Romans

La Poupée de Kafka, de Fabrice Colin

La poupée de KafkaMon père est un con. Excusez-moi mais je ne trouve pas de meilleur terme. Le problème, c’est que je l’aime. J’ai perdu ma mère il y a trois ans. Vous pouvez bien me répéter que mon itinéraire personnel ne vous intéresse pas, je sais que vous bluffez. Vous vous efforcez de paraître méchante et ennuyée par tout mais la vérité, c’est que vous êtes incroyablement alerte et que tout, au contraire, vous passionne.  

Je suis poursuivie par Kafka. Après l’avoir croisé dans toutes les rues de Prague (d’où j’ai rapporté un mug que j’adore et divers magnets à son effigie), avoir suivi ses errances à Paris et l’avoir lu mourir de faim, me voilà avec ce nouveau roman de Fabrice Colin, sur lequel son fantôme plane.

Tout part d’une anecdote, racontée par Dora Diamant, la dernière compagne de Kafka, et devenue une légende : une petite fille triste d’avoir perdu sa poupée et un grand écrivain qui la console en inventant les lettres que cette poupée écrirait à son amie. Ces lettres n’ont jamais été retrouvées, et constituent pour les spécialistes de Kafka une sorte de Graal, si elles n’ont pas été détruites.

Julie Spieler entend bien être celle qui trouvera ces lettres, pas pour elle, mais c’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour dire à son universitaire de père, obsédé par Kafka, qu’elle l’aime. Il faut dire que la relation entre le père et sa fille est plus que compliqué. Malheureusement pour Julie, si elle a réussi à trouver la trace de la petite fille de l’histoire, celle-ci, devenue une vieille dame revêche, n’est pas disposée à livrer son histoire…

A partir d’une histoire plus ou moins vraie et en tout cas auréolée de mystère, celle de la petite fille et de sa poupée, Fabrice Colin propose un très joli roman où Kafka sert de lien entre des êtres qui n’arrivent pas à communiquer. Ce n’est pas un livre sur Kafka, et le mystère des lettres est avant tout un prétexte, car ce n’est pas non plus un roman de chasse au trésor ou au manuscrit perdu, et pourtant il est là, figure fantomatique et bienveillante. Chacun a son Kafka, chacun l’aime pour des raisons différentes, tout comme chacun a ses secrets et ses failles, ses faiblesses qu’il ne veut pas montrer. Abel Spieler ne sait pas comment s’y prendre avec sa fille, ne sait pas être tendre, ne sait pas composer avec les sentiments humains, lui qui préfère la compagnie des livres, notamment ceux de Kafka. Julie ne sait pas vraiment non plus s’y prendre avec son père, ni vraiment avec les hommes. Quant à Else, elle passe son temps à mentir, pour des raisons métaphysiques, sur tout et sur rien.

Difficile de parler de ce roman sans trop en révéler, mais ce qu’il faut en retenir c’est que c’est un très joli texte, très touchant, très poétique aussi.

La Poupée de Kafka
Fabrice COLIN
Actes Sud, 2016

26 réflexions sur “La Poupée de Kafka, de Fabrice Colin

  1. Sympa la photo qui illustre l’article!
    Je le lirai, à cause de Kafka (dont j’avais ramené plein de souvenirs aussi quand j’étais à Prague!) et de la thématique…

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  2. Tu n’en dis pas trop, ce qui donne particulièrement envie de le lire ! Seul le qualificatif de « poétique » pourrait-il me freiner un peu. Mais comme j’attends avant de faire des achats de rentrée 2016, ça me laisse le temps de lire d’autres avis ! 😉

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  3. Mon commentaire n’a pas l’air d’être passé…

    Je disais que ce livre m’intrigue aussi pour le côté Kafka. Et que je voudrais ton mug. Et aller à Prague.

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  4. Pingback: La poupée de Kafka, Fabrice Colin | Bric à Book

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