Elle lit des romans

Des Petites filles modèles, de Romain Slocombe

Des petites filles modèlesMes Petites filles modèles ne sont pas une création ; si leurs prénoms leur furent donnés par la comtesse de Ségur, Camille et Madeleine — ou plutôt, Carmilla et Magdalena — ont existé bien réellement. Peut-être existent-elles toujours, au moins pour l’une d’entre elles. Ces adolescentes sont une réalité dont peut s’assurer toute personne connaissant le canton de C… ou qui le connaissait à l’époque. Mais dans leurs veines coulait le sang d’une autre comtesse, celle-là autrichienne ; et, chaque soir, elles priaient l’Archange des Ténèbres, avec toute la passion incandescente de leurs petits coeurs cruels, qu’il ne les délivrât pas du Mal.

Il faut que je vous confesse quelque chose : j’ai toujours détesté la comtesse de Ségur. Ses romans m’horripilaient, et même jeune j’étais affligée par le moralisme religieux qui suintait par tous les mots (déjà enfant j’étais une cause perdue pour la religion) : finalement, Camille et Madeleine, leur manie de culpabiliser pour rien, leur contrition, leur soumission aux interdits idiots me donnaient juste envie de leur donner des claques pour les réveiller. Plus tard, j’ai compris que très certainement, ce qui me perturbait également dans ces textes, c’était leur grande violence et, allons-y franchement, leur sadisme. Or l’âge auquel on lit la comtesse de Ségur n’est pas vraiment celui auquel on est supposé découvrir le plaisir dans la douleur. Bref, j’étais curieuse, du coup, de découvrir ce remake, dans lequel Romain Slocombe réécrit les Petites filles modèles version romantisme noir mâtiné de Sade.

Tout part d’un manuscrit trouvé en 1914 dans un cercueil plombé, à Rennes-le-Château. Ce manuscrit raconte une histoire bien semblable à celle du roman de la comtesse de Ségur : la voiture de Mme de Rosbourg et de sa fille Marguerite se renverse à proximité du château de Fleurville ; recueillies par Mme de Fleurville et ses filles Camille et Madeleine, elles se lient d’affection avec elles et acceptent la proposition de s’installer au château. Mais, si le point de départ est identique, l’histoire, elle, prend progressivement une tournure inquiétante.

Le projet est tout ce qu’il y a de plus intéressant, évidemment : la comtesse de Ségur version marquis de Sade, cela a certes déjà été fait (par exemple, la BD érotique Les Petites filles modèles de Georges Levis) mais ici, le texte s’enrichit de nombreuses autres références : Lewis, Gautier, Bram Stoker, Sheridan Le Fanu, Pierre Louÿs… l’auteur fait son miel de multiples références, et le roman est entièrement construit sur une tension entre le Bien et le Mal qui s’affrontent sur fond de littérature gothique, de château, de rêves et de cauchemars et d’animaux effrayant. C’est bien fait, et cela se lit agréablement. Malgré tout, le contrat n’est pas totalement rempli et l’auteur ne tire pas suffisamment parti de son sujet : on s’attend à quelque chose de sulfureux, et c’est finalement bien sage, subtil certes, un peu inquiétant, mais dépourvu de véritables scènes érotiques (tout au plus quelques caresses assez chastes), de cruauté et de tortures, un peu comme si l’auteur n’avait pas voulu totalement se lâcher. De plus, on peut se demander ce que l’Abbé S. de Rennes-le-château, bien connu des amateurs de thrillers ésotériques, vient faire dans cette histoire : là encore, un fil n’a pas été tiré, et c’est dommage.

Bref, un roman plutôt grand-public, agréable à lire, qui plaira à beaucoup ; mais les amateurs de littérature un peu plus corsée risquent de rester un peu sur leur faim…

Des Petites filles modèles
Romain SLOCOMBE
Belfond, 2105

(17 commentaires)

  1. moi si , je prends !
    J’aimais bien lire ces histoires de filles ( à la même époque enfantine j’ai adoré lire  » un bon petit diable  » et la relation ambigue ( sans doute sexuelle ) entre Mariane et Charles ). j’ai toujours imaginé des trucs un peu libidineux derrière la façade romanesque .
    Combien de pages svp ?

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  2. je ne cherche pas particulièrement l’érotisme, mais suis bien intriguée par cette version, comme je suis intriguée par ce que tu dis sur la version originale, que j’ai lu en BD petite, mais dont je ne garde aucun souvenir…

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