Elle lit des récits et chroniques

De quelques amoureux des livres… de Philippe Claudel

De quelques amoureux des livres& cet autre encore qui chaque mois commençait un nouveau livre, dont il cessait l’écriture au bout de quelques jours, comme on abandonne une conquête avec laquelle on a fait deux ou trois fois l’amour, et dont on se rend compte en définitive qu’elle n’est pas notre genre.

Le titre exact de ce recueil, qui est en lui-même tout un poème, c’est : De quelques amoureux des livres que la littérature fascinait, qui aspiraient à devenir écrivain mais en furent empêchés par diverses raisons qui tenaient aux circonstances, au siècle de leur naissance, à leur caractère, faiblesse, orgueil, lâcheté, mollesse, bravoure, ou bien encore au hasard qui de la vie fait son jouet & entre les mains duquel nous ne sommes que de menues créatures, vulnérables & chagrines. A vos souhaits. Du coup, quand on le cherche en librairie, deux solutions : soit demander « le dernier Claudel », soit le trouver soi-même, comme j’ai fait.

Du reste, ce titre à rallonge, sans doute l’un des plus délicieux de toute l’histoire de la littérature, donne une bonne indication du thème : dans une sorte de litanie, Claudel énumère mille et une façons (en vrai, une centaine) de passer à côté de sa vocation d’écrivain.

C’est un petit bijou, jouissif en diable : tour à tour drôle, loufoque, cruel, poétique, tragique, le recueil nous présente de écrivains fous ou victimes de l’ironie du sort, des oeuvres éphémères, des escroqueries et des canulars, tout en restant primesautier, malicieux et léger. Et pourtant profond car ce qui est en jeu ici, ce sont les infinies possibilités de la littérature, les textes virtuels qui pourtant existent ou ont existé, les chemins qui bifurquent et empêchent le destin de se réaliser, et les affres de l’écrivain dont la page blanche n’est pas le seul ennemi. Devant cette prolifération d’oeuvres possibles, on ne peut évidemment que penser à Borges. La référence est d’ailleurs assumé.

Chaque histoire est extrêmement courte, ce qui en fait le livre parfait pour grapiller. Le livre parfait aussi à glisser dans les petits souliers d’un amoureux des livres… en espérant qu’il ne finisse pas mal, comme les aspirants écrivains du recueil !

De quelques amoureux des livres
Philippe CLAUDEL
Finitude, 2015

(16 commentaires)

  1. ai adoré ! je l’ai posé sur ma table de nuit et avant de fermer les yeux, je me relis une p’tite histoire d’un aspirant écrivain !
    merci pour ce joli billet sur ce si joli livre …

    J'aime

Un petit mot ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s