Romans

Le malheur sera ta chance, de Renaud Santa Maria

Le malheur sera ta chanceSelon elle, la vie devait être embrassée à chaque réveil, comme s’il s’agissait d’un amant ou d’une maîtresse. Et non toisée avec amertume et défiance, à la manière d’une âme en peine, esseulée et dépourvue de toute perspective, rentrant chez elle au petit matin. A cette heure hybride et désarmante où l’on constate que la fête est passée trop vite…

Comment faire pour vivre après la disparition d’un être cher ? C’est la question que pose ce roman, au titre antithétique ne pouvant qu’intriguer.

Cela fait un an que le cancer a arraché Palma à Augustin, elle qui faisait de la joie et de l’optimisme sa seule règle de vie. La veille de sa mort, comme elle avait la foi, elle lui a juré qu’elle lui enverrait un signe. Aussi, lorsqu’il commence à entendre des bruits autour de la tombe, mystérieusement entretenue, Augustin commence à s’interroger.

Le thème est indéniablement passionnant et traité de manière assez originale : car Palma, contrairement à ce que l’on pourrait croire en lisant les premières pages, n’était pas la compagne d’Augustin, mais sa mère*, ce qui du coup oriente différemment les choses (et on peut du reste s’interroger sur cette drôle de relation, assez fusionnelle, entre le fils et sa mère, à laquelle il rend un très bel hommage). Ici il est question de deuil, de reconstruction et d’héritage (au sens moral), des épreuves qui permettent de grandir, mais aussi d’amitié, car la « famille de coeur » d’Augustin, qu’il partageait avec Palma, est extrêmement présente et importante, jouant un rôle essentiel sur le chemin du retour à la vie. Ce roman, plus introspectif et analytique que narratif, voyage intérieur et méditation sur la vie et la mort, possède un charme assez bizarre, auquel je n’ai malheureusement pas succombé : l’écriture, extrêmement lyrique et poétique, est un atout certain, mais j’ai trouvé que c’était aussi, peut-être, une faiblesse — même si le personnage est du genre pompeux, l’ensemble est finalement assez lourd et semble presque forcé, artificiel, qui tient à distance des émotions. Mais mon vrai problème avec ce roman, c’est son orientation idéologique : au final, c’est un roman qui tourne autour de la foi, et en particulier de la foi chrétienne, dont il est question à maintes et maintes reprises, d’une manière peu subtile qui a sans doute contribué au fait que ce roman ne m’a pas émue, alors qu’il avait toutes les raisons de le faire.

J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à écrire cet article (et je crois que ça se sent), car objectivement j’ai vu des qualités à ce roman, il a d’ailleurs de belles critiques, je n’ai pas spécialement envie d’en détourner les lecteurs, mais il m’a laissée de marbre…

Mention spéciale tout de même au chapitre sur Bruxelles, qui m’a amusée car j’en revenais à peine, et au passage où le narrateur se rend à l’endroit où s’élevait l’hôtel dans lequel Verlaine à tiré sur Rimbaud, endroit que j’ai moi-même photographié :

Croiser Paul et Arthur

*Je me suis interrogée : le révéler est il spoiler ou non ? Et puis comme d’autres l’ont fait et que cette information est délivrée très vite, j’ai considéré que non.

Le Malheur sera ta chance
Renaud SANTA MARIA
Belfond, 2015

RL20152/6
By Hérisson

7 réflexions sur “Le malheur sera ta chance, de Renaud Santa Maria

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