Romans

L’attrape-coeurs, de J. D. Salinger

L'attrape-coeursJe me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux — je veux dire pas de grandes personnes — rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’ils approchent trop près du bord. Je veux dire s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée. Je serais juste l’attrape-coeurs et tout. D’accord, c’est dingue, mais c’est vraiment ce que je voudrais être.

Honte à moi : je n’avais jamais lu ce roman. Pourtant cela fait vingt ans que je tournicote autour, à vrai dire depuis ma lecture de Comme un roman de Pennac. Mais c’est pour beaucoup un livre culte, une sorte de mythe, et je me méfie des livres cultes. Et puis, là, l’occasion faisant le larron, je me suis enfin plongée dans ce roman, plus court que ce que j’imaginais, d’ailleurs !

Holden Caulfield, le narrateur, est renvoyé de son collège privé. Au lieu d’attendre sagement les vacances pour rentrer chez lui, il revient à New-York sur un coup de tête et décide de s’y octroyer trois jours d’errance et de liberté…

Fable initiatique sur le difficile passage à l’âge adulte, L’Attrape-coeurs est finalement l’histoire d’un Peter Pan qui aurait un peu mal tourné, obsédé par le sexe et l’alcool, et qui, faute de pays imaginaire, se réfugierait dans un New-York interlope. Ce qui agace chez Holden Caulfield, outre ses tics de langage, c’est son indécision, il singe les adultes mais se comporte comme un petit garçon ; mais c’est ce qui touche aussi : cet amour absolu pour les enfants qu’il voudrait protéger de tous les dangers qu’il y a à grandir, et en particulier sa petite soeur Phoebe. Certains passages sont vraiment très poétiques, comme le motif des canards de Central Park, ou la métaphore qui donne son titre au roman.

Je n’en ferai pas un roman culte. Cela dit, je crois n’avoir jamais vu de femme le citer comme roman culte : c’est finalement très masculin, voire misogyne à certains moments. Mais c’est un roman à lire, ne serait-ce que pour comprendre comment il a influencé de manière évidente nombre d’auteurs, comme Frédéric Beigbeder.

L’Attrape-coeurs
J. D. SALINGER
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Annie Saumon
Robert Laffont, 1953/1986 (rééd. Pavillons Poche, 2016)

31 réflexions sur “L’attrape-coeurs, de J. D. Salinger

  1. Je me suis dit la même chose en voyant le titre de votre post, « ah tiens j’ai toujours pas attaqué ce roman sacré de la littérature américaine ». Je suis pas le seul, c’est rassurant, mais il faut vraiment que je m’y mette 😀

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  2. Moi non plus je n’en ferai pas un livre culte mais il est intéressant à bien des égards et il marque une génération. Mais tu as raison, il doit davantage toucher les hommes que les femmes !

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  3. Oh c’est pire pour moi, est-ce dû à la traduction datée? mais j’ai abandonné. (et je me demande quelle blogueuse en a fait son livre coup de coeur de tous les temps, si, si, j’ai oublié qui)

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  4. Je l’ai lu grâce à Oona et Salinger de Frédo, et aussi pour par mourir idiot. J’avoue ne pas comprendre pourquoi ce livre fut un ouragan , au point de tuer la carrière littéraire de Salinger, et pourquoi on le considère comme un livre culte…certes si on on connait 2 ou 3 choses de la vie réelle de Salinger, on comprends certaines choses mais d’un point de vue du style et de la littérature…hum hum hum !

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  5. Je n’avais jamais réfléchi au fait qu’aucune femme ne l’avait mis dans ses livres cultes, à l’inverse des hommes.
    J’ai retrouvé perdu dans mes archives mon vieil avis sur ce roman ; je l’avais trouvé très intriguant, on sent qu’il y a quelque chose de fort. Mais c’est un livre désarçonnant, c’est sûr.

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  6. La réimpression de ce roman culte entraine tellement de témoignages.. En fait, je l’ai lu encore ado, à une période cruciale où comme beaucoup je me cherchais .. Je l’ai lu en anglais, jamais en français. Je ne crois pas que le relire aujourd’hui, à l’âge adulte, me permettrait de « revivre cette lecture » comme je l’ai vécue à l’époque. Comme lorsque j’ai vu Le Livre de la Jungle au cinéma enfant et que j’ai hurlé dans la salle quand Balou s’est évanoui.. l’âge adulte a ses bons côtés mais parfois peut se révéler handicapant Bon, il reste quand même l’écriture et ton extrait le prouve. Bon, il s’agit de mon auteur préféré donc forcément je ne suis pas du tout objective 😉 mais je le reconnais, ce roman correspond mieux à une génération plus lointaine (je remontrais assez loin), et je ne parle pas de la mienne !!! Mais je crains que ce livre a, comme c’est justement dit, totalement tué sa carrière.

    Et Keisha, non je ne l’ai pas fait « mon livre préféré de tous les temps », (hihihihi tu m’as fait sourire), tu le sais .. moi si je suis fan de Salinger c’est uniquement pour ces recueils de nouvelles consacrés à la famille Glass, à Seymour qui m’a fait pleurer, à Franny et Zooey. Je ne peux pas l’expliquer mais rien qu’à taper ses mots, je tremble ! Seymour…. La particularité de ses récits fait qu’à chaque relecture (depuis près de vingt ans) j’en apprends un peu plus sur eux et surtout sur moi et le monde. Mais, la France ne jure que par ses romans, la nouvelle n’est pas un genre reconnue en France or la plupart des fans de Salinger cite ses recueils (tous) dont ceux avec les Glass, pas l’Attrape-Coeurs, son seul roman…… Et j’aime son côté secret. Bref, fan je suis et je reste !

    Et j’avoue : j’aime aussi qu’il ne soit pas célébré par ici, comme ça je me le garde tranquillement pour moi, je laisse aux autres certains romanciers français dont le style m’ennuie au plus haut point et qui sont pourtant eux aussi considérés comme de grands classiques 😉 Mais c’est bien le merveilleux de la littérature : certains auteurs nous parlent, d’autres nous laissent de marbre. Le principal c’est de trouver les siens !!
    Bonne soirée
    Bonne soirée

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  7. J’ai énormément aimé ce roman assez intemporel et universel. Certes, c’est vrai que Holden est un chieur mais je le trouve également très attachant et l’ensemble m’a émue.

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  8. Masculin ou féminin, je ne sais pas, mais je déteeeeeste ce roman ! Je ne me souviens que d’un long tunnel d’ennui et de haine pour cette espèce de moule qu’est Holden.
    Je crois que c’est avant tout un roman très américain (à un point extrême, ce qui fait qu’il nous échappe un peu à nous Français) et très adolescent (or, comme on ne l’étudie pas au collège/lycée par chez nous, on a tendance à le découvrir plus tard, trop tard pour que ses maigres atouts nous convainquent vraiment). Mais indépendamment de ça je trouve surtout que c’est un roman horriblement surfait 😀

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  9. Pingback: D’extase et d’amour féroce, de Dylan Landis | Cultur'elle

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