Elle se promène

Jean-Paul Gaultier au Grand Palais

affiche-jpg-page-expoJ’ai toujours tenu Jean-Paul Gaultier comme l’un des plus grands génies de la mode : ses créations, exubérantes et folles, me fascinent, et j’adore sa créativité joyeuse. Il y a quelques années, j’avais vu l’exposition Pain Couture à la fondation Cartier et je crois que c’est l’une des expositions qui m’ont le plus marquée dans ma vie. Quant aux objets autour de ses parfums, ils sont parmi les joyaux de ma collection. Bref : autant dire que je piaffais de voir enfin cette exposition, constituée de pièces créées entre 1971 et 2015 et qui n’avaient pour la plupart jamais été exposées, et qui nous immerge dans le monde impertinent de celui que l’on surnomme « l’enfant terrible de la mode ».

A l’origine de tout : Marie, la grand-mère, chez qui le jeune Jean-Paul se réfugie pour regarder les variétés et des films : il est subjugué par les costumes des danseuses des folies bergères, et apprend en autodidacte devant des magazines comme Le Jardin des Modes ou Dim Dam Dom. Mais l’élément déclencheur de sa vocation est le film Falbalas de Jacques Becker, qui date de 1944 et met en scène l’univers passionnant de la haute couture parisienne. A partir de l’adolescence, il dessine deux collections par an, qu’il envoie aux maisons de couture : si Yves Saint Laurent trouve l’ensemble trop audacieux, Cardin lui offre un emploi d’assistant pour ses 18 ans. En 1976, Gaultier présente sa première collection. La première section, « Les falbalas de Gaultier », revient sur ces débuts

La deuxième section, « l’Odyssée », s’intéresse aux « mythes fondateurs » de l’univers de Gaultier : la figure récurrente du marin et des figures aquatiques comme la sirène, l’iconographie religieuse. Dans cette section, entièrement présentée sur fond bleu, les mannequins sont animés, vous suivent des yeux. Gaultier lui-même est là, et un mannequin ayant ses traits nous introduit l’exposition :

La partie suivante, « Punk cancan », se penche sur la rencontre, dans l’univers de Gaultier, entre un Paris de carte postale, syncrétisme d’époque diverses où se mêlent la tour Eiffel, le béret, les bistrots et les cabarets, et un Londres non moins éclectique, mélange de dandys et de punks tatoués. Dans les créations de Gaultier, ces influences se retrouvent dans des vêtements où les plumes, les boas et les froufrous côtoient le cuir, le jean et le tartan. Ici, l’espace est organisé comme un défilé de mode : tandis que sur le plateau centrale les vêtements défilent sur un tapis roulant, sur les côtés des silhouettes ont pris place sur le front row.

Parlons maintenant des « muses ». On le sait, Gaultier a toujours été attiré par les beautés non classiques et, par le choix de ses mannequins et de ses muses, il contribue à l’ouverture des critères de beauté : Rossy de Palma, Beth Ditto, Boy George ou, plus récemment, Conchita Wurst font partie de ses fidèles. Sans oublier, évidemment, Madonna…

La partie suivante est ma préférée : intitulée « le salon », elle s’intéresse à la fascination de Gaultier pour les corsets, qu’il réinvente totalement, notamment avec les fameux seins coniques où les robes-corsets, qui symbolisent le pouvoir et la sensualité de la femme moderne : car, loin d’être un instrument de torture enfermant le corps féminin, les corsets de Gaultier, au contraire, le libèrent :

« A fleur de peau », la section suivante, montre comment Gaultier interroge les concepts de genre, de nudité et d’érotisme. A ne pas manqué : l’homme paré de plumes dialoguant avec son miroir.

L’avant-dernière partie, « Metropolis », explore la rencontre entre le monde de la mode et celui des autres univers du spectacle : cinéma, télévision, musique et danse. D’ailleurs, à l’origine, Gaultier ne s’intéresse à la mode que parce qu’elle est liée au spectacle. Et il crée de nombreux costumes pour le cinéma et la scène.

Enfin, « Jungle urbaine ». Une nouvelle esthétique où se mêlent les influences. Sur fond de toits de Paris, des silhouettes époustouflantes se détachent, magistrales.

Cette exposition, est, réellement, magnifique, et constitue un véritable coup de coeur. Le matériau exposé, à lui seul, est splendide : je l’ai dit en introduction, Gaultier est un génie, un artiste, et voir ses créations de près, de très près, est un bonheur. Mais il il y plus : le contenu est servi par une scénographie innovante, vivante, qui fait que l’on est émerveillé à chaque pas. On circule aisément car l’espace est intelligemment construit, la progression est claire et non labyrinthique, les explications sont simples, et l’ensemble est ludique. C’est surtout une exposition public friendly : une exposition où le public est réellement le bienvenu, il peut prendre des photos, les oeuvres ne sont pas sous cloche comme trop souvent…

Bref, une exposition généreuse, joyeuse, exubérante, créative, qui ressemble à Gautier. Un peu chère, comme toujours au Grand Palais, mais là au moins, ça le mérite !

Jean-Paul Gaultier
Grand Palais
Jusqu’au 3 août 2015

20 réflexions sur “Jean-Paul Gaultier au Grand Palais

  1. Oui, cette interaction est super bien vue ! Les musées s’ouvrent au public, nous sommes loin du côté poussiéreux qu’ils pouvaient avoir il y a encore quelques années. Et ça, j’adore ! 🙂

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  2. C’est très beau !!! Je ne pourrai pas y aller mais j’ai profité de ton article, du coup. Merci pour la visite virtuelle. 🙂

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  3. L’expo a l’air d’être vraiment fidèle au style et à la personnalité de JPG 🙂 joli article avec des photos qui donnent vraiment envie…billet acheté, il ne me reste plus qu’à trouver un créneau (sans trop la foule si possible…mais est-ce possible?) pour y aller

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  4. Une exposition indispensable pour le bonheur de la créativité, pour l’hommage année après année aux femmes. Un génie provocateur, mais toujours sensuel, exubérant mais toujours en lien avec le glamour !

    Le dernier génie couture (Dior et YSL étant déjà partis)

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