Elle lit des récits et chroniques

Du Mariage considéré comme un des beaux-arts, de Julia Kristeva et Philippe Sollers

Du Mariage considéré comme un des beaux-artsOn en restera là : pas de révélations fracassantes à attendre sur la vie ou les œuvres des deux protagonistes, mais une exploration de deux chemins qui s’accordent, divergent et se complètent en dessinant l’espace, le lieu précis et précieux qu’est LEUR mariage. Accepté, construit, déconstruit, reconstruit, sans cesse depuis le moment où le VIVRE AVEC leur est apparu inévitable. Un lieu vivant comme un organisme, des pans entiers de chacun mourant, assassinés ou suicidés à la liberté de l’un ou de l’autre, tandis que d’autres renaissent en éclosions imprévisibles, surprenantes, pudiques, dans un mouvement d’inassouvi recommencement.

Je l’avoue : je ne suis pas une lectrice de Kristeva et Sollers. De la première, j’ai voulu m’attaquer à La Révolution du langage poétique lorsque j’étais en hypokhâgne, et ce fut l’un des plus cuisants échecs intellectuels auxquels mon ego a dû faire face ; en d’autres termes : je n’ai rien compris. Quant au second, j’ai toujours Une Vie divine (2006), acheté crânement lors de sa sortie, resté à me narguer dans ma bibliothèque. Et pourtant. Pourtant, lorsque j’ai entendu Kristeva parler l’autre jour de ce texte dans Boomerang, j’ai été tentée. Et j’ai succombé à la tentation.

Il s’agit d’un recueil de quatre entretiens dont le fil rouge est le couple que forment Philippe Sollers et Julia Kristeva depuis tant d’années.

Je dis couple, mais Sollers ne serait pas content, car justement il refuse ce mot et ce qu’il recouvre : une entité oú chacun n’est plus un individu autonome mais la moitié d’un tout. S’il y a fusion, elle n’est possible que dans l’orgasme. Non, ici, le maître mot est la liberté de l’individu et le renouvellement permanent du désir. Ils redéfinissent les contours de la fidélité et de l’infidélité, qui est autre que la trahison. Kristeva intellectualise, convoque psychanalyse, linguistique, philosophie, poésie, alors que fidèle à lui-même Sollers est beaucoup plus léger, dilettante, mais ne résiste pas au plaisir de la citation. Ce qui frappe, c’est à quel point l’écriture est au cœur de leur relation, constituant essentiel de leur harmonie : du coup, le regard que porte Kristeva sur le travail de son mari, dans  » Enfance et jeunesse d’un écrivain français », est forcément magnifique, car qui mieux qu’elle peut parler de lui (et inversement) ? La parfaite connaissance qu’ils ont l’un de l’autre passe aussi par les textes*.

On ne peut qu’admirer leur extraordinaire complicité, et c’est sans doute ce qu’il y a de plus fascinant dans ce volume qui nous pousse à la réflexion sur ce que nous-même attendons du mariage et de l’amour. Il ne contient pas de recette miracle, ils parlent de leur mariage et ne prétendent pas détenir la vérité, de même qu’ils refusent les modèles mythiques et notamment le duo Sartre/Beauvoir. Mais tout de même, leur réflexion permet d’avancer.

Kristeva dit de Sollers qu’il est contre le mariage, sauf le sien. Moi aussi !

Du mariage considéré comme un des beaux-arts
Julia KRISTEVA et Philippe SOLLERS
Fayard, 2015

* C’est d’ailleurs l’objet d’une nouvelle que j’ai écrite

(5 commentaires)

  1. Je ne les ai jamais lus non plus, ni l’un ni l’autre, du coup je ne pensais pas commencer par ce texte, mais tu me donnes envie. Ca semble à la fois très pertinent et touchant.

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