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Entretien avec… Catherine Domech, bibliothérapeute

livresJe ne sais pas vous, mais moi, depuis la sortie de Les livres prennent soin de nous de Régine Detambel (que je n’ai toujours pas trouvé l’occasion de lire, mais ne désespérons pas), j’étais très intriguée par la bibliothérapie. J’avais envie d’en savoir plus, et Catherine Domech, bibliothérapeute à Paris, formée à la bibliothérapie créative par Régine Detambel elle-même, a répondu à mes question pour m’éclairer sur le sujet !

Est-ce que vous pouvez expliquer ce qu’est la bibliothérapie ?

Si l’on prend l’étymologie du néologisme « bibliothérapie » nous avons la réponse puisque biblios signifie livre et therapeuein se réfère au verbe soigner. Il s’agit donc de se soigner par les livres. La définition officielle est l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outils thérapeutiques, en médecine et en psychiatrie ; et un moyen de résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée.

Comment ça fonctionne ?

Pour apporter un bien-être aux personnes qui consultent, on peut utiliser trois types d’ouvrages :
– La littérature (fiction, poésie, etc). Dans ce type d’ouvrage, le lecteur peut trouver un effet bénéfique car comme l’a dit Freud « partout où je suis allé, un poète était allé avant moi. ». En ce qui me concerne, comme je pratique la bibliothérapie créative je n’utilise que ce type d’ouvrage pour laisser au lecteur sa liberté d’interprétation, d’identification et d’imagination.
– Les ouvrages de psychologie grand public en rapport avec le soi de l’esprit ainsi que la recherche du mieux-être.
– Les livres d’auto-traitement ou Self-help books comme on les appelle dans les pays anglo-saxons. Ces livres permettent au lecteur-patient d’être dirigé dans les actes de la vie quotidienne pour l’aider dans un processus de changement comportemental et psychologique.

Comment se déroule une consultation ?

Je demande à la personne de m’exposer ce qui la préoccupe au cours d’une séance d’une vingtaine de minutes ou plus selon  le problème évoqué. Après analyse, je recherche puis propose une sélection d’ouvrages qui seront susceptibles de répondre à l’attente du lecteur. Je prends également en compte le profil de lecteur de la personne qui consulte. La personne est libre ensuite de revenir vers moi pour parler des livres lus et analyser certains passages. On peut également privilégier des séances de lectures à voix haute. En tout état de cause, je m’adapte aux besoins du lecteur.

A qui conseiller de consulter un bibliothérapeute ?

Pour les personnes qui veulent changer leur relation avec l’anxiété grâce à des livres ou bien pour celles qui aimeraient trouver des réponses à des questions personnelles, mettre des mots sur des émotions qui les habitent et/ou éclaircir un sujet grâce à une lecture personnalisée. Je fais également des recherches d’ouvrages pour des enfants. Bien souvent, pour les plus petits, ce sont les parents qui m’exposent le problème à la place de l’enfant. La problématique peut être par exemple en rapport avec le divorce des parents, les familles recomposées, etc.

Quels problèmes la bibliothérapie peut-elle aider à résoudre ?

 Les personnes qui consultent le font pour les raisons suivantes : éclairer un sujet sur lamour, l’argent, le vieillissement, la confiance en soi, le sens du destin, etc. car les grands écrivains ont su trouver les mots justes pour parler de choses que nous sommes, bien souvent, incapables d’expliquer par nous-mêmes ; pouvoir s’identifier à une image, à une histoire ou à un personnage ; entendre d’autres points de vue et avoir ainsi, la possibilité d’emprunter d’autres pistes de réflexions ; mieux comprendre leur relation avec un proche ; réduire leur anxiété ; surmonter un traumatisme, une douleur affective, un deuil, une rupture ; avoir le pouvoir d’agir, grâce à la lecture, pour créer soi-même son propre changement ; renouer avec sa vie intérieure et l’enrichir ; vouloir tout simplement être conseillé devant la multitude de livres à lire…

Est-ce que la bibliothérapie peut venir en complément d’une psychanalyse, voire s’y substituer dans certains cas ?

La bibliothérapie ne peut en aucun cas se substituer à des traitements médicaux pour des problèmes importants mais elle peut en effet venir en complément d’une psychanalyse. Elle peut suffire pour répondre à des questions existentielles ou bien pour des petites dépression ou pour réduire l’anxiété chez certaines personnes.

Comment choisissez-vous les livres que vous conseillez à vos clients (ou doit-on dire patient ?) ? Ne conseillez-vous que des livres que vous avez vous-même lus ?

Personnellement, je n’aime pas dire patients, je dis lecteurs. Je choisis les livres en fonction du profil du lecteur (quel type de livre lit-il habituellement, est-il un grand lecteur ou un lecteur occasionnel ?) et de ce qui l’a amené à me consulter. Je conseille bien entendu des livres que j’ai lus, je me fais également conseiller par des personnes qui ont fait du livre leur métier (bibliothécaires, libraires, grands lecteurs) et si je n’ai pas lu le livre, je le fais avant de le mettre entre les main de son futur lecteur.

Comment doit travailler le patient ? S’agit-il d’une lecture comme on en a l’habitude, ou a-t-il un travail autre à faire ? En discutez-vous ensuite ? 

Le livre doit être lu comme le lecteur l’entend, à son rythme, le faire réfléchir ou pas dans l’immédiat. Il faut que la lecture fasse son chemin dans l’esprit du lecteur et pour cela il n’y a pas de règles. Après avoir lu les ouvrages conseillés, le lecteur peut revenir vers moi pour en discuter et analyser les écrits avec lui.

Combien coûte une consultation ?

Là aussi, il n’y a pas de tarifs règlementés, donc je vais parler du coût de mes propres consultations ; elles sont de 65 euros la séance. Le coût comprend la consultation, la recherche des livres et ensuite les retours des lecteurs pour discuter des livres lus.

Comment devient-on bibliothérapeute ? Y a-t-il des formations, des diplômes ? 

Selon moi, on devient bibliothérapeute par passion des livres, pour apporter du mieux-être à autrui. Il n’y a pas de formation diplômante actuellement en France mais l’écrivaine Régine Detambel donne des formation de bibliothérapie créative (voir son site officiel)  près de Montpellier. J’ai moi-même suivi cette formation très enrichissante. Il convient naturellement d’avoir une solide formation diplômante en littérature ou dans les métiers du livre.

Avez-vous des ouvrages à nous conseiller pour en savoir plus, outre celui de Régine Detambel ?

Oui, il y a trois très bon livres : Bibliothérapie – Lire, c’est guérir du philosophe Marc-Alain Ouaknin (éditions du Seuil), l’excellent L’art de lire ou comment résister à l’adversité de Michèle Petit (éditions Belin) et un autre de Michèle Petit : Éloge de la lecture : la construction de soi (éditions Belin)

Si cela vous intéresse, vous pouvez consulter le site de Catherine Domach : Bibliothérapie Paris !

37 réflexions sur “Entretien avec… Catherine Domech, bibliothérapeute

  1. Et tous les professionnels du livre peuvent devenir bibliothérapeute ? Il n’est pas nécessaire d’être diplômé aussi en psychologie ? Les lecteurs sont-ils réellement prêt à payer 65 euros pour un conseil littéraire, même très bon ?

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    • Je pense qu’il faut avoir un goût certain pour l’aspect thérapeutique et qu’un diplôme de psy ne peut pas faire de mal. Après, pour le « client »… tu serais étonné de voir les sommes que l’on est prêt à dépenser pour aller mieux, mais pas tout le monde, bien sûr !

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  2. J’avoue être plus que sceptique – non seulement pour l’aspect « payez 65€ pour un conseil de libraire amélioré », mais aussi parce que cette vision utilitariste de la littérature me déplaît plutôt.
    J’avais lu quelques billets sur le bouquin de Régine Detambel et je m’étais déjà dit que ce n’était pas pour moi… A moins que, pour arrondir les fins de mois…

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      • Il faudrait voir les choses plus en détail peut-être, mais de ce que dit la personne que tu as rencontrée, j’ai l’impression que le risque est quand même d’aboutir très vite à une liste de « recettes ». On conseillera tel livre pour telle angoisse, etc. Je trouve ça réducteur. On ne lirait plus un texte pour sa beauté, sa force mais parce qu’il pourrait « faire du bien » dans telle ou telle circonstance…

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        • Je ne crois pas, j’ai l’impression qu’elle n’applique pas de recettes mais plutôt qu’elle choisit vraiment en fonction des lecteurs. Après, « faire du bien » est très vague : la beauté d’un texte, aussi, peut faire du bien, et je pense que c’est une des forces de la littérature… tu n’as jamais remarqué que, souvent, le hasard (?) met entre nos mains le bon livre au bon moment, celui qui nous fera avancer ? Pour moi, le bibliothérapeute facilite la rencontre, voilà tout !

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          • Si, je suis bien d’accord, mais justement quand on parle de « trouver des réponses à des questions personnelles, mettre des mots sur des émotions qui les habitent et/ou éclaircir un sujet grâce à une lecture personnalisée », il me semble qu’on ne pense pas « beauté du texte » mais simplement « indexation thématique ».

            Quant à faciliter des rencontres avec des livres, en fonction d’un profil et d’une envie ou d’un besoin… On est donc tous bibliothérapeutes, non (avec nos amis, avec nos collègues…) ? En ce qui me concerne c’est toujours gratuit 😉
            Bref, on est d’accord sur certains points mais je trouve que ça sent trop l’escroquerie pour me laisser convaincre 😉

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  3. Il ne faudrait pas oublier que ce livre a été l’objet d’une polémique puisque Régine Detambel s’est très largement inspirée du livre de Michèle Petit, qui a obtenu gain de cause. Il y a eu une série d’articles dans Le Monde des Livres sur cette tendance actuelle à trouver du réconfort dans les livres, articles qui montrent aussi que certains livres peuvent aussi nous ne pas nous faire du bien…La littérature vaut mieux que cela…

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  4. Les 1 et 3 sont à ma bibli! J’avais emprunté le 1 après lecture de celui de r Detambel (mais pas de billet) mais j’ai jeté l’éponge.
    Je suis toujours un peu dubitative, mais bon, les livres font du bien, c’est en gros sûr, il faut aussi laisser libre cours à son instinct.
    Je te signale Remèdes littéraires de Ella Berthoud et Susan Elderkin, un gros pavé chez Lattès, jubilatoire, qu’on soit d’accord ou pas, et en tout cas une mine d’idées lecture pour toutes les occasions (tu l’auras deviné, pas de billet)

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  5. Intéressant, comme réflexion. Après, de là à aller « consulter » pour se faire conseiller des ouvrages qui aideraient, j’ai un doute.
    Ceci dit, je pense fondamentalement que la littérature peut aider les lecteurs, soit en leur permettant de poser des mots par effet miroir sur leurs émotions, soit parce que es livres donneront des clés de compréhension et des pistes de réflexion… En tout cas, je conçois beaucoup la lecture ainsi…

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  6. J’adore le concept (en mettant de côté l’aspect mercantile) : soigner les maux par des mots. Je suis convaincu que nos petites histoires personnelles ne sont que des redites des passions de nos ainés. Lire et découvrir ce que d’autres ont éprouvé avant nous a un effet décomplexant.

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  7. Pingback: Aux petits mots les grands remèdes, de Michaël Uras | Cultur'elle

  8. Pingback: Bibliothérapeute | Lady Butterfly & Co

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