Elle lit des textes biographiques et autobiographiques

Journal pré-posthume possible, de Christiane Rochefort

Journal pré-posthume possibleLes jours où je n’écris pas, où je n’essaye même pas, je me sens inutile sur la terre. (25 mars 1986)

Je n’ai jamais lu Christiane Rochefort ; j’en ai entendu parler, mais elle fait partie de ces (malheureusement assez nombreux) écrivains sur lesquels je ne me suis jamais penchée. Mais bon, un journal intime d’écrivain, c’est quelque chose qui m’intéresse en soi, même si je ne connais pas l’écrivain en question.

En réalité, il ne s’agit pas à strictement parler d’un journal, mais d’un ensemble de feuilles volantes, regroupées dans cinq dossiers parallèles : journal intermittent occasionnel, journal intermittent baladeur, posthume ou à jeter, journal pré-posthume possible, journal bribes à examiner, broutilles. Ces feuilles ont été rassemblées et classées par ordre chronologique par Ned Burgess et Catherine Viollet, et s’accompagnent de quelques illustrations, photos, dessins ou reproduction de la page.

Cela donne un ouvrage complètement foisonnant, décousu et souvent déconcertant : l’écriture étant au coeur de la vie de Christiane Rochefort, l’essentiel est bien constitué de la « fabrique » de ses textes ; on en saisit le principe d’organisation, la manière dont le quotidien nourrit ou fait obstacle à la création. Dans la même veine, quelques notes de lectures, des bribes de rêves, des récriminations envers son éditeur. Parfois en émergent des fulgurances poétiques d’une grande beauté. On note aussi, chez Christiane Rochefort, une grande attention portée à la nature et surtout aux animaux ; les passages sur son chat sont très émouvants. Néanmoins, l’ensemble du texte crée un effet étrange : à travers les pages, l’auteure fait son portrait en creux et on découvre une personne hantée par l’éphémère, assez pessimiste, finalement d’une grande solitude, et diminuée par la souffrance physique. On sent même, parfois, une pointe d’aigreur, lorsqu’elle parle d’autres auteurs dont elle estime le succès non mérité (comme, par exemple, Régine Deforges : elle est tellement injuste que cela en est presque ridicule). Et puis, soyons honnête, beaucoup de pages sans aucun intérêt, lorsqu’elle explique qu’elle est allée à la piscine ou qu’elle fait et refait son programme des jours : c’est le propre de l’écriture intime, certes, mais cela n’aurait-il pas mérité d’être coupé ?

Dans ce texte, la pensée se déroule sans filtre, parfois même sans écriture — des bribes de phrases, des mots, et nous est livrée de façon brute, ce qui donne quelque chose de finalement inégalement intéressant. Mais rien que pour les phrases très belles sur l’écriture, cela mérite qu’on s’y arrête !

Journal pré-posthume possible
Christiane ROCHEFORT
iXe, 2015

(4 commentaires)

  1. Mhuum suis tentée mais tout de même ce que tu en dis, laisse présager pas que du bon … irai le feuilleter d’abord 😉
    Merci pour ton billet sur une écrivaine que j’aime bcp (d’ou cet intérêt pour cet ouvrage !)

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