Romans

En finir avec Monica, de Candace Bushnell

En finir avec MonicaIl arrivait à Pandy de ne pas savoir qui elle serait sans Monica. Puis elle se rendait compte que lorsque vous vous posez cette question, vous vous demandez en réalité qui vous seriez sans une étiquette. Et des étiquettes, on en a toutes. Mère. Épouse. Célibataire. Femme active. Mère dévouée. Mais que faisons-nous lorsque nous découvrons que notre étiquette ne colle plus ? Que devenons-nous lorsque notre étiquette arrive à expiration ?

Cela faisait 5 ans que j’attendais ce nouveau roman de Candace Bushnell. A vrai dire, j’attendais surtout la suite des aventures de la jeune Carrie Bradshaw à New-York (alors même que c’est du young adult et qu’en principe j’ai horreur de ça). Mais en lisant ce roman, on se rend compte qu’il se pourrait bien que Carrie Bradshaw, sa créatrice Candace Bushnell commence à en avoir plein les escarpins.

Si Monica, l’héroïne qu’elle a créée, lui a apporté la gloire et l’argent, Pandy Wallis veut pourtant passer à autre chose, et être reconnue comme un véritable écrivain « littéraire ». Mais le roman qu’elle a mis deux ans à écrire, et qui n’est donc pas une nouvelle aventure de Monica, ne convainc pas les éditeurs, et Pandy est très ennuyée : d’un côté c’est pour elle une question de survie de se débarrasser de sa créature, de l’autre elle a besoin d’argent pour pouvoir se défaire définitivement de son ordure d’ex-mari…

On retrouve ici le cocktail qui a fait le succès de Bushnell : le champagne rosé qui remplace avantageusement le cosmo, des fêtes, des paillettes, des fringues, du sexe, des amitiés féminines, des problèmes avec les hommes, et New-York et beaucoup d’humour.

Pourtant, on aurait tort de n’y voir qu’une bluette estivale, fort agréable à lire au demeurant : ce qui intéresse l’auteure ici, outre de tailler un costard au monde du show-business, c’est d’interroger les liens entre la fiction et le réel, par une vertigineuse mise en abyme. Tout tourne autour de la relation entre le romancier et son personnage : si Pandy a mis beaucoup d’elle dans Monica, elle s’en trouve totalement dépossédée d’une part par les studios qui décident de ce qui lui arrive, et par l’actrice qui l’incarne tellement bien que pour tout le monde (et pour elle), c’est elle qui est Monica. Telle une Frankenstein moderne, Pandy se retrouve donc dépassée par sa créature, qui s’autonomise d’elle et dont elle peine à se défaire.

Evidemment, tout cela n’est pas sans lien avec le monde réel : à longueur d’interviews, Candace Bushnell se défend d’avoir écrit un roman à clés et de s’être inspirées de faits réels. On connaît la chanson. Il y a, bien sûr, et fort heureusement, une bonne dose d’imagination (surtout la dernière partie, complètement loufoque). Mais tout de même : cette héroïne, Monica, ressemble  étrangement à Carrie (dans laquelle on sait que Bushnell a mis beaucoup d’elle-même) et le nom de l’actrice qui l’incarne, SondraBeth Schnowzer, sonne un peu Sarah Jessica Parker.

Finalement, on a là un roman très féministe, dans lequel les femmes essaient de s’échapper des cases dans lesquelles on les a enfermées. Elles veulent une carrière mais on les exhorte à privilégier plutôt leur vie sentimentale, elles doivent toujours faire des choix là où les hommes peuvent tout avoir, et lorsqu’elles ont du succès on les renvoie à leur statut d’objet et on les dépossède de ce qui est à elles. Et c’est ça que Pandy ne veut plus !

Un très chouette roman, parfait pour la plage, mais pas que…

En finir avec Monica
Candace BUSHNELL
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Cunnington et Béatrice Taupeau
Albin Michel, 2016

7 réflexions sur “En finir avec Monica, de Candace Bushnell

  1. Je n’ai pas lu le roman à la base de Sex and the City. On m’a dit qu’il était plus trash que la série, avec des histoires de drogue notamment. Mais je pourrais
    Lire celui-ci.
    Pourquoi ? Car j’adore Sex and the City et serais déçue de retrouver une Carrie différente. Par contre, je ne connais pas encore Monica…^^

    J'aime

  2. Pingback: Continuer à boire des Cosmopolitains | Cultur'elle

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