Elle se promène

Carambolages, au Grand Palais

CarambolagesL’exposition Carambolages au Grand Palais est l’une de celles dont on parle le plus en ce moment, et à raison, tant elle interroge le visiteur et le pousse dans ses retranchements.

Dès l’entrée, on est happé par une gigantesque maquette, qui ne représente pas autre chose que Mnemosys, la mémoire. Le ton est donné : celui d’une exposition dans laquelle on s’explore autant soi que les œuvres qui se déroulent à travers le Grand Palais tel un grand serpentin, sur le principe du marabout de ficelle ou d’un jeu de domino : chaque oeuvre appelle la suivante, dans un joyeux mélange aussi bien temporel que formel qui fait se caramboler des pièces venues de musées très divers et qui n’auraient jamais dû se rencontrer, tels un parapluie et une machine à coudre sur une table de dissection : art antique, arts premiers, Renaissance, contemporain, art religieux ou profane, peinture, sculpture, textiles, arts décoratifs…

L’autre particularité de cette exposition hétéroclite, c’est qu’aucun cartel n’est là pour expliciter le lien entre les œuvres ni les expliquer : tout au plus sont-elles sobrement identifiées sur des écrans, un peu à l’écart. C’est au spectateur lui-même de faire le travail d’interprétation, et de s’interroger : pourquoi cette oeuvre est-elle liée à cette autre ? Cela est évidemment déconcertant, et pour tout dire, ça passe ou ça casse : un véritable spectacle naît au sein de l’exposition, celui des visiteurs qui errent, un peu désœuvrés, étonnés, ne sachant trop quoi en penser. Certains en pensent du mal, cherchant les explications et ne les trouvant pas : je me suis ainsi vue expliquer le principe de l’exposition à une vieille dame — qui n’a pas été convaincue de l’intérêt et est vite repartie.

Pour ma part, j’ai été totalement convaincue par cette formule qui demande une adaptation à cette manière particulière de visiter une exposition, mais c’est vrai que c’est celle que j’adopte assez spontanément d’habitude : je ne m’attache pas tant que ça aux cartels explicatifs, je préfère me laisser porter et guider par mon imagination, et ici j’ai pu le faire à loisir sans avoir l’impression de ne pas faire comme il faudrait. De fait, on se rend vite compte que les liens qui nous sont proposés ne sont absolument pas objectifs, et que sur le même principe et avec exactement les mêmes œuvres, on pourrait proposer une infinité de parcours différents : d’ailleurs, au milieu de l’exposition, deux petits jeux sont proposés : tout d’abord, sur des tablettes, grâce à l’application dédiée (que l’on peut aussi retrouver sur un site classique) (qui est a priori destinée aux enfants, mais les adultes peuvent jouer aussi) on peut s’amuser à proposer ses propres carambolages ; de même, un grand mur avec les photos des œuvres de l’exposition appelle la participation du visiteur qui, en déplaçant les photos, propose un nouveau parcours.

Un tel principe appelle chacun à projeter son propre imaginaire sur les œuvres : ce qui m’a frappée, tout au long du parcours, c’est l’omniprésence de la dimension sexuelle et de la tension entre éros et thanatos. Même si les cartels d’identification restent très sobres en la matière…

Bref, une exposition qui m’a littéralement fascinée, et que je recommande vivement, en tout cas si vous êtes prêts à sortir de votre zone de confort et à laisser tomber les schémas habituels de visite au profit d’une véritable immersion voyageuse…

L’avis de Leiloona

Carambolages
Grand Palais
Jusqu’au 4 juillet 2016

(10 commentaires)

  1. Par curiosité et pour l’originalité, j’irais bien y faire un petit tour. Les explications dans les expos et les musées me gavent, je ne les lis pas. Si ça me plait, je cherche à en savoir plus après.

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  2. Je ne suis pas certain d’être très convaincu par le concept mais je suis curieux et elle fait partie de mon programme de la semaine prochaine. On verra bien. Quoi qu’il en soit, j’ai déjà repéré, dans divers comptes-rendus, des oeuvres que j’ai bien envie de voir en vrai : ce sera déjà ça de pris !

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  3. Autant le concept m’a séduit, autant les œuvres en elles-même m’ont souvent peu fasciné… c’est vraiment une question de synapse.
    J’aperçois une délicatesse mélodique sous les fureurs reptiliennes et sourdes.
    Piano!
    ah non, porno😀

    je ne retiens qu’une chose: vouer un culte à Μνημοσύνη !

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