Elle lit des romans

City on fire, de Garth Risk Hallberg

City on fireManhattan se révélait bâtie sur une série de collines à peine perceptibles. Tous les sept cents mètres environ, on s’élevait un peu et elle offrait alors une perspective d’intersections, une mer couleur chair. Les croisements les plus encombrés — 7e avenue et 14e rue, 6e avenue et 8e — devenaient des zones de chalandise pour les mendiants, les vendeurs de rue, et les femmes caribéennes comme celle qui, dans l’autobus, tendait de petits tracts, aux faux airs de menus, dans lesquels Mercer apprenait que la fin était proche, que seul le criss le sauverait. A mesure qu’il descendait vers le sud, l’impiété gagnait la ville. Il lui arrivait même de voir des hommes se tenir la main, comme s’ils mettaient quiconque au défi de leur dire quelque chose. C’était fascinant — d’un point de vue anthropologique — de les voir cohabiter avec les flics qui réglaient la circulation et les prêcheurs de rue, dans des mondes qui se chevauchaient en réussissant à ne jamais se toucher.

Roman-phénomène aux Etats-Unis, City on fire, le premier de son auteur est le livre de tous les records — financiers. C’est surtout un livre qui se passe à New-York et qui se veut une ode à la ville : de quoi, donc, me faire plonger.

Difficile de résumer ce pavé choral de presque 1000 pages. Faisons simple : la nuit du réveillon 1976, une jeune femme est retrouvée presque morte dans Central Park. Autour de cet événement névralgique gravitent toute une cohorte de personnages extrêmement divers, que l’on va suivre jusqu’au black-out du 13 juillet 19777, avec quelques flash-back dans les années précédentes.

Ne pas parvenir à résumer un roman, c’est en général assez mauvais signe, et de fait, je l’avoue d’emblée, je ne suis pas parvenue au bout de celui-ci. J’ai déclaré forfait autour de la page 600, noyée dans les pages et les multiples personnages. Pourtant, ça partait bien : le roman, fourmillant, ressuscite avec une certaine maîtrise de la construction narrative chorale le New-York des années 70 dans sa diversité sociale et intellectuelle, sur fond de musique, Bowie, Lou Reed, Pattie Smith et bien d’autres. On comprend d’emblée le projet : interroger le rêve américain et ses dérives. Sex drug and Rock n’Roll. Deux figures d’écrivains émergent, ce qui devrait permettre de faire monter l’affaire, et petit à petit le puzzle se reconstitue, au fur et à mesure que les personnages se creusent et gagnent en complexité. Mais. C’est là que le bât blesse : à force de creuser les personnage, il ne se passe finalement plus grand chose, et on a l’impression de s’enliser désespérément, sans comprendre quel est réellement le coeur de l’histoire. Je regardais avec effroi le nombre de pages qui me restaient à lire ne pas diminuer ou si peu, alors que je m’ennuyais férocement, mon attention rattrapée sporadiquement par un personnage (Mercer) mais cela n’a pas suffi. Le problème, c’est que ces personnages sont diversement intéressants, ce qui crée des sortes de trous d’air dans l’histoire (mais je pense qu’on ne s’intéresse pas tous aux mêmes) : pour ma part, Charlie, l’ado pseudo-rebelle et sa bande d’illuminés m’ont ennuyée comme c’est pas permis. De fait, le mouvement punk ne m’intéresse pas…

Sans doute conscient de ce risque de finir par décourager le lecteur, l’auteur a ménagé des « interludes » entre les parties, sortes de récréations marquées par une certaine inventivité, et qui mêlent texte, photographies, extraits de journaux etc. Ces intermèdes constituent comme un contrepoint du récit, mais là encore fonctionnent plus ou moins bien : « les artificiers » m’a passionnée, le fanzine de Samantha fait mourir d’ennui…

Bref : trop long, trop touffu, trop foisonnant, ce roman n’était pas du tout pour moi. Après, je pense qu’il peut séduire ceux qui aiment les grandes fresques, ce qui n’est pas mon cas.

City on fire
Garth Risk HALLBERG
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peellaert
Plon, 2016

(36 commentaires)

  1. C’est drôle, à l’instant Gaelle Josse sur FB demandait si quelqu’un de ses ami(e)s avait un avis sur ce livre. J’ai vu l’auteur au petit journal, très sympa, mais il n’a pas révélé grand chose. C’est pas pour moi je crois, déjà le crime ou la disparition du départ et puis les tonnes de personnages…je passe !

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  2. Premier avis négatif que je lis ; c’est très intéressant. L’histoire de l’ado rebelle pourrait effectivement m’ennuyer, mais je pense que j’aimerais tout de même le reste. J’attendrai sa sortie en poche pour me faire un avis sur la question.
    Merci pour ton retour.

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  3. Beaucoup de bruit autour de ce 1er roman …
    Des droits pour la publication vendus aux enchères…hollywood n’est pas en reste .
    Ne serait-on pas dans l’excès ?

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  4. J’avais un peu peur que ce roman ne soit qu’un « coup » médiatique et financier…j’ai lu deux avis oscillant entre le positif et le mitigé, ton billet est le premier gros bémol que je lis… étant donné que je l’ai en numérique, je pense que ça va être compliqué pour moi de le lire…

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  5. J’aime les grandes fresques et le mouvement punk ! Par contre, il y a clairement un passage à vide au milieu du roman qui s’accélère heureusement dans les 300 dernières pages. Tu t’es arrêtée juste un peu trop tôt ! Mais il est évident pour moi que ce roman ne valait pas 2 millions de dollars malgré son ambition et sa narration foisonnante.

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  6. L’argument promo du « premier roman le plus cher de l’histoire » me donnait envie de partir en courant ; puis j’ai lu une interview de l’auteur (dans le Figaro littéraire ? ou le Monde ?) très intéressante qui m’a interpellé. Je tâcherai de me faire un avis même si ce que tu dis, sur le côté « grande fresque », n’est pas pour me rassurer.

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  7. J’étais curieuse bien sûr après le battage médiatique aux USA. Et puis j’ai lu plusieurs avis franchement mitigés et tu confirmes ici. Et puis un pavé pareil, ça me fait toujours penser qu’un peu d’editing aurait pu être fait (dernière expérience avec The Luminaries de Catton, my god, qu’est ce que c’était long).

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  8. Tu confirmes mes doutes. D’un côté je suis tentée par ce roman du fait qu’il semble être le « chef-d’œuvre » du siècle, d’un autre côté, la 4ème de couverture ne me tente pas plus que ça. Je pense que je m’ennuierai. Et je me méfie de l’engouement excessif pour un roman.

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  9. Ce que je retiendrai de ce roman ? Il était chouette mais ne méritait pas un tel engouement médiatique… et que, mince, il n’était pas pratique à lire (trop lourd, trop long…). J’ai eu le même ressenti vis à vis des interludes (je n’ai d’ailleurs fait que survoler celui du fanzine !).

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  10. J’attends qu’il sorte en poche (parce que la taille et la fragilité du bouquin en grand format ne m’inspirent pas trop – genre dans les transports c’est pas la joie), mais je pense le lire quand même – si j’ai assez de courage pour me lancer !
    Une chose est sûre : j’espère être quand même plus enthousiaste que toi à l’issue de ma lecture…

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