Romans

Le Hollandais volant, le spectre de la culture de Youri Maletski

Le hollandais volantJe suis un vagabond en situation irrégulière, qui ne connaît pas un traître mot dans une seule langue européenne, mais je suis le dernier Européen parmi tous ces barbares post-européens, italiens, français, allemands, qui, pour je ne sais quelle raison, ont décidé un jour qu’ils étaient ici chez eux ; je prendrai d’assaut le château de Versailles, comme les marchandes de primeurs l’ont fait en septembre 1789. 

Les éditions Louison ont été créées en 2015 à Paris par Natalia Turine, écrivaine et photographe russe, et sont consacrées à la littérature russe moderne. Chaque texte, soigneusement choisi, est préfacé par un auteur ou journaliste français, pour l’instant Eric Naulleau (le parrain de la maison, qui a rédigé la préface de l’ouvrage dont je vais vous parler), Mazarine Pingeot ou encore Simon Liberati. Comme je vous l’ai dit il y a peu, découvrir plus avant la littérature russe à laquelle je ne connais pas grand chose est une de mes résolutions, donc on va dire que cela tombait bien.

Dans ce roman, le narrateur s’identifie au Hollandais volant — mais tient aussi, beaucoup, du Juif errant. Russe d’origine, il a immigré en Allemagne où, refusant de s’abaisser à faire n’importe quel travail, il vit d’aides sociales. Il met également à profit sa parfaite connaissance de l’Europe pour faire ce qu’il appelle de la « contrebande intellectuelle » : autrement dit, il organise des excursions touristiques illégales dans les grandes capitales de la vieille Europe.

Étrange roman que celui-ci, porté par un étrange narrateur : plus réflexif que narratif, il nous fait beaucoup voyager d’Amsterdam à Vienne et de Venise à Paris où Vérone, nous fait découvrir la richesse de ces villes, si on en doutait et propose une réflexion à la fois drôle et tragique sur des sujets actuels : l’identité, la culture, le tourisme de masse (avec par exemple une réflexion assez drôle sur les cafés comme la Rotonde ou la Coupole devenus des attractions à touristes à cause des célébrités qui les ont fréquentés) et surtout l’Europe, qui a ici tout d’un mirage décevant pour celui qui en admire la richesse culturelle qu’il connaît à la perfection mais ne parvient pas à s’y intégrer et reste toujours en marge. C’est très postmoderne, nourri d’une multiplicité de références d’une richesse assez étourdissante (heureusement éclairées par les notes) et somme toute assez déconcertant, mais très intéressant par l’éclairage (un peu désabusé) qu’il apporte sur notre monde contemporain.

Une curiosité à découvrir, qui se double d’un bel objet très soigné (les livres Louison sont vraiment très chic), et qui nous fait réfléchir à notre identité.

Le Hollandais Volant, le Spectre de la culture
Youri MALETSKI
Traduit du russe par Marie Roche-Naidenov
Préface d’Eric Naulleau
Louison, 2016

2 réflexions sur “Le Hollandais volant, le spectre de la culture de Youri Maletski

  1. La littérature russe est très riche. Pour ma part j’aime beaucoup les nouvelles des auteurs des 19ème et 20ème siècles. Mais j’avoue être très intriguée par cet ouvrage de Youri Maletski. Un récit peu commun semble-t-il. Cependant beaucoup d’auteurs russes prennent le contre-pied des idées reçues… Ils savent sans pareil allier la folie douce et la mélancolie. C’est du moins ce qu’il ressort de nombreux ouvrages que j’ai lus.
    Bonne soirée!

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