Elle regarde la télé

Despot Housewives, de Joël Soler

Capture d’écran 2015-08-31 à 17.28.13Nombre de documentaires ont retracé le parcours des grands dictateurs du XXe siècle, mais jamais aucun ne s’est intéressé à leurs épouses, à part en littérature, avec notamment les deux tomes de Femmes de dictateurs de Diane Ducret. L’interrogation de Joël Soler est née d’un reportage sur Hitler, d’un autre sur Saddam Hussein et enfin d’un troisième sur Ben Laden, et il a décidé de se pencher sur ces femmes et à leur rôle dans la terreur. L’angle, forcément original et intéressant, permet un pas de côté pour envisager ces régimes dictatoriaux et leurs crimes, autour de la question de la responsabilité, sinon politique, au moins morale, de ces femmes.

Ces épouses d’autocrates et de despotes sanguinaires sont réparties en cinq types, chaque type étant l’objet d’un des épisodes de la série : les grandes dépensières, qui ont pillé les caisses de l’Etat dirigé par leur mari (Imelda Marcos, Catherine Bokassa, Bobi Mobutu, Michèle Duvalier, Marie Reine Hassen, Leila Ben Ali) ; les impératrices rouges, doctrinaires qui imposent leurs convictions et sont souvent les n°2 de l’Etat (Nexhmije Hoxha, Margot Honecker, Mira Milosevic, Madame Mao, Elena Ceausescu, Simone Gbagbo) ; les cuisinières dans la terreur, celles qui sont restées dans l’ombre et n’ont jamais fait de déclarations publiques (Agathe Habyarimana, Sajida Hussein, Madame Pol Pot, Eva Braun, Rachèle Mussolini, Safya Kadhafi) ; les illusionnistes, l’atout charme du régime souvent mises sur le devant de la scène pour tenter de faire oublier les horreurs commises (Evita Perón, Isabel Perón, Khaleda Zia, Jewel Taylor, Asma Al Assad) ; et enfin les reines sans couronne, qui excellent dans l’exercice quasi monarchique du pouvoir (Carmen Franco, Lucia Pinochet, Les épouses Castro, Suzanne Moubarak).

Chaque épisode est construit sur le même modèle : une de ces femmes sert de fil conducteur et incarne la famille d’épouse dont il est question. Elle a reçu les journalistes, a répondu à leurs questions, évoquant sa nouvelle vie et son passé. Les autres femmes sont évoquées par le biais d’une sorte de carte d’identité, qui met en place l’histoire et les caractéristiques du régime, et donne la parole aux témoins, à charge ou parfois à décharge.

C’est évidemment passionnant, d’abord parce que la contextualisation est excellemment faite et que c’est donc un rappel historique de toutes les grandes dictatures (ou presque) du XXe siècle, mais surtout parce que l’éclairage choisi met en lumière de nouveaux éléments : à l’occasion, certains dictateurs apparaissent comme des pantins aux mains de leurs épouses peut-être plus perverses et monstrueuses qu’eux. Cherchez la femme. Ce qui est rassurant — ou inquiétant, je n’arrive pas à décider, c’est que même les rebuts de l’humanité sont capables de tomber amoureux. Mais ce qui est révoltant (et c’est en cela que le documentaire peut s’avérer émotionnellement violent et difficile, en sus de quelques images, rares, de massacres et d’exécution), c’est que beaucoup de ces femmes, complices sinon éminences grises de leur mari, s’en sont pour la plupart sorties sans problèmes : protégées ici ou là, elles vivent dans le luxe, accordent des interviews, sourient avec l’arrogance de celle qui se sait intouchable, voire justifient l’injustifiable et se posent en victimes de la méchanceté du monde, sûres de leur bon droit. Et c’est cette absence totale de remords, le fait qu’elles ne soient même pas capables de demander pardon pour leurs crimes et ceux de leur mari, qui est finalement le plus éclairant sur la nature humaine.

Une série documentaire à ne pas manquer donc : le premier volet sera diffisé ce soir à 20h45 sur Planète+, et les autres les dimanches suivants !

Despot Housewives
Une série documentaire de 5 épisodes
réalisée par Joël SOLER
produite par DAY FOR NIGHT

7 réflexions sur “Despot Housewives, de Joël Soler

  1. Où il y a un homme, il y a une femme, c’est une certitude. Que l’égalité des sexes se manifeste dans l’inhumanité, l’insupportable, l’insoutenable, c’est hélas assez vrai aussi. Que la justice rejoigne aussi souvent l’injustice, est encore plus vrai. Car la justice est affaire de pognon, de pots de vins et de pot aux roses !

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  2. Pingback: My September’s favourites | The Girl with a Red Balloon

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