Romans

Envoyée spéciale, de Jean Echenoz

Envoyée spécialeNous pensions qu’il n’était pas mauvais que ce phénomène zoologique, trop peu connu à notre avis, soit porté à la connaissance du public. Certes, le public a le droit d’objecter qu’une telle information ne semble être que pure digression, sorte d’amusement didactique permettant d’achever un chapitre en douceur sans aucun lien avec notre récit. A cette réserve, bien entendu recevable, nous répondrons comme tout à l’heure : pour le moment.

De Jean Echenoz, je n’avais lu que Je m’en vais lorsqu’il a obtenu le prix Goncourt en 1999. A vrai dire, je n’en ai plus aucun souvenir, et je serais même en peine de dire simplement si j’ai aimé ou pas. Du coup, je l’ai mis dans le coin réservé aux trucs à relire. Mais je voulais d’abord lire son petit dernier, qui a joui d’une unanimité critique assez rare pour attiser ma curiosité ; cette lecture elle-même a failli ne jamais être possible, attendu que bon, vous savez comme va la vie, si on pouvait toujours faire tout ce qu’on veut ça serait formidable, mais souvent on ne peut pas. Heureusement, le destin s’en est mêlé, et Envoyée spéciale est le quatrième roman en compétition pour le Prix Relay des voyageurs 2016.

Pour des raisons dans un premier temps obscures, Constance, une jeune bourgeoise oisive qui tient pas mal de madame Bovary, est enlevée par un groupe de bras cassés non identifiés. Le problème, outre que son mari ne fait rien pour payer la rançon et la récupérer, c’est que finalement, elle se trouve plutôt bien là où elle est retenue en captivité, une ferme au fin fond de la Creuse : elle se repose, bouquine, cuisine, s’attache un peu à ses ravisseurs, si bien que tout cela finit par ressembler à une colonie de vacances. Ce qui est peut-être l’objectif finalement, car le but de cet enlèvement semble être tout autre que l’obtention d’une rançon…

Un pur bonheur de lecture : souvent drôle, ce roman est marqué par un ton primesautier, un peu désinvolte est très digressif. Le narrateur s’amuse avec son lecteur, et chemin faisant interroge son statut par ses commentaires qui ne sont pas sans rappeler le Diderot de Jacques le Fataliste ; omniscient, il met en évidence cet aspect, tout en montrant aussi que ses personnages ont une vie propre (nous ne comprenons pas non plus, malgré notre omniscience, comment il a pu être informé de ce rendez-vous). Tous les éléments qui semblent éparpillés aux grès des caprices de ce narrateur finissent, de manière diablement maline à se rassembler sous nos yeux comme un puzzle, et ce qui semblait digressif ne l’est finalement pas tant que ça : s’il parodie le roman d’espionnage, et il le fait magnifiquement bien dans la deuxième partie qui nous emmène en Corée du Nord et nous propose un tableau saisissant de ce pays et des enjeux géopolitiques dont il est le centre, Envoyée Spéciale est avant tout un roman qui s’amuse avec le fait même d’être roman. Une sorte d’exercice de style absolument jouissif !

A lire d’urgence, ça fait un bien fou.

Envoyée Spéciale
Jean ECHENOZ
Editions de Minuit, 2016

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25 réflexions sur “Envoyée spéciale, de Jean Echenoz

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