Humeurs

La gratuité, c’est le vol !

La gratuité c'est le volOn en parle depuis le salon du livre, mais il devient véritablement urgent de réagir : la Commission Européenne (et c’est à vous dégoûter définitivement de l’Europe) entend modifier le droit d’auteur et introduire tellement d’exceptions à ce droit qu’au final, plus personne n’achètera de livres, ou si peu que cela revient au même : les auteurs, qui déjà ne gagnent pour la plupart pas grand chose, ne gagneront plus rien du tout. Que deviendra alors la création ? Elle disparaîtra…

Afin d’alerter le public, le SNE a édité une petite brochure explicative, rédigée par Richard Malka, que je vous encourage vivement à lire, soit en vous la procurant chez votre libraire préféré, soit en la téléchargeant ici.

Les auteurs sont en danger, ils deviennent une espèce en voie de disparition, et personnellement je n’ai pas envie d’assister à leur extinction (d’autant que très modestement je fais aussi partie du nombre…)

22 réflexions sur “La gratuité, c’est le vol !

  1. Il me semble quand même que faire comme si le numérique ne changeait presque rien dans l’industrie du livre comme le fait Malka au début de son « livre » (fascicule ? flyer ?) relève bel et bien d’une politique de l’autruche. Que le livre n’ait pas encore subi les bouleversements qu’ont connu la musique ou le cinéma, très bien, mais il est évident que ça arrive. Et Dieu soit loué, beaucoup d’auteurs et d’éditeurs ont compris quelles erreurs ont été commises par l’industrie du disque (les DRM notamment) et s’appliquent à ne pas les reproduire. Et d’après Malka, ces gens-là seraient pratiquement des complices des GAFA, alors que ce sont pour la plupart des acteurs indépendants qui n’ont qu’un seul objectif : partager ce qu’ils produisent…

    Sur la question du prêt numérique en bibliothèques, (page 16-17), voir que Malka trouve que ça fonctionne bien actuellement est presque drôle tant c’est à côté de la plaque. Il faut voir les conditions imposées par les éditeurs, les contrats délirants, les offres ultra-fermées qui sont proposées…

    Quant à l’exception pédagogique… Quand j’étais prof, il m’arrivait de photocopier des extraits d’un peu tout, sans me poser de question (parce que je ne vois pas qui serait venu me chercher des poux) ; j’aurais pu faire des copies en numérique que ça n’aurait rien changé, me semble-t-il. Pour être honnête, je ne comprends même pas le raisonnement que tient Malka sur ce point-là. Ca n’a ni queue ni tête. En gros, ce qu’il dit, c’est qu’avec l’exception pédagogique, les profs vont se mettre à copier tout et n’importe quoi, y compris hors-programme, et ne plus jamais toucher à un manuel ? Soyons sérieux…

    Enfin il y aurait bien d’autres points… Pour moi, le texte de Malka, il n’est pas là pour défendre les auteurs, il est là pour les (gros) éditeurs. Ca me rappelle le temps où des groupes comme Universal ou Sony ont essayé de combattre la chute du disque en utilisant des remèdes pires que le mal. Je trouve plus intéressante la démarche d’auteurs comme Neil Jomunsi ou Thierry Crouzet, qui se demandent activement quels nouveaux modèles mettre en place plutôt que de se raccrocher à des principes qui ne fonctionnent plus (ou plus très bien).

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    • Le problème, c’est que si on laisse faire les auteurs ne gagneront plus rien : il est tout de même scandaleux que ce soit au parti des Pirates, qui estime que tout doit être gratuit, qu’on demande de réfléchir à la question. En outre, concernant l’exception pédagogique, l’EN paye pour qu’on puisse faire des photocopies, mais là l’idée est qu’on puisse avoir accès à tous les textes si c’est dans une volonté pédagogique. Quant au prêt en bibliothèque, s’il les fichiers sont illimités dans le temps et reproductible, ils vont se multiplier de façon exponentielle : qui achètera encore des livres si on peut toujours, d’une façon ou d’une autre, les avoir gratuitement ? Moi je suis totalement contre…

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      • Si les fichiers sont illimités dans le temps et reproductibles… Ils seront comme les fichiers utilisés et disséminés par les pirates, certes ; jusque là on vend encore des livres malgré le piratage. On en vend aussi malgré les milliers de bibliothèques qui mettent des livres (papier) gratuitement à disposition…

        Surtout, on parle de fichier illimités dans le temps et reproductibles en réaction aux conditions imposées actuellement : des e-books qui s’auto-détruisent après un certain nombre de lectures et qui ne sont pas consultables par plus de X personnes en même temps. N’est-ce pas absurde de brider des fichiers qui théoriquement n’ont pas de limite ?
        Sur la question du PNB, je conseille la lecture de cet article, entre autres : http://scinfolex.com/2015/04/17/le-projet-pnb-utilise-comme-argument-contre-la-reforme-positive-du-droit-dauteur/

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        • Le problème est que l’article ne pose jamais la question essentielle : comment les auteurs gagnent leur vie ? C’est quand même eux qui bossent, non ? Le problème ne se poserait pas si les gens étaient respectueux de ce travail : or, si l’on accepte ces généralisations des exceptions, les gens vont abuser et vouloir tout gratuit tout le temps, sans penser que c’est impossible. Et puis après il n’y aura plus d’auteurs, comme ça ça sera beaucoup plus simple !

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          • Mais si je peux me permettre, cet avenir très sombre où les auteurs n’auraient plus de sous du tout, je ne vois pas bien d’où il sort si ce n’est des élucubrations de Malka. Les auteurs arrivaient à vivre même quand les bibliothèques ne payaient pas le « droit de prêt » (droit de prêt qui restera très certainement en vigueur d’une manière ou d’une autre en France sur les ouvrages numériques).

            Très honnêtement, bien que j’aie des réserves sur certains points du rapport Reda, je trouve que ce qu’en fait Malka s’apparente à du troll pur et simple, une caricature partisane (et le titre de ce site, mon dieu…). Les exceptions prévues n’empêcheront jamais, en aucun cas, les auteurs de pouvoir vendre le produit de leur création.

            Le modèle économique va changer, certes, mais le meilleur moyen de rendre cette transition chaotique est justement de s’accrocher aux modèles du passé, qui ne sont plus adaptés à la situation actuelle (i.e. le droit d’auteur tel qu’on le connaît depuis la fin du XVIIIe). L’industrie du disque l’a prouvé : pendant une dizaine d’années, elle a voulu résister à la crise en continuant contre vents et marées à faire ce quelle faisait avant ; beaucoup s’y sont cassé les dents. Depuis quelques temps la situation s’améliore pour les créateurs (et j’insiste sur le mot créateur, parce qu’au final le numérique et ses usages leur ont fait gagner énormément, notamment par la suppression d’intermédiaires très coûteux), justement parce qu’ils se sont adaptés à ce virage. Donc oui, s’ils restent sur ce genre de positions, les éditeurs vont morfler. Mais les auteurs seront toujours là une fois la crise passée, et peut-être même y gagneront-ils un peu…

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          • Je ne suis pas d’accord : si les gens peuvent obtenir les livres gratuitement (et grâce à toutes les exceptions ils le pourront tout à fait légalement), les gens n’auront plus aucune raison d’acheter les livres : de quoi vivront alors les auteurs ? Le cas de la musique et du cinéma sont très différents !

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          • Très différents ?
            Pour la musique, oui, car la musique live a un temps pris le relais dans l’économie. N’empêche qu’aujourd’hui, on peut obtenir toute la musique qu’on veut gratuitement (via les sites de streaming – qui d’ailleurs sont encore une fois une très belle opération des grands acteurs de l’industrie au dépends des auteurs : ce n’est certainement pas la part reversée aux auteurs qui leur permet de vivre). Et il se vend pourtant toujours des CD et des vinyles (moins, certes, mais il s’en vend, bien qu’on n’ait « plus aucune raison d’acheter »).

            Le cinéma est différent par son aspect convivial : on va au cinéma pour la salle. Mais une fois en DVD ? Qui a encore des raisons d’acheter des DVD aujourd’hui ? Et il s’en vend encore…

            Ajoutons que le livre est bien moins en danger grâce à son statut. Contrairement au CD qui était un support assez jeune, le livre est ancré dans toutes les habitudes. Le nombre de gens qui veulent en rester au papier est, encore aujourd’hui, considérable. Le peu de réaction du marché suite à l’introduction du livre numérique, bientôt suivi du piratage des e-books, l’a bien prouvé.

            Bref, je ne crois pas à ces prédictions à la Paco Rabanne…

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          • Alors je suis partiellement d’accord avec toi, à ceci près que je pense que la dématérialisation a servi l’industrie du disque et du cinéma : là où avant je n’achetais jamais de musique, aujourd’hui j’en achète car je peux télécharger le morceau qui me plaît au lieu d’acheter tout un album avec 3 trucs qui me plaisent vraiment dedans ; idem avec le cinéma : personnellement, je n’aime pas le lieu, par contre je loue beaucoup en VOD (j’achète quelques DVD mais peu). Mais justement : quand je loue un film, c’est limité dans le temps et je ne peux pas le distribuer à tous mes amis. Je ne vois pas où est le problème que les livres numériques prêtés par les bibliothèques ne soient pas multipliables à l’infini et qu’ils aient une durée de vie limitée ! Après, je suis d’accord aussi que les éditeurs français n’y mettent pas trop du leur au niveau du numérique, question prix, mais c’est un autre problème…

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          • Le problème tient avant tout au prix (bien plus élevé que les e-books réservés aux particuliers) qu’on paye pour ces livres numériques qui sont si limités qu’un livre papier représente au final un investissement plus pertinent…

            Au-delà, le problème est aussi l’incohérence des verrouillages par rapport à ce que permettent les formats : on propose au final des fichiers moins pratiques que ceux qui sont offerts au piratage ! Personnellement, entre l’e-book de bibliothèque qui nécessite que je m’inscrive à un machin en ligne pour prouver je ne sais quoi, qui risque d’être indisponible si on atteint X nombre de lecteurs simultanés, et l’e-book que je télécharge en vingt secondes sur un torrent et dont je peux faire ce que je veux, mon choix est vite fait, et je crois que ça sera le cas de beaucoup de monde.

            Il faut se souvenir des quelques années 2003-2006 (en gros), où les CD sortaient avec des systèmes de DRM impossibles qui empêchaient la lecture sur certaines platines, et des premiers mp3 légaux qui étaient des usines à empêcher de tourner en rond… On en est revenus parce que contraindre l’usager n’est jamais positif sur le long terme.

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          • Mais je suis d’accord aussi pour dire que le livre a des spécificités qui font que certains des ajustements qu’ont réussi à faire la musique ou le film ne seront pas envisageables. Reste à imaginer, et à être effectivement vigilant même si je ne crois pas que la menace vienne du rapport Reda.

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  2. Jean d’Ormesson parlait un soir de la disparition des auteurs … la photo et le cinéma argentiques n’existent plus , des métiers proches de l’art ont disparu ….
    aucun chanteur ne gagne sa vie s’il ne fait de concert live .. etc
    Il y a de quoi être bouleversé et les anglais ont bien raison de prendre des distances avec UE du coup

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  3. Pingback: La gratuité, c’est le vol ! Pour que l’on continue à prendre du plaisir avec nos lectures. | aliehobbies

  4. L’Europe ferait mieux de baisser ses coûts de gestion, de regarder les choses utiles aux citoyens, aux migrants, pas uniquement des normes inutiles et un euro qui n’a arrangé que les banques.

    Et puis la liberté d’écrire va avec le partage des idées, la rémunération des auteurs. C’est un droit inaliénable pour en vivre, mais aussi symboliquement et de façon très absolue, de marquer qui a lacé l’idée, qui a déformé la réalité pour en faire un roman, qui a dit, qui a fait rêver, qui est l’origine. Nous ne sommes pas des numéros, nous ne serons jamais. Nous sommes libres mais la culture est ce lien qui traverse les générations, donne des références, renforce l’espace de nos libertés quand elles sont en danger. Les auteurs doivent pouvoir en vivre (déjà qu’ils touchent une infime partie de leur travail, le reste se diluant entre imprimeur, éditeur et revendeur (des parties prenantes qui ne créent rien mais exploitent les talents).

    Nous continuerons à écrire, à payer pour des livres papier, bien réels, transmissibles, et plus encore, toujours à lire. Indispensable oxygène !

    Amitiés

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