaptée, mais l’intertextualité est vraiment très riche et à tous les niveaux. Les scènes alternent sans cesse entre la veine bouffonne (notamment avec les deux filles de Cyrus, Penelope et Maribel, mais pas seulement, tous les personnages sont tour à tour sublimes et bouffons) et la veine tragique (et certaines scènes m’ont, réellement, fait verser des larmes). D’ailleurs, de multiples références sont constamment faites à Shakespeare, et notamment à ses tragédies politiques.

Plus encore, chaque personnage est travaillé par les héros shakespearien, et chaque personnage est du coup d’une richesse assez déconcertante, aucun n’est noir ou blanc, aucun n’est monolithique : tous ont leurs forces, et leurs faiblesses, des personnages que l’on croyait bons se révèlent monstrueux, et on aperçoit parfois la lumière dans les âmes les plus noires. Le roi Simon est le roi Lear, plus père finalement que roi, d’une grande humanité qui est à la fois sa force et sa faiblesse. Les jumeaux, Liam et Eleanor, ont quelque chose d’Hamlet et en même temps ils sont extrêmement modernes, Liam assez sage et Eleanor totalement punk, révoltée, et en même temps touchante.

Mais selon moi, les deux personnages les plus intéressants sont Helena et Cyrus, les deux « méchants ». Helena, à première vue, c’est la bitch absolue, mélange de lady Macbeth et de Maléfique : mais on comprend vite que non seulement ce n’est pas aussi simple, mais en plus le personnage évolue beaucoup et gagne en nuances au fil des épisodes. Et quant on voit sa mère, on comprend que ça n’a pas dû être facile tous les jours.

Quant à Cyrus, c’est, je l’avoue, mon personnage chouchou parce que j’aime les méchants complexes : au départ, Cyrus, c’est le monstre, prêt à tout pour accéder au trône, mélange de Macbeth et de Iago, fourbe, profitant de sa position pour obtenir les faveurs sexuelles aussi bien des hommes que des femmes, alcoolique, drogué jusqu’aux yeux (cela dit, ces deux derniers points concernent tous les personnages de la série), bref, un sale bâtard ; mais, là encore le personnage s’éclaire au fil des épisodes et il y a des scènes, et notamment dans la saison 2, où il est extraordinairement émouvant et touchant, et on comprend que ce n’est pas juste un méchant… Cyrus, c’est celui qui a choisi la haine et le pouvoir parce qu’il n’a pas su gagner l’amour (de sa mère, notamment, personnage qu’on ne voit que 5 minutes et c’est dommage, de sa première femme non plus, sans doute de personne d’ailleurs jusqu’à la saison 2) et qui préfère du coup tout faire pour qu’on le haïsse. Oderint, dum metuant. Mais en fait, il est prêt à sauter sur toutes les occasions d’être aimé. C’est vraiment le personnage que j’ai hâte de voir évoluer dans la saison 3, et dont je pense qu’il peut trouver la rédemption.

Autour de ces personnages principaux gravitent toute une cohorte de personnages secondaires tous plus fascinants les uns que les autres, dont les motivations ne sont pas toujours claires, et qui apportent tous quelque chose d’important. Notons aussi la présence de fantômes qui hantent le palais sans faire sombrer la série dans le fantastique : l’enjeu de leur présence est beaucoup plus métaphysique et psychanalytique.

Une série totalement décadente, complexe, d’une grande richesse, extrêmement bien écrite et filmée : je ne comprends pas qu’elle ne soit pas encore diffusée en France !

The Royals

The Royals
Mark SCHWAHN
En cours de production

5 réflexions sur “The Royals, de Mark Schwahn

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