Romans

Giboulées de soleil, de Lenka Horňáková-Civade

Giboulées de soleilAu début, les larmes de tristesse coulent sur les visages, les mouchoirs se remplissent bruyamment, sans gêne. Lors des funérailles, on se mouche bien à son aise, pour montrer son respect au défunt. A la fin de la soirée, les larmes, si elles coulent, et c’est bon signe si elles coulent, c’est de rire — ou de soulagement. Chacun se réjouit que son tour ne soit pas venu. Tout le monde s’abandonne et veut passer une bonne, une très bonne soirée, à honorer le mort, fêter la vie et espérer avoir un jour un aussi bel enterrement.

Depuis que je suis allée à Prague et que j’ai eu le coup de foudre pour cette ville, j’ai une tendresse particulière pour la République Tchèque, même si, dans les faits, à part Kundera je ne connais pas grand chose à la littérature de ce beau pays, ni d’ailleurs à son histoire, à part dans les grandes lignes. Ce roman, le premier de son auteure, Lenka Horňáková-Civade, née en Moravie (mais vivant dans le sud de la France), fut donc l’occasion de combler quelques lacunes.

Magdalena, comme sa mère Marie avant elle, est enceinte sans être mariée : dans la Tchéquie encore marquée par les stigmates de la Seconde Guerre mondiale, cela ne se fait pas. Elle donne naissance à Libuše qui, quelques années plus tard, tombe également enceinte hors mariage et donne naissance à Eva, Eva la rebelle et l’aboutissement de cette lignée de femmes étonnantes.

Fresque historique autant que familiale, Giboulées de Soleil nous entraîne dans un récit palpitant où, au cours d’un-demi siècle d’histoire de la Tchéquie, du lendemain de la guerre à la révolution de velours en passant part la monstruosité du régime communiste et l’occupation soviétique suite au printemps de Prague, se tisse le destin de trois (quatre avec Marie) générations de femmes, qui prennent tour à tour la parole. Magdalena, Libuše, Eva : des femmes fières, indépendantes, en avance sur leur temps, qui se transmettent la malédiction des grossesses hors mariage, en faisant une lignée matrilinéaire pour lesquelles le nom est celui de la mère, et le don pour la broderie. Coincées, prisonnières de la société et de leur statut de femmes, elles s’émancipent parallèlement à leur patrie : à mesure que le pays se libère peu à peu du joug communiste, les femmes se libèrent masculine, et chacune brode son histoire personnelle.

Un magnifique premier roman, implacable et puissant, parfaitement maîtrisé, qui nous entraîne dans un coin reculé de la Tchéquie afin de permettre de mieux saisir les nuances de la vie quotidienne de ces femmes fières et admirables, qui ne veulent pas se laisser écraser et luttent pour leur dignité. A lire absolument !

Giboulées de soleil
Lenka HORŇÁKOVÁ-CIVADE
Alma, 2016

(Sinon Olga c’est le nom que j’ai donné à ma plante, rien à voir avec le roman à la base)

20 réflexions sur “Giboulées de soleil, de Lenka Horňáková-Civade

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