Elle se fait des films

La Mégère apprivoisée, de Franco Zeffirelli

La mégère apprivoiséeEt bien ma parole voici une fille fougueuse. Je suis impatient d’avoir un petit entretien avec elle.

Voilà trente ans que ce film me hante et que je ne l’avais pas revu. Il était passé à la télévision un jour de Noël alors que j’avais 7 ou 8 ans (peut-être un peu plus, mais guère) et je me souviens avoir été totalement subjuguée par ce déchaînement de passion volcanique et par le couple Taylor-Burton, absolument prodigieux et charismatique. Je ne l’avais pas revu depuis, faute d’occasion mais aussi à cause de ce petit truc qui fait que les oeuvres qui nous ont marqués enfants nous déçoivent parfois adulte. Mais samedi, on célébrait les 400 ans de la disparition de Shakespeare, l’occasion ou jamais !

Le film de Zeffirelli fait l’économie de la mise en abyme proposée par la pièce de Shakespeare, et ne nous montre donc que la pièce dans la pièce.

Lucentio, jeune étudiant juste arrivé à Padoue, a le coup de foudre pour la jeune et douce Bianca. Le problème, outre qu’il n’est pas le seul à vouloir la courtiser, est que Baptista, le père de la jeune fille, refuse de la marier tant qu’il ne se sera pas débarrassé de son aînée, Catharina, dont la fougue et la violence font fuir tout le monde. Mais comme le destin fait bien les choses, justement arrive de Vérone le seigneur Petruchio, ruiné et prêt à tout pour épouser une femme richement dotée, quitte à ce qu’elle soit un peu sauvage, car il se sent tout à fait de taille à l’apprivoiser !

Qui mieux que Taylor et Burton pour incarner ces deux tornades ? A croire que Shakespeare a écrit la pièce pour eux. Ça crie, ça se bat, ça s’insulte, ça virevolte, ils sont aussi fêlés l’un que l’autre, et les deux heures du film, enlevé et sans temps mort, passent sans qu’on s’en rende compte. Les deux acteurs s’amusent follement à incarner ces personnages faits pour eux et ça se voit. A première vue, c’est horriblement misogyne, et c’est d’ailleurs souvent ce qu’on reproche à cette pièce : à l’amour comme à la guerre, certes, mais l’idée est tout de même qu’à force de violence et de mauvais traitements, l’homme parvient à rendre sa tempétueuse épouse douce et soumise. De quoi, donc, donner à la spectatrice elle-même des idées de violence. A y regarder de plus près, je pense que c’est plus compliqué et ambivalent, en tout cas dans la relecture de Zeffirelli : d’abord parce que, soyons honnête, une femme qui lui tient tête, Petruchio, ça l’excite assez, quitte à se prendre un coup de luth sur la tête lors de sa nuit de noces, et on l’imagine mal, vu son tempérament, avec une petite chose douce et obéissante — so boring. Toute la pièce est donc une lutte de pouvoir, et les deux s’apprivoisent l’un l’autre. Et à la fin, Catharina me semble plus ironique et complaisante que réellement matée et soumise : selon moi, elle joue, et quand elle dit Ainsi que le sujet doit allégeance à son prince/De même la femme doit soumission entière à son mari je ne crois vraiment pas qu’il faille le prendre au premier degré. Je fais peut-être un contresens en disant ça, influencée par mes personnages féminins qui jouent à l’occasion à être soumises parce que c’est parfois amusant et excitant (j’adore explorer les relations de pouvoir dans le couple, c’est fascinant, et ça vient d’ailleurs sans doute de ce film), et par le fait que j’imagine mal Elizabeth Taylor en carpette sinon pour s’amuser. A la fin, les deux époux me semblent beaucoup plus complices que ce que l’on semble dire en général. Mais après tout, c’est le propre des grandes œuvres de pouvoir être réinterprétées à l’infini !

Sinon, les costumes sont somptueux, la reconstitution de l’époque très réussie, Taylor est plus belle et rayonnante que jamais (pour moi, elle est LA star par excellence), j’aurais bien un entretien avec Burton, et le tout donne un film drôle, virevoltant, sans temps morts, à voir et à revoir !

La Mégère apprivoisée
Franco ZEFFIRELLI
1967

5 réflexions sur “La Mégère apprivoisée, de Franco Zeffirelli

  1. Pingback: Who’s afraid of Virginia Woolf ? de Mike Nichols | Cultur'elle

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