Elle lit des romans

Le Premier Jour de ma mort, de Philippe Sohier

Le premier jour de ma mortPour lui, cela ne faisait plus aucun doute, il avait un sérieux problème. Vu les symptômes dont il souffrait, il comprit qu’il allait avoir une putain de couille avant la fin de la journée. Tout le confortait dans cette sombre intuition : le rythme effréné du palpitant qui fracassait ses côtes, cette vague de chaleur qui envahissait ses poumons et qui se répandait jusque dans sa glotte. Sans compter l’étau invisible qui broyait sa poitrine. Allongé à quelques caresses de Clara qui continuait sa petite gymnastique érotique, Albert redoutait le pire et se disait : « Je crois que je vais vivre mon dernier jour ».

On n’a pas beaucoup parlé de ce roman, un peu noyé au milieu de tous les titres de la rentrée littéraire, si ce n’est l’autre jour, dans Ça balance à Paris : une des chroniqueuse (mais alors qui, impossible de me souvenir) en a fait son coup de coeur de la semaine. Cela fait peu, pour un petit roman qui mérite pourtant qu’on s’y arrête.

Ce matin-là, Albert se réveille avec la certitude qu’il va mourir dans la journée, ce qui le pousse, assez logiquement, à s’interroger sur sa vie et ce qu’il en a fait.

Si le sujet peut paraître de prime abord assez classique, un homme qui s’interroge sur la vie au moment de mourir, le traitement l’est moins, Philippe Sohier choisissant d’osciller entre la fable et le conte (tout n’étant pas toujours très réaliste), entre le burlesque et l’émouvant pour nous interroger sur le bonheur. La mort imminente, pour peut qu’on en ait conscience ou qu’on en soit convaincu, a le mérite de nous obliger à nous recentrer sur l’essentiel : l’amour, les petits moments à côté desquels on passe habituellement sans en avoir conscience mais qui prennent de l’importance car vécus pour la dernière fois, les regrets et les remords. Albert, donc, se repasse le film de sa vie, et l’on peut dire que cela ne manque pas de moments d’anthologie, à commencer par son mariage ; anti-héros, il est souvent assez navrant, mais aussi touchant car c’est un homme qui s’est battu pour ne pas être écrasé par un destin qu’on voulait lui imposer, celui d’une morale bourgeoise qui n’était pas pour lui, mais qui en même temps s’est peut-être trompé dans ses combats, et qui a fini par s’éloigner de sa femme Clara, qui n’est pas non plus sans reproches. Disons que ce qui est intéressant dans ce roman, c’est que les êtres sont beaucoup plus complexes que ce que l’on peut croire au début, qu’ils ont chacun des secrets et une part de responsabilité. Le roman interroge le couple, le sexe, la parentalité, mais aussi l’amitié, et nous engage à profiter de la vie, car on ne sait pas ce qu’elle nous réserve.

Un joli roman, à l’écriture dynamique et percutante, qui n’est pas sans rappeler quelques fois l’univers de Philippe Jaenada, et qui mérite qu’on s’y arrête !

Le Premier Jour de ma Mort
Philippe SOHIER
Hugo Roman, 2015

RL201538/42
By Hérisson

(9 commentaires)

  1. Ca me fait penser a 36 chandelles de Marie Sabine Roger ( dans le theme) mais effectivement le traitement doit etre completement different puisqu’elle axait plus sur l’humour. En soit, ca a beau etre un theme connu, cela n’empeche qu’on se pose tous la questions ou du moins qu’elle merite d’etre posee. A retenir, merci!

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  2. J’allais faire exactement la même réflexion que Catherine: ça fait penser à 36 Chandelles, roman dans lequel le le personnage principale, persuadé qu’il va mourir à 36 ans le jour de son anniversaire prévoit ce moment et…ne meurt pas ! C’est alors qu’il va se poser mille et une questions sur le sens de sa vie: croustillant et pétillant .

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