Elle regarde la télé

Californication, de Tom Kapinos

californicationOn n’est pas obligé d’être réaliste. Pas en ce qui concerne l’amour.

Californication est résolument une de mes séries favorites de tous les temps, et je me suis récemment refait l’intégrale (sauf la saison 7 qui n’est pas disponible sur Canalplay, ce qui n’est pas très gênant vu que c’est celle que j’aime le moins.

Hank Moody est un écrivain qui a quitté New-York avec femme et enfant pour s’installer à Venice, Californie. Làs, sa femme la quitté, et depuis il boit trop, écrit trop sinon sur le blog que lui a confié Bill, le nouveau petit-ami de son ex, et le seul sport qu’il pratique, c’est en chambre (c’est lui qui le dit, et je fais moi-même très souvent cette plaisanterie, au grand dam d’ailleurs de mon entourage qui néanmoins continue de sourire poliment), mais pour le coup, il est très assidu. Pourtant, son grand rêve, c’est de reconquérir Karen, mais il ne s’y prend pas forcément de la bonne façon, surtout lorsqu’il couche avec Mia, la fille de Bill âgée de 16 ans (même s’il ne sait pas qu’elle est la fille de Bill et qu’elle a 16 ans), et en tire un manuscrit qu’elle lui vole.

Au moins, ça secoue le cocotier, et d’ailleurs la série est interdite aux moins de 16 ans, vu que la plupart des personnages passent l’essentiel de leur temps à essayer toutes les positions du kama-sutra et toutes les configurations possibles de l’amour à plusieurs. Ils sont complètement dingues, mènent une vie absolument dissolue, mais au moins riche, et pleine. Vivre vite, mourir jeune, et faire un beau cadavre.

Mais au-delà de ce côté décadent et sulfureux qui attire les curieux, ce qui est intéressant dans ce programme, c’est le personnage de Hank, d’une complexité assez rare ailleurs que dans les romans : à première vue, c’est un sale connard alcoolique sur lequel on ne peut absolument pas compter, et même s’il est sexy comme l’enfer, on a envie de lui coller des baignes. Et pourtant, rapidement, pour peu qu’on n’ait pas un coeur de pierre, on ne peut que fondre devant sa fragilité : très inspiré de Charles Bukowski (en plus beau, quand même) à qui il est souvent fait référence, il est l’archétype de l’écrivain autodestructeur aux comportements addictifs (l’alcool, la drogue, le sexe), qui cherche constamment à se rassurer par la séduction, et de fait absolument aucune femme ne lui résiste ; il faut dire que sous le Don Juan se cache un chevalier, et il les respecte beaucoup plus que ne le laissent croire les apparences. Karen ne lui résiste pas plus que les autres puisqu’elle finit toujours par revenir vers lui, malgré ses défauts, et leur relation est totalement fascinante : elle est sa muse, il est accro à elle comme il est accro aux clopes, à l’alcool et à la drogue, mais elle est son ancrage au monde, celui dont a besoin tout écrivain pour ne pas sombrer. Finalement, c’est un petit garçon, tellement attachant et sincère qu’on lui pardonne tout, et il n’est jamais aussi touchant que lorsqu’il essaie de jouer les papa-poule, quitte à être totalement incohérent, comme lorsqu’il reproche au petit-ami de sa fille d’avoir écrit un scénario « obscène », alors que tout ce qu’il écrit lui-même parle essentiellement de sexe.

L’autre intérêt de la série selon moi, c’est toute la dimension presque documentaire j’ai envie de dire sur le fonctionnement du monde éditorial et cinématographique, avec la relation très complexe et presque fusionnelle qu’Hank entretient avec son agent. C’est une profession qui n’existe pas (très peu) en France, et du coup c’est assez curieux de voir comment cela fonctionne. Cet aspect se double d’un très fort ancrage musical, non seulement par une bande son exceptionnelle, mais aussi de nombreuses références et plusieurs personnages de rock stars, toutes victimes d’ailleurs de leurs abus ! De manière générale, la série est bourrée de références à la littérature et à la musique, et ça fait tout de même un bien fou !

Bref, une série passionnante, qui nous apprend que c’est à travers les fêlures que l’on laisse passer la lumière, et que c’est ça, aussi, être écrivain, même si on n’est pas obligé de sombrer dans tous les excès. Et, petit truc rigolo, le livre le plus célèbre de Hank, God Hates us all, est disponible en librairie (mais malheureusement pas traduit). Je suis assez curieuse, j’avoue, il faudra que je me lance !

Californication
Tom KAPINOS
Showtime, 2007-2014

10 réflexions sur “Californication, de Tom Kapinos

  1. Humour et un second degré rare (à propos du sexe) dans l’univers politycally correct américain.

    Mais des épisodes irréguliers en qualité

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  2. Je ne connais aucune série. Entre le travail, la lecture, le blog et la famille mon emploi du temps est archi plein ! Mais j’ai une petite frustration de passer à côté de tas de choses dont les séries.

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  3. Pingback: Juste avant l’Oubli, d’Alice Zeniter | Cultur'elle

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