Anthologies

Saisons de papier, de Jean-Paul Enthoven

saisons de papierJe sais, mieux que personne, que rien n’est plus périssable que le contenu d’un journal ou d’une revue. Mais j’ai eu envie, soudain, de revisiter ces saisons de papier au moment où leur déclin se précipite.
Il n’est pas certain, d’ailleurs, que la partie soit,à terme, complètement perdue : ne suffit-il pas d’un seul lecteur, parfois, pour que le miracle de la transmission s’accomplisse ? Pour qu’un enthousiasme se prolonge dans l’enthousiasme d’un autre ? Pour qu’une oeuvre, signalée par un bon passeur, entre soudain en composition avec l’esprit d’un inconnu, y précipite quelque révélation, et décide de son avenir ?

Après Beigbeder, c’est au tour de Jean-Paul Enthoven (et toujours chez Grasset),  de nous livrer des morceaux choisis de ses exercices de critique littéraire. Cela semble d’ailleurs être dans l’air du temps, pour les écrivains qui publient aussi dans la presse, d’en faire des volumes de morceaux choisis, pour mon plus grand bonheur en général.

L’objet à de quoi impressionner : plus de 600 pages, presque d’autant d’articles dont l’éclectisme saute aux yeux : des entretiens, des critiques, des portraits, des réflexions de fond, des éloges et des blâmes, des écrivains emblématiques et d’autres tombés dans l’oubli et qu’il s’attache à remettre en lumière. Borges (assez ambigu), Fumaroli, Chateaubriand, Fitzgerald, Nimier, Pessoa, Nourrissier, Leiris, d’Ormesson, Sagan, Roché, Bourdieu, Baudrillard, Kafka, Kundera, Maupassant, Flaubert, Proust bien sûr… A l’ordre chronologique, l’auteur substitue la réunion en familles d’écrivains : dandysmes, mélancolie, les grands vivants, la mauvaise réputation, héroïnes, Amours, amitiés, passions, leurs figures, idées, idéologies.

Evidemment, c’est fascinant et passionnant : nourri d’une grande culture, d’une vraie sensibilité et d’un amour évident pour les livres et leurs auteurs, ce recueil est en lui-même un stimulant morceau de littérature dans lequel Enthoven redonne ses lettres de noblesse à la critique, souvent décriée, mais qui est pourtant un véritable genre littéraire. Ne s’interdisant pas de dire « je », il exerce cet art tel que le voulait Anatole France : « le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chef-d’œuvres », et c’est aussi son portrait, de lecteur et d’homme, qu’il nous livre ici. Voyage dans la littérature, cette anthologie donne bien sûr furieusement envie de lire, de se replonger dans certains classiques, de découvrir certains auteurs oubliés — et c’est bien là son seul défaut !

Passionnant, stimulant, un livre dans lequel grapiller, un petit peu chaque jour, pour se convaincre encore une fois (si besoin était) que la littérature, c’est la vie !

Saisons de papier
Jean-Paul ENTHOVEN
Grasset, 2016

6 réflexions sur “Saisons de papier, de Jean-Paul Enthoven

  1. Heu…comment dire, j’ai lu une fois un roman de Enthoven, j’avais beaucoup aimé, une histoire de passion amoureuse…je ne me souviens plus du titre. Mais là non, autant Beigbeder j’ai adoré et appris beaucoup de choses, là je zappe…:D 😀

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  2. D’ordinaire, je ne suis pas particulièrement attirée par ce genre d’ouvrages, toujours peur d’être noyée dans des éléments de langage et de culture faits pour ceux qui connaissent déjà… Mais ton commentaire du livre donne plutôt envie de s’y attarder… je note 🙂
    Merci !

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