Romans

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, de Celeste Ng

Tout ce qu'on ne s'est jamais ditLydia est morte. Mais ils ne le savent pas encore. 3 mai 1977, six heures trente du matin, personne ne sait rien hormis ce détail inoffensif : Lydia est en retard pour le petit déjeuner. Comme toujours, sa mère a placé près de son bol de céréales un crayon bien taillé et les devoirs de physique de Lydia, six problèmes, chacun coché. Sur le chemin du travail, le père de Lydia règle l’autoradio sur WXKP, la Meilleure Source d’Information du Nord-Ouest de l’Ohio, irrité par le craquement des parasites. Dans l’escalier, le frère de Lydia bâille, toujours enveloppé dans la fin de son rêve. Et sur sa chaise dans le coin de la cuisine, la sœur de Lydia écarquille de grands yeux, voûtée au-dessus de ses corn-flakes, les mâchant un à un en attendant que Lydia apparaisse. C’est elle qui déclare finalement : « Lydia prend son temps, aujourd’hui ». 

Voici le troisième roman sélectionné cette année pour le Grand Prix Relay des voyageurs. Un roman qui au départ ne me disait trop rien, car je pensais qu’il s’agissait d’un polar, genre que vraiment je n’aime pas du tout. En réalité, ce n’est pas un polar (les apparences sont trompeuses), et c’est même beaucoup plus qu’un roman à suspens.

Nous sommes le 3 mai 1977. Ce matin-là, Lydia, une adolescente promise à un brillant avenir, est en retard pour le petit déjeuner. En réalité, elle n’est pas en retard : elle est morte, et son corps gît au fond du lac situé en face de la maison. Alternant le passé et le présent de cette famille qui va voler en éclats, le roman retrace l’enchaînement des événements qui ont abouti à la mort de Lydia : meurtre ? suicide ? accident ?

Le moins que l’on puisse dire est que ce roman est d’une efficacité diabolique, et qu’il est difficile de le lâcher avant la fin. Au compte-goutte, l’auteure distille les informations nécessaires, créant un suspens parfaitement maîtrisé. Mais il y a beaucoup plus : l’intérêt de ce roman, ce n’est pas seulement de savoir ce qui est arrivé à Lydia ; c’est aussi, et surtout, la manière dont pèse sur chacun l’histoire familiale : comment se construire sereinement lorsqu’on est soumis aux rêves des autres et qu’on a tellement peur de lire la déception dans leurs yeux ? Ici, tous les personnages sont d’une grande complexité, tous sont déchirants, tous ont leurs secrets, leurs blessures, leurs failles. Tous sont à la fois coupables et victimes. Tous cherchent désespérément à être aimés. Tous se débattent dans une vie qui ne leur convient pas. Les problématiques familiales, déjà pesantes, se doublent des problèmes de la société qui dysfonctionne : la place des femmes qui doivent choisir (mais ont-elles toujours le choix) entre la sécurité d’un foyer et une vie épanouissante professionnellement ; l’identité ethnique, ici chinoise, qui empêche de s’intégrer, d’avoir des amis, d’être réellement considéré comme Américain. Ce roman étouffant et glaçant épouse la mécanique infernale de la tragédie grecque : on sait que Lydia va mourir, d’ailleurs elle est déjà morte dès la première phrase, mais on ne sait pas comment. Et on ne sait pas non plus comment les autres vont survivre.

Un roman absolument magistral, d’une grande finesse psychologique, à lire impérativement !

L’avis de Sylire

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit
Celeste NG
Sonatine, 2016

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28 réflexions sur “Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, de Celeste Ng

  1. Difficile de definir le genre de ce livre finalement… Peut-être un thriller ? Cela me rappelle À Toi ma Soeur de Rosamund Lupton, une histoire de mort douteuse… J’avais bien aimé. C’edt donc un roman sudceptible de me plaire. Je vais me le noter. 🙂

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  2. Moi aussi je pensais que c’était un polar, puisque le livre est sorti chez Sonatine, mais c’est plus un roman psychologique et familial, un gros coup de cœur pour moi !

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  3. Pingback: Tout ce qu'on ne s'est pas dit, Céleste Ng | Bric à Book

  4. C’est exactement ça ! Conduit de main de maître, on peine à le lâcher ! J’ai eu du mal au début car trop policier, mais quand l’intrigue psychologique entre en place, c’est juste du pur plaisir. (si je puis dire.)

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