Elle lit des romans

Mr Gwyn, d’Alessandro Baricco

Mr GwynTandis qu’il marchait dans Regent’s Park — le long d’une allée qu’il choisissait toujours, entre toutes —, Jasper Gwyn eut soudain la sensation limpide que ce qu’il faisait chaque jour pour gagner sa vie ne lui convenait plus. Plusieurs fois cette pensée l’avait déjà effleuré, mais jamais avec la même netteté ni la même agilité.

J’avais repéré et noté ce livre dès sa sortie : normal, ça parle d’un écrivain. Mais, comme tant d’autres, je ne l’avais finalement pas lu. Et là, l’autre jour, je tombe dessus, en version poche : impossible de faire autrement que de le lire !

Est-ce qu’il est possible pour un écrivain d’arrêter d’écrire ? C’est ce que tente Jasper Gwyn. Après avoir eu la fulgurante révélation que ce qu’il faisait pour gagner sa vie ne lui convenait pas, ou plus, il publie dans The Guardian la liste des cinquante-deux choses qu’il ne fera plus jamais. La dernière est : publier des livres. Mais ce n’est pas aussi facile à faire qu’à dire.

Ce roman est à la fois poétique, profond, et assez loufoque. Il ne s’agit pas simplement d’écriture : il s’agit surtout d’interroger l’art et la vie, rien que ça. Car, finalement, l’entreprise de Gwyn est de faire de la vie même une oeuvre d’art, en se trouvant soi-même et en permettant aux autres de se trouver, ce qu’il appelle les « ramener chez eux ». Il invente alors une activité nouvelle, celle de copiste, qui consistera pour lui à copier les gens, en faire des portraits comme en peinture, mais avec des mots, sans que ce soit pour autant des descriptions, et qu’il ne veut pas publier — intrigant, car pendant tout le roman le lecteur se demande bien en quoi peuvent consister ses portraits pour lesquels il fait poser les gens, dans un atelier dont le moindre détail à été pensé, de la lumière à la décoration en passant par l’ambiance sonore, comme une mise en scène théâtrale, ou une performance artistique sans public, mais pas totalement non plus.

C’est une vraie réussite, qui a le charme du mystère, jusqu’au bout Gwyn demeure énigmatique, mais assurément un grand artiste. Et un écrivain, mal gré qu’il en ait !

Mr Gwyn
Alessandro BARICCO
Traduit de l’italien par Lise Caillat
Gallimard, 2011 (Folio, 2014)

(16 commentaires)

  1. Après avoir lu  » Soie » cet hiver, sur le conseil de mon Compagnon, j’ai été tentée de lire  » Trois fois dès l’aube », dès qu’il est sorti, intriguée par l’image de couverture et par le texte de la 4ème. Un peu déçue par ce dernier livre ( trois nouvelles un peu  » courtes »), il m’a cependant donné envie de lire  » Mr Gwyn » auquel il fait allusion. Votre chronique me conforte dans ce souhait. Merci pour vos avis toujours si intéressants!

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  2. J’ai, il y a quelques années, découvert « Soie » qui ne m’a pas laissé un souvenir marquant. Dans ma tournante, on a proposé « Emmaüs », l’histoire de trois jeunes gens qui virent au catholicisme jusqu’au boutisme et quoi que athée, j’ai beaucoup aimé les réflexions qu’il propose sur ce sujet brûlant. De « Mister Gwyn » se dégage un sommet dans la construction d’une histoire qui se lit presque comme un polar. Grâce un style clair, efficace, brillant, l’imaginaire puissant de l’auteur est au service de personnages époustouflants. Un très bon roman et plus si affinités… Et grand merci pour ce rappel…

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  3. Si tu as aimé ‘Mr Gwyn’, je te recommande ‘Océan Mer’ et ‘Novecento : pianiste’ du même auteur. Un vrai enchantement. De la poésie qui berce à n’en plus finir.

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