Contes

Contes pervers, de Régine Deforges

Contes perversLa plainte était un souvenir, une respiration, le rythme d’un battement, régulier coup de rame à l’intérieur d’elle-même. C’était vrai que ça tenait à peu de chose. Mais elle était justement éblouie par ce peu de chose, à la fois aérien et acéré. Ça lui était venu d’un coup, dans l’ombre de ce présage élégant sur le pont d’un bateau : un besoin pressant, nouveau, comme un acte de foi érotique dans une nature fière et rigoureuse.

L’autre jour, j’ai fait du rangement dans ma bibliothèque. Le but était de rassembler toute ma collection de littérature érotique sur un même rayon. Et là, je suis tombée sur cet ouvrage, que j’ignorais totalement posséder, je me demande même s’il est à moi, mais en même temps je ne vois pas bien à qui il pourrait être d’autre. Bref. J’ai pris ça comme un signe : celui d’un nécessaire retour aux fondamentaux de l’érotisme.

Neuf contes, neuf situations qui visent à amuser, à distraire — à exciter sans doute — le lecteur, en explorant les fantasmes les plus profonds, les plus sombres, les plus inquiétants. Jeux pervers, ils font fi des tabous, la seule loi étant ici celle du plaisir.

Et bon sang que ça fait du bien ! Evidemment, à ne pas glisser entre toutes les mains : l’ouvrage porte bien son titre, c’est « pervers », et certaines situations, certains textes peuvent mettre mal à l’aise le lecteur, même averti. Mais dans le titre il y a aussi « contes » : les situations sont donc avant tout des fantasmes et non des réalités, l’imagination s’affranchit de toutes limites et le poétique et l’onirique dominent, avec une présence très forte de l’exotisme, du voyage, mais aussi d’un certain mysticisme païen, d’une conception de l’érotisme comme art. Le tout servi par une véritable écriture, un vrai talent pour rendre des ambiances de débauche sans vulgarité, un certain raffinement aussi : dans quel autre ouvrage trouve-t-on le terme rare d' »olisbos » à la place de son équivalent commun (je vous laisse chercher…) ?

J’ai particulièrement aimé le dernier compte, qui met en scène une auteure de textes érotique en panne d’inspiration : mise en abyme subtile et intéressante. Mais l’ensemble est un régal à ne pas refuser. Parfois, ça fait du bien aussi de se replonger dans les classiques !

(En revanche, dans son introduction, Régine Deforges déconseille le film du même nom qu’elle a réalisé et qu’elle trouve mauvais).

Contes Pervers
Régine DEFORGES
Fayard, 1980

Mardi-c-est-permisBy Stephie

14 réflexions sur “Contes pervers, de Régine Deforges

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