Elle lit des essais

Vice magazine, du torchon punk à l’empire médiatique de Pierre-Sofiane Kadri et Guillaume Renouard

Vice magazineComment une bande de punks abonnés aux galères et à la déglingue sont-ils devenus les patrons d’un puissant empire médiatique international ? C’est ce que cet ouvrage vous propose de découvrir.

Vous ne connaissez pas Vice ? Ne vous inquiétez-pas, moi non plus. Du moins je n’en avais jamais entendu parler avant de me plonger dans la lecture de cet ouvrage : la connaissance du magazine n’est donc absolument pas un préalable nécessaire pour se plonger dans l’essai de Guillaume Renouard et Pierre-Sofiane Kadri, qui décortique le succès fulgurant de ce qui était à la base une feuille de chou gratuite distribuée à Montréal, et pèse aujourd’hui plusieurs milliards.

Solidement construit et documenté, cet essai se divise en cinq parties. Dans la première, les deux auteurs commencent par revenir sur le succès de vice, de sa création par trois paumés et ses débuts modestes à son succès planétaire. Ensuite, ils analysent les raisons du succès : un public-cible particulier mais surtout exigeant, affamé de contre-culture, allié à une stratégie éditoriale et une méthode innovantes et inventives ; la quatrième partie revient sur la stratégie commerciale de Vice, dont les créateurs ont parfaitement su s’adapter à la révolution numérique. Enfin, ils abordent les limites du modèle et les critiques qui peuvent être faites à Vice.

Quiconque s’intéresse à l’histoire des médias ne pourra que se passionner pour cet essai, qui, au-delà de l’histoire particulière du magazine Vice, éclaire tous les bouleversements qu’a subis la presse depuis quelques années, de l’avènement du nouveau journalisme à l’arrivée du numérique et d’internet, en passant par les mutations socio-culturelles des différents publics. Dans ce paysage médiatique en constante transformation, Vice apparaît comme un modèle de développement, ses créateurs ayant parfaitement su dès le départ prendre tous les virages importants sans sortir de la route. A l’origine donc, l’ADN de Vice est à la fois punk, anar’, provoc’ et imprégné de culture underground, ce qui ne suffit évidemment pas pour avoir du succès ; mais les trois créateurs, bien qu’un peu marginaux, sont aussi des mecs qui ont fait des études, qui ont un certain talent pour l’écriture, mais aussi un talent certain pour le marketing, et beaucoup de flair, de culot et de chance, ce qui leur permet dès le départ, grâce à quelques coups de com bien menés et à un positionnement apte à intéresser un lectorat de niche aux goûts pointus, de faire de Vice un magazine branché. Le reste suit, et c’est carrément un empire médiatique qui naît, grâce à une diversification des activités (un label de musique, une agence de com, une branche TV, une régie pub) mais aussi des supports : au magazine écrit (qui reste gratuit) viennent s’ajouter bien sûr un site internet, une chaîne youtube et tutti quanti, mais là où les médias traditionnels l’ont fait contraints et forcés, sans toujours bien mesurer les enjeux, Vice au contraire a su se servir de ces différents supports pour créer une richesse de l’information.

Bref, cet essai m’a passionnée : même si je ne pense pas que Vice soit un magazine pour moi (bien que j’aie déniché sur le site français quelques articles qui m’ont intéressée) (je suis quand même plus Vanity Fair, pour être honnête) (de toute façon je ne suis pas un hipster), d’un point de vue historique et socio-culturel j’ai aimé cette plongée dans son histoire et ses stratégies. Éclairant, très sérieux et documenté tout en s’autorisant un certain humour, cet essai permet surtout d’appréhender par l’exemple les grandes mutations récentes des médias !

Vice magazine, du torchon punk à l’empire médiatique
Pierre-Sofiane KADRI et Guillaume RENOUARD
Editions du Cygne, 2015

(5 commentaires)

  1. Pour une passionnée d’histoire des médias comme moi, cet essai est fait pour moi ! C’est vraiment le type d’histoire que j’aime lire. Ce genre de succès éditorial et l’organisation des chapitres a l’air plutôt bien faite. Bref, je le note. Moi aussi, je ne connaissais pas du tout Vice. Je ne suis pas Vanity Fair ( je devrais l’acheter à l’occasion) mais plus Causette, Courriez International.

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      1. Moi j’aime beaucoup causette, je ne suis pas abonnée, tous les numéros ne m’intéressent pas. Il y a certains reportages qui sont vraiment intéressants, je pense notamment à celui sur les universités et l’impact néfaste de la réforme sur leur autonomie. Sinon, j’aimerai bien tester les nouveaux magazines culturels et un peu  » design » du type Muze, je ne sais pas si tu connais. Il m’arrive aussi d’acheter Lire quand le thème m’intéresse ! Bien sûr à l’aéroport, je peux aussi me prendre un Cosmo 😛

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