Elle lit des romans

Mon cher stagiaire, d’Anouk Laclos

Mon cher stagiaireLa légende dit que la première coupe aurait été moulée sur le sein de la marquise de Pompadour, la favorite de Louis XV […] D’autres disent que c’est Marie-Antoinette ou une sœur de Napoléon Bonaparte, et les féministes que c’est juste une légende urbaine destinée à instrumentaliser le corps de la femme.

Voilà un roman qui a fait parler dans les chaumières, un peu malgré lui, les héritiers (minoritaires) de Calmann-Lévy s’étant insurgés contre l' »orientation éditoriale licencieuse » donnée à la maison avec cette publication. Je pense qu’il est inutile que j’exprime de manière détaillée ce que je pense de cette prise de position, qui n’a d’ailleurs rien à voir avec le roman lui-même mais avec la littérature érotique en général : ça me fait sortir de mes gonds. Mais bref.

Après la mort de son mari, Anouk, la narratrice, la quarantaine, se retrouve à la tête de la prestigieuse maison de Champagne Van Styn ; évidemment, les autres membres de la famille ne sont pas enchantés, et elle va devoir travailler dur pour faire les preuves de sa compétence. Pour l’aider, elle engage un jeune stagiaire américain, Andrew Nichols, très prude et effarouché, qu’elle va initier au monde du Champagne, mais aussi aux plaisirs de la chair…

Sur le papier, tout cela est particulièrement émoustillant : une femme mûre, qui a du pouvoir, et qui se charge de l’initiation sexuelle d’un jeune homme certes très séduisant mais plutôt empoté, l’idée est intéressante car elle inverse les schémas habituels. Si on ajoute le contexte luxe, calme et volupté, champagne à foison (avec des pages très intéressantes sur sa fabrication et les légendes qui l’entourent), voyages, hôtels de luxe, spas des mille et une nuits, soirées huppées et belles robes, bref, la vie inimitable, il y a de quoi frétiller, et de fait certaines scènes sont assez réussies. Le problème, c’est que le roman, dans l’ensemble, ne tient pas tant que ça ses promesses. D’abord parce que ce n’est pas très bien écrit : le style est un peu poussif, et surtout, tout est rédigé au passé composé, ce qui est assez insupportable, tout comme les sic qui tombent un peu comme des cheveux sur le bol de caviar. En outre, malgré l’univers raffiné, cela manque parfois de sensualité, de chair, et tombe parfois dans la vulgarité : il y a des moments où l’humour, comme les sic, n’est pas vraiment le bienvenu, car il casse l’ambiance. C’est aussi assez caricatural : le libertinage à la française, incarné donc par une femme (même si Anouk à la base n’est pas plus porté que ça sur le sexe, et c’est peut-être dommage, tant qu’à faire), et la pruderie à l’américaine ; limite on retomberait dans les mythes fin-de-siècle de la femme fatale qui pervertit le pauvre mâle innocent. Et puis, la fin : elle vient tout gâcher en essayant de corriger le problème évoqué dans la phrase précédente, en plus d’être assez invraisemblable.

Bref, pas de quoi jeter le champagne avec la flûte : ce roman se laisse lire, on ne passe pas un désagréable moment (même s’il a la fâcheuse tendance à donner envie d’une petite coupette), mais il n’y a pas grand chose de révolutionnaire, malgré les apparences cela reste assez classique et pas ce que j’ai lu de plus sulfureux ces derniers-temps, rassurez-vous messieurs les défenseurs de la bien-pensance !

Mon cher stagiaire
Anouk LACLOS
Calmann-Lévy, 2016

Mardi-c-est-permisBy Stephie

(10 commentaires)

  1. On a dans l’ensemble le même avis. Pour le style, j’ai lu tellement pire ces derniers temps que… je m’aperçois aussi que j’ai été agacée par les traductions systématiques des pauvres phrases en anglais, niveau 6e bilingue…
    J’ai toujours un peu de mal avec les clichés du luxe.
    En tout cas, je trouve intéressant de voir une maison d’un grand groupe s’ouvrir à de la littérature érotique française… 😉

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