Elle lit des romans

Place Colette, de Nathalie Rheims

Place coletteJe savais, depuis longtemps, par où cela devait commencer, mais j’ignorais quand viendrait le moment d’écrire ce chapitre de ma vie. J’imaginais le jour où, malgré ma gêne, je n’aurais plus le choix ; assignée à regarder en face le déroulement des événements, il me faudrait les raconter, les exposer au grand jour.
A force de se bousculer dans mon esprit, les fictions et les romans vrais, tout a fini par se ressembler. Plus j’avance dans ma vie et dans l’écriture, plus j’ai du mal à distinguer la réalité sous les décombres des simulacres de mon existence. C’est particulièrement évident dès qu’il s’agit de mon corps ou de mes désirs. Pourquoi sont-ils, l’un comme l’autre, aussi absents de ce que je suis capable d’exprimer ?

Roman après roman, Nathalie Rheims devient un de mes auteurs de référence : rien d’étonnant donc à ce que son dernier soit une de mes premières lectures de la rentrée littéraire et la première que j’ai effectuée dans mon bien-aimé hamac, sous les pins, d’autant qu’il appartient à la veine autobiographique que Nathalie Rheims appelle « romans vrais », et qui est celle qui m’intéresse le plus.

Après une longue maladie qui a emprisonné son corps de nombreux mois, la narratrice, à 13 ans, se découvre deux passions, qui ne sont pas sans liens l’une avec l’autre : le théâtre (durant sa maladie, elle n’a fait que lire), et un comédien de 30 ans son aîné, Pierre. Les deux lui permettront de grandir et de devenir celle qu’elle est.

Ce roman, c’est une sorte de Lolita qui serait raconté par Lolita elle-même : une jeune fille qui séduit un homme bien plus âgé et en fait son « initiateur » sur le chemin de la vie. Cela peut mettre mal à l’aise, évidemment, d’autant que c’est un « roman vrai », et pourtant il ne se dégage de ce texte absolument rien de sordide, au contraire : c’est un roman d’une grande pudeur, extrêmement émouvant de par la lucidité que la narratrice montre envers l’adolescente qu’elle était. Une adolescente qui, de fait, était en total décalage avec son âge, de par sa maladie mais aussi, sans doute, par nature : une jeune fille solitaire, contemplative, aimant le silence et la lecture, d’une assez grande maturité mais manquant totalement de confiance en elle, se trouvant laide, mais animée tout de même d’une pulsion de vie bien normale quand on vient de passer trois ans enfermé dans un corset. Aucun garçon de son âge ne peut l’intéresser, il est donc logique qu’elle cristallise sur un homme plus âgé qui, en outre, incarne l’autre passion de sa vie, le théâtre : ce roman, c’est avant tout un roman initiatique, une éducation sentimentale, d’autant plus importante que notre narratrice n’a de l’amour qu’une connaissance livresque, le couple formé par ses parents n’étant pas un modèle des plus convaincants (c’est le moins que l’on puisse dire). Malgré tout, Pierre l’aide à grandir, à assumer ses choix, à se réconcilier avec elle-même, et même si son attitude reste énigmatique, il est un élément essentiel dans la vie de la narratrice.

Ce roman interroge profondément, et c’est toujours une bonne chose.

Place Colette
Nathalie RHEIMS
Leo Scheer, 2015

RL20153/6
By Hérisson

(22 commentaires)

  1. Qui se cache sous le pseudo Pierre? acteur ayant joué Molière à Ajaccio???
    Désolée mais ça m’aidrait à comprendre la relation extraordinaire entre la mineure et le grand majeur 😉

    J'aime

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