Elle lit des romans

Le Bon Plaisir, de Françoise Giroud

Le bon plaisirMais il s’était senti soudain vieux. La guerre ? Elle reviendrait. Secrètement, fugitivement, il désespérait du pouvoir de la culture sur les instincts, donc de la civilisation, bien que, publiquement, il en fît grand cas.

Cela faisait un moment que j’avais envie de lire ce roman de Françoise Giroud, sans pour autant en trouver l’occasion (que de livres ne sont pas lus faute d’occasions !). Mais la renaissance des éditions Mazarine l’a remis en avant, avec une réédition, et j’en ai donc profité.

Une nuit, en rentrant chez elle, Claire se fait agresser et voler son sac à main. Mésaventure qui est, sinon banale, du moins courante. Ce qu’il l’est moins, c’est que ce sac contenait une lettre écrite par son amant dix ans auparavant, au sujet de l’enfant qu’elle attend et dont il ne veut pas entendre parler. L’amant en question, elle ne l’a plus revu, mais il est aujourd’hui Président de la République, et la lettre, si elle tombait entre de mauvaises mains, pourrait bien se révéler dangereuse.

Evidemment, on ne lit pas aujourd’hui ce roman comme on pouvait le lire en 1983 : à l’époque, l’existence d’un enfant caché du Président de la République était un secret (de Polichinelle, mais secret tout de même) qui ne serait révélé que dix ans plus tard, et la publication de ce livre aux éditions Mazarine sonnait pour ceux qui en étaient informés comme un clin d’oeil, sinon pour une provocation. Nonobstant, là n’est pas du tout l’intérêt, car si l’existence de cet enfant (un garçon dans le roman) est bien le point de départ, la fiction prend un tour tout autre que la réalité : d’après une histoire vraie, mais pas tant que ça, et après tout, on s’en moque. Car Françoise Giroud avec ce roman propose un vrai travail littéraire, tissé de mythes antiques, qui aboutit à une réflexion sur le pouvoir et l’exercice du pouvoir assez universelle par-delà l’anecdote. Une sorte de House of cards, dont le personnage présidentiel est un homme charismatique et despotique, qui a tout du Roi Soleil et se considère comme tel, et manque cruellement de scrupules — voire de morale : finalement, on voit bien ici combien la fonction présidentielle a encore, en France, quelque chose d’éminemment monarchique.

Plus qu’une histoire d’amour à laquelle on voudrait parfois le réduire, Le bon plaisir est avant tout un roman de morale politique, qui met en évidence ce que le pouvoir fait aux hommes, tout en prenant la forme d’un thriller dont le titre aurait pu être La lettre volée. C’est en tout cas passionnant, émaillé de quelques scènes assez drôles avec l’enfant, et à lire absolument si ce n’est pas encore fait !

Le Bon Plaisir
Françoise GIROUD
Mazarine, 1983 (Fayard/Mazarine, 2016)

(7 commentaires)

  1. Je crois qu’un film a été tiré de ce livre, avec Catherine Deneuve dans le rôle de Claire et Trintignant dans celui du Président. Il est repassé à la télévision il y a peut-être deux ou trois ans. J’avais bien aimé.

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