Elle lit des romans

Un doux pardon, de Lori Nelson Spielman

un doux pardonL’une de ces pierres symbolise le poids de la colère.
L’autre symbolise le poids de la honte.
Ils peuvent être soulagés tous les deux, si tu choisis de te libérer de ce fardeau.

Contrairement à beaucoup de monde, je n’avais pas plus aimé que ça le premier roman de Lori Nelson Spielman, Demain est un autre jourDu coup, j’étais tout de même un peu méfiante en ouvrant celui-là…

Hannah Farr est une jeune femme à qui tout semble réussir : elle anime avec succès une émission quotidienne, « The Hannah Farr Show », et elle sort depuis deux ans avec le maire de la Nouvelle-Orléans, Michael Payne. Mais un événement vient bouleverser ce doux ronron : elle reçoit, de la part d’une personne qui la harcelait à l’école et qui se trouve être la créatrice du concept, Fiona Knowles, les « pierres du pardon », des pierres que l’on envoie à une personne à qui on a fait du mal avec une lettre d’excuse, et qui doit nous en renvoyer une si elle nous pardonne. Et ces pierres vont semer la pagaille dans le quotidien d’Hannah…

Alors avant de dire ce que j’ai pensé du livre, il faut d’abord que j’explique que le couple culpabilité/pardon constitue un concept que je n’arrive pas à saisir, je pense que c’est beaucoup trop judeo-chrétien pour moi. D’abord, je ne culpabilise pas, jamais (cela dit, je n’ai jamais tué personne non plus) et j’ai du mal à comprendre, dans mon entourage, les gens qui « culpabilisent » parce qu’ils ont glandé tout le week-end au lieu de bosser / mangé la dernière part de gâteau / trop bu la veille etc. Vraiment, je ne comprends pas. Disons que pour moi, la notion de culpabilité doit-être réservée à un seul cas : lorsqu’on a fait du mal intentionnellement à quelqu’un qui ne le méritait pas ; ce qui, du coup, ne m’arrive pas (ou en tout cas ne m’est jamais arrivé), et glander tout le week-end au lieu de corriger mes copies, je l’assume parfaitement sereinement. Corollairement, je ne pardonne pas non plus, car j’estime que le sentiment de culpabilité de celui qui m’a fait du mal le concerne, et non moi. Lorsque quelqu’un me blesse, il est rayé de ma vie, purement et simplement : je passe à autre chose, je ne rumine pas, mais si cette personne voulait revenir dans ma vie ou même simplement obtenir mon pardon pour se soulager, ça serait non. Tout simplement parce que si cette personne m’a blessée et que je l’ai rayée de ma vie, c’est que je ne tenais pas à elle et qu’elle ne tenait pas à moi, donc je n’en ai pas besoin dans ma vie, et si elle se sent coupable, grand bien lui fasse, ce n’est pas mon problème. Finalement, il n’y a qu’aux hommes de ma vie que je pardonne beaucoup. Trop, peut-être, en ce qui concerne certains, mais c’est un autre problème. En tout cas, avec ce système, je me sens plutôt en harmonie et j’évite les nœuds karmiques.

Et puis, il y a des choses que j’estime impardonnables et que je ne pardonnerai pas, jamais, dans aucune circonstance.

Vous comprenez donc que cette question de pierres du pardon m’a plongée dans des abîmes de perplexité et d’incompréhension, car j’ai trouvé que ça compliquait les choses. D’autant que, selon moi, parfois, il vaut mieux ne pas remuer le passé. Mais quand on le remue, il faut alors aller au bout, et j’ai été très gênée par le fait qu’au final, on ne sache pas si l’événement s’est bien produit ou non, et que l’auteur suggère que finalement, ce n’est pas important de le savoir : pour moi, c’est absolument essentiel !

Du coup, je suis encore une fois passée un peu à côté de ce roman trop psychologisant et plein de bons sentiments pour moi : il y a plein de passages que j’ai beaucoup aimés et notamment l’histoire d’amour (mais elle est trop peu développée) et toute les coulisses de la télévision ! Après, je peux comprendre qu’on aime, c’est frais, léger malgré tout, c’est tout à fait dans l’air du temps, mais pas pour les gens qui se posent trop de questions comme moi !

Lu par Stephie (chez qui vous pourrez le gagner)

Un doux pardon
Lori NELSON SPIELMAN
Traduit de l’américain par Laura Derajinski
Cherche Midi, 2015

(15 commentaires)

  1. Ouah bravo pour ta philosophie de vie, j’admire sincèrement cette force de caractère. J’ai été aux antipodes de ça, mais en vieillissant ça va mieux et je me rapproche de ta façon de voir les choses et ne m’en porte que mieux ;). (Mais il y a encore du boulot à faire!!!)

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  2. C’est impressionnant comment un livre nous interpelle!
    Qu’on ait aimé ou pas le livre… dès qu’il nous questionne, il me semble intéressant.

    Seulement, il y a parfois des sujets qui dérangent. Pour moi, c’est la folie… c’est la déchéance humaine : j’ai du mal à accrocher lorsque ces sujets apparaissent.

    J’aime beaucoup cette chronique (avis mitigé mêlé au propre vécu). J’ai très envie de lire ce livre parce que…
    1. J’ai envie de confronter mon ressenti au tien… Cette histoire de pardon, de pierres… Pourquoi pas?
    2. J’avais aimé « Demain est un autre jour » mais mon souvenir est de plus en plus vague… La famille était le nœud du roman (enfin, c’était mon « nœud »!!!)

    Merci pour cet article. Merci de ton partage.

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  3. Bonjour, je découvre le blog en tapant le titre du bouquin que je viens de finir . Il ne tombe pas par hasard , je suis en pleine démarche de demander pardon à une personne en particulier que j’ai blessée sans en avoir l’intention .C’est une relation complexe, miroir . Je l’ai fait avant de lire ce livre ! quelle coïncidence , non ?
    J’aime l’histoire car elle me parle et je trouve aussi admirable votre philosophie de vie , je n’arrive pas à tourner certaines pages et à laisser derrière moi certaines personnes . Je ne fais pas de différence entre le passé et le présent, pour moi je suis ce qui m’a faite et qui me constitue pleinement et certaines personnes m’habitent en quelque sorte car elles me reflètent ; de ce fait j’ai besoin d’avoir leur accord ou leur pardon pour pouvoir avancer sereinement et me sentir en accord avec moi-même .
    Je pense que tout est pardonnable au contraire en abaissant mes barrières , je n’oublie pas forcément mais je peux pardonner . Parfois j’aimerais juste que ce soit réciproque . Etre acceptée telle que je suis et faire de même sans condition avec les autres , j’y travaille car je crois en la bonté humaine .
    J’ai mis des limites, des remparts , tout ce qu’on peut pour me protéger et je commence à montrer ma vulnérabilité ce dont je n’ai plus honte .
    Chacun son chemin n’est-ce-pas ?
    Merci pour votre regard sur le livre et votre regard sur la vie , cela fait du bien .
    Au plaisir .
    Elisabeth

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