Elle lit des romans

Le Regard de Gordon Brown, de Barthélemy Théobald-Brosseau

Le Regard de Gordon BrownJe les vis de moins en moins, j’arrêtai de répondre au téléphone, je n’allai plus déjeuner avec Jean et boire avec Tom. Mais je ne crois pas avoir perdu mes amis pour autant, les vrais amis n’ont pas besoin de preuves d’existence. Ils vivent en parallèle de nous, il suffit de tendre la main pour les toucher. Seulement je ne voulais toucher personne : je voulais juste regarder ma tapisserie.

Encore un roman qui m’aurait totalement échappé sans le projet 68 premières fois. Et cela aurait vraiment été dommage, car Barthélemy Théobald-Brosseau, son auteur, et sans aucun doute quelqu’un à surveiller de très près !

Le narrateur est étudiant en droit, et souhaite devenir un ténor du barreau, se conformant en cela aux désirs de son père et de sa petite amie Félicity. Mais en vacances à Corfou, il tombe en arrêt devant une tapisserie exposée dans une petite église, et la vole. Revenu à Londres, il se coupe du monde pour s’abîmer dans la contemplation de l’oeuvre, dont les personnages commencent à lui parler.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ensemble ne manque ni d’imagination, ni de talent, ni d’originalité : c’est loufoque, souvent drôle, et on a l’impression au début que ce n’est qu’un vaste délire un peu hallucinatoire : la tapisserie fonctionne comme une sorte de monde parallèle utopique voire uchronique où Londres est à feu et à sang, coupé par un mur que seuls peuvent traverser les taxis arc-en-ciel et où s’opposent les forces réactionnaires du Club des Martyrs et les progressistes. Mais si le roman est très Anglais dans cet amour déclaré à la capitale britannique et dans l’aspect un peu foutraque de prime abord, on comprend bien vite que c’est beaucoup plus que ça. Plein d’une fantaisie à la Boris Vian où les fissures sur le plafond se déplacent et forment des dessins au gré de leurs envies, ce roman est avant tout une fable, sur le monde contemporain et ses dérives, mais surtout sur l’art et l’écriture, la contemplation de la toile fonctionnant comme la métaphore du travail du romancier.

Notez bien ce nom : Barthélemy Théobald-Brosseau. Son plaisir évident à raconter des histoires et à emporter ses lecteurs dans son monde onirique et poétique dont l’amour est la clé ne peut qu’annoncer plein de jolis romans !

Le Regard de Gordon Brown
Barthélemy THÉOBALD-BROSSEAU
Joëlle Losfeld, 2015

68 premières fois6/68
By Charlotte

RL201523/24
By Hérisson

(9 commentaires)

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