Romans

Soudain, seuls d’Isabelle Autissier

Soudain, seulsIl faut faire face. Ils sont jeunes, intelligents, en bonne santé. Tant d’hommes ont survécu à des conditions bien pires. Ils ont cherché l’aventure, elle est là, la vraie, celle qui vous révèle à vous-même. Ils répondront présent.

Je ne crois pas qu’il soit utile de rappeler que les grands espaces, la nature, l’isolement, tout cela m’angoisse. En plus, j’ai l’estomac qui proteste dès que je reste plus d’un quart d’heure sur une péniche amarrée en bord de Seine, alors vous imaginez en mer. Bref, a priori, ce roman n’était pas pour moi. Et pourtant, à chaque fois que j’ai entendu Isabelle Autissier en parler, une petite voix me disait qu’il fallait que je tente le coup.

Louise et Ludovic, un couple de trentenaire parisiens, décide de s’offrir une année sabbatique et un tour du monde à la voile. Recherchant la vraie nature, ils abordent l’île de Stromness, ancienne base baleinière abandonnée dans les années 50 et devenue réserve naturelle, et donc strictement interdite. Suite à une tempête, qui a fait couler leur bateau pendant qu’ils étaient à terre, ils restent prisonniers.

Ce roman est plus qu’une énième robinsonnade : avec la cruauté d’un scientifique curieux, Isabelle Autissier dissèque l’âme humaine et ses instincts. Car c’est l’analyse qui prévaut ici, presque l’expérimentation qui consiste, sur le modèle d’un Koh-Lanta devenu réel, à lâcher deux êtres que rien ne prédispose à devenir des héros dans une nature hostile, sauvage, et voir comment ils s’en sortent. Ah, ils voulaient de l’aventure, vivre intensément, se dépasser : symboles d’une génération en quête de sens, ils transgressent les règles pour affirmer leur liberté, et le payeront cher. Là où Robinson était seul et tentait de réorganiser une civilisation, ils sont deux, condamnés l’un à l’autre dans un huis-clos dont on ne sait trop ce qui va sortir, comment leur couple va survivre ou se fissurer. Survivre seul, ou mourir à deux ? Le roman interroge cette capacité de l’homme à redevenir sauvage. La civilisation, fragile vernis, s’efface peu à peu, laissant place au pur instinct de survie.

Et puis, deuxième phase de l’expérimentation : le retour à la civilisation pour celui des deux qui a survécu. Le choc post-traumatique, l’emballement des médias, la culpabilité, le deuil. Reconstruire sa vie.

Un roman cruel, et que l’on a peine à lâcher, surtout la première partie car j’ai trouvé que la deuxième, par la mise en abyme, se signalait un peu trop comme un commentaire de la première dont elle mettait en évidence les thèmes : je n’ai pas besoin que l’on me prenne par la main comme ça. Mais j’ai beaucoup aimé, l’ensemble est très anxiogène évidemment (même pour moi qui risque assez peu de me retrouver dans ce genre de situation) (j’ai été traumatisée par certaines scènes) et n’a pas été sans me rappeler Désolations de David Vann.

Un très bon roman qui fera une bonne lecture d’été !

Soudain, seuls
Isabelle AUTISSIER
Stock, 2015

17 réflexions sur “Soudain, seuls d’Isabelle Autissier

  1. Après le choc de ma lecture de D.Vann et de Sukkwan Island, Désolations m’attend sur ma PAL. Et sinon, ce texte ne m’attire pas plus que ça, bien que ton billet soit à deux doigts de me faire changer d’avis.

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  2. Je suis une traumatisée d’Isabelle Autissier. Il y a quelques années, j’ai assisté à une lecture d’un de ses romans par elle même. C’était d’un soporifique ! Donc j’évite dorénavant de me pencher sur son œuvre trop extatique pour moi !

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