Elle écrit

Nous sommes les dieux…

Magritte

Magritte

Parce que l’écriture est la meilleure des thérapies et des catharsis, voici un texte que j’avais écrit le 11 janvier et que je viens de reprendre… C’est un dialogue, une fable avant tout, à ne pas prendre complètement au pied de la lettre, mais un peu quand même…

La rue était noire de monde. Des milliers, peut-être des millions d’humains à travers la planète réunis dans le deuil. Du haut du ciel, Elle les regardait. Et Elle pleurait.

ELLE : J’aimerais tant pouvoir descendre parmi eux. Les prendre dans mes bras. Les consoler.
LUI : Comme une mère ? Tu peux, si tu veux. En tout cas, tu peux essayer. Ils ne te reconnaîtront pas.
ELLE : Evidemment, qu’ils ne me reconnaîtront pas. Pour eux, je n’existe même pas !
LUI : Non.
ELLE : Je ne peux plus le supporter ! Je ne peux plus supporter qu’ils tuent en ton nom !
LUI : En notre nom.
ELLE : Non, le tien uniquement. Depuis qu’ils ont inventé le monothéisme, dans leur tête le divin ne peut qu’être masculin, uniquement masculin, la virilité triomphante, toute puissante, guerrière et tyrannique ! Ils m’ont occultée, effacée, insultée même ! Ils ont insulté ce que je suis et ce que je représente. L’Amour, la vie…
LUI : Ce n’est qu’un manque d’imagination parce que la vérité est inconcevable pour leurs petits esprits, mais ils savent que le divin ne peut être que double. Qu’il ne peut pas être uniquement masculin. Qu’il ne l’est pas.
ELLE : Non, il ne l’est pas, bien sûr qu’il ne l’est pas, sinon il ne serait pas parfait, et je n’existerais pas et toi non plus. Mais lorsqu’ils s’adressent à lui, ils disent Notre Père, ils disent le Père tout puissant, ils disent…
LUI : C’est un mot ! Parce qu’ils n’en ont pas d’autres !
ELLE : Le mot ne fait que refléter leur véritable conception des choses. Toute l’histoire du monothéisme n’est que l’histoire de l’asservissement de la femme par l’homme au nom d’une conception… erronée de ce qu’est la divinité. De ce que nous sommes. Et de ce qu’ils sont. Jusque dans leurs textes dits sacrés ils ont insulté et rabaissé les femmes. La femme est née de l’homme. La femme sera soumise à son mari et il la dominera. La femme doit se voiler car elle doit avoir honte de sa nature. La femme doit se taire. La femme doit obéir. La femme doit être chaste. La femme ne doit pas avoir de plaisir. La femme vaut la moitié d’un homme. La femme…
LUI : oui, oui, je sais, ils sont stupides, mais pas seulement sur ce point ! Tu le sais bien ! Regarde tous les interdits tous plus irrationnels les uns que les autres qu’ils ont été inventer sous prétexte de nous agréer ! A leurs yeux, Dieu n’est qu’un tyran qui les a créés pour qu’ils rampent à ses pieds comme des esclaves et obéissent aveuglément à des ordres arbitraires et dépourvus de sens. Mais pourquoi donc ne voudrait-il pas qu’ils mangent tel ou tel aliment, qu’ils ne boivent pas d’alcool, qu’ils jeunent ? Pourquoi, surtout, condamnerait-il le sexe, le rire, la musique et que sais-je encore ?
ELLE : En croyant faire plaisir à leur dieu, ils passent leur temps à nous insulter, nous qui sommes les vrais dieux…
LUI : Le mieux, c’est tout de même ce qu’ils ont été inventer sous le nom de Diable, un personnage totalement incohérent qui les pousserait à faire le mal durant leur vie et les punirait de l’avoir fait après leur mort.
ELLE : Nous devons les arrêter !
LUI : Non. Nous leur avons donné le libre-arbitre, ils font ce qu’ils veulent, y compris refuser cette liberté qui était pourtant le plus beau cadeau que nous leur avons fait. Nous les avons mis sur terre pour qu’ils célèbrent la vie, qu’ils aiment, qu’ils rient, qu’ils s’amusent, qu’ils chantent, qu’ils dansent, qu’ils lisent et qu’ils écrivent, qu’ils peignent, qu’ils sculptent, qu’ils créent, qu’ils fassent l’amour, qu’ils boivent, qu’ils se promènent, qu’ils se baignent nus au clair de Lune. Mais certains refusent la joie et la liberté. Parce que cette liberté est trop lourde : c’est tellement plus facile pour eux d’adhérer à un prêt-à-penser dogmatique, d’écouter ceux qui leur disent de faire ceci mais de ne pas faire cela. C’est tellement plus facile que de trouver son propre chemin et de s’interroger sur le bien et le mal. Ils sont dans l’erreur, mais c’est leur choix…
ELLE : S’ils ne faisaient que refuser les plaisirs que nous leur avons offert, cela ne serait pas si grave, tant pis pour eux. Mais ils tuent ! Ils tuent en ton nom ! Depuis des siècles ils massacrent ceux qui refusent de se soumettre à leur idéologie mortifère. Ils ont brûlé des femmes qu’ils ont appelées sorcières, ils ont massacré des peuples pacifiques qui ne leur demandaient rien et vivaient en harmonie avec la Nature, ils se sont entretués, aujourd’hui ils exécutent à la kalachnikov ceux qui ont choisi justement d’accepter notre cadeau de joie. Ils tuent en notre nom !
LUI : Non. Ils tuent au nom d’une idée du divin qu’ils ont forgée de toute pièce pour justifier leur terrible pulsion de mort. Ils tuent au nom d’un dieu qui n’existe pas.

6 réflexions sur “Nous sommes les dieux…

  1. Si ça peut consoler la féministe en toi, il y a une femme qui s’est fait sauter à Saint-Denis. Tous les espoirs d’égalité entre les sexes sont donc permis.

    Sinon, j’aime beaucoup ton texte.

    Aimé par 1 personne

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