Elle lit des romans

89 mois, de Caroline Michel

89 moisJ’ai trente-trois ans, ça y est. A quarante ans, mon corps sera hors jeu. Il me reste donc sept grosses années pour faire un enfant, soit quatre-vingt-neuf mois. Un chiffre minuscule. A peine deux mille sept cents jours. Que peut-on faire en deux mille sept cents jours ? Rien. J’en ai déjà mis cinq à construire trois meubles Ikea.

L’autre soir, j’ai été prise d’un coup de blues aussi inexplicable que soudain. Inexplicable en tout cas de prime abord, mais que j’ai compris lorsque je me suis replongée dans ma lecture en cours, ce roman donc. C’était lui qui me déprimait profondément. Mais absolument pas pour de bonnes raisons.

Jeanne a 33 ans. Elle a renoncé à l’amour depuis sa rupture avec Julian, mais pas à la maternité : depuis toujours, elle s’imagine mère, et ne peut imaginer une vie sans enfants. Et elle estime qu’à 33 ans, le compte à rebours avant la date de péremption de ses ovaires a commencé. Elle va donc se mettre en tête de le faire toute seule, ce bébé, comme dans la chanson de Goldman. Mais pas en se faisant inséminer en Belgique ou en Espagne, non : en couchant avec des hommes sans se protéger, malgré les risques que cela implique.

Supposé être drôle (c’est en tout cas ce qu’annonce la quatrième de couverture), ce roman est surtout extrêmement anxiogène et affligeant : la femme y est réduite à un ventre capable ou non d’être fécond et portant une date limite de consommation très claire : 40 ans. Quant aux hommes, ils ne sont finalement qu’une paire de couilles pleine de spermatozoïdes, et c’est finalement tout ce qui intéresse la narratrice. Pourtant, elle en rencontre des chouettes, avec qui elle aurait pu peut-être construire une belle histoire, mais non, elle ne les envisage que comme des géniteurs potentiels. Le sexe est triste, elle n’y prend aucun plaisir, obsédée par le fait de tomber enceinte. Cette obsession pathologique devient très vite lassante et consternante, d’autant qu’il est tout de même gênant, à notre époque, de faire comme si le préservatif n’était pas rigoureusement indispensable dans les rencontres de hasard (mais du coup, c’est effectivement moins facile de tomber enceinte).

Bref, un roman qui m’a profondément déprimée (alors que c’est supposé être un roman feel good…), consternée et affligée, avant de me mettre en colère… Peut-être aussi parce que, tout simplement, les désirs de la narratrice me passent à des années lumières au-dessus de la tête. Je les aurai dans pas si longtemps que ça, les 40 ans, et absolument jamais le moindre désir d’enfant ne m’a effleurée, donc il est fort possible que je n’étais absolument pas le public cible. Mais tout de même, la vision des hommes, des femmes et du sexe véhiculées par ce roman me dérangent profondément…

89 mois
Caroline MICHEL
Préludes, 2016

Leiloona est perplexe aussi, mais moins…

(20 commentaires)

  1. Depuis que je vois sa couverture sur les réseaux sociaux, ce livre ne m’a pas du tout donné envie. Déjà parce que les histoires de désir d’enfant ne me touchent pas (je ne me sens pas concernée), mais alors quand je lis que les hommes (et la femme) ne sont considérés que comme géniteurs potentiels, et qu’en plus le roman ferait presque l’apologie du sexe non-protégé…je me demande même si on devrait avoir le droit de publier ça, un livre qui dit en gros « faites un enfant avec le premier venu donc surtout ne vous protégez pas » !

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  2. je ne sais pas si l’auteure est souvent dans un registre au comportements impulsifs et autodestructeurs ( comme la sexualité à risque ) mais de même qu’il y a des scénarios qui en rajoute  » des tonnes  » il semble bien que certains romans aussi.
    C’est maladif cette histoire de maternité …quoi que la paternité aussi parfois .. je me demande s’il n’y a pas une volonté de déranger …
    J’ajoute que lire un roman pour se retrouver déprimé ?  » bonjour la valeur ajoutée ! déja qu’il pleut en plus.
    Bonne journée 😉

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  3. J’avais lu de bonnes critiques sur ce livre mais les idées véhiculées me donnent envie de fuir. Autant je déteste les gens qui réduisent la femme à un utérus sur pattes (quoique pas mal de femmes savent le faire par elles-mêmes) autant l’idée que les hommes soient réduits au rang de géniteur m’horripile aussi. Si le ton avait été ironique et l’histoire avait servi à dénoncer certains travers de notre société, je l’aurais lu mais là, je vais passer mon chemin.

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  4. Un roman que je vais pouvoir zapper en toute sérénité 😉 vu que je ne suis pas intéressée par la maternité et que ma date de péremption est dépassée … et je crois que moi aussi ça me déprimerais grandement.

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