Romans

Aide-moi si tu peux, de Jérôme Attal

Aide-moi si tu peuxAu départ, quand j’ai su que j’entrais dans la profession, je me voyais déjà intervenir contre tout ce qui me ruine le moral : l’abruti d’automobiliste qui sur une autoroute se croit malin en vous doublant par la droite, le cycliste qui jaillit sur un trottoir en contresens ou ne respecte pas les feux tricolores, le piéton qui crache par terre comme si la voie publique méritait qu’on la provoque en duel ou la bande de bipèdes de sexe masculin qui ne peut pas s’empêcher de faire une réflexion graveleuse au passage d’une jolie femme. Je me voyais déjà foutre des claques légales à toute cette racaille ordinaire à coups de procès-verbaux permettant par la même occasion de redresser les finances du pays. On parle toujours de prendre aux riches pour donner aux pauvres, mais si de temps en temps on prenait aux plus abjects pour donner aux plus honnêtes, la société ne s’en porterait pas plus mal.

Dès ces premières lignes, le ton est donné : le narrateur, Stéphane Caglia, n’est pas vraiment un flic conventionnel. Et c’est peu de le dire. En tout cas, il a des méthodes bien à lui, et, alors qu’il est traqué par un drôle de tueur à gage à la solde d’une secte supposée démantelée, il se retrouve à enquêter sur des meurtres à la corde de guitare, aidé dans cette tâche par une inspectrice anglaise.

Mais l’enquête, à vrai dire, n’est pas le plus important dans ce roman aux fausses allures de polar. D’ailleurs, c’est cet aspect qui fait que mon avis n’est pas aussi enthousiaste que je l’aurais aimé, car je ne suis pas certaine d’avoir tout compris à ces histoires obscures de souterrain stellaire. Par contre, j’ai adoré tout le reste, et notamment tout ce qui est de l’ordre de la jouissance de la langue, du jeu de mots, de la comparaison loufoque (une robe aussi laide qu’une chanson pour l’Eurovision, Je parlais anglais comme la plupart des petits truands rencontrés dans les affaires de recels réfléchissent. Avec difficulté) : c’est parfois du grand n’importe quoi, mais c’est totalement jouissif.

Et puis, ce texte, c’est aussi une grande bulle de nostalgie et des références au passé bien sympathiques : comme la plupart de ceux qui y ont grandi, notre policier est un grand nostalgique des années 80, dans lequel il se replonge dès qu’il a un coup de blues. Les goûts, les odeurs font revivre les souvenirs de son enfance, notamment ceux de son père. Le roman est ainsi tissé de toute une réflexion sur la mémoire, et sur la manière dont elle nous permet, parfois, d’échapper au réel lorsqu’il est trop difficile.

Sinon, il y a aussi les Beatles…

Bref, un petit roman qui m’a procuré beaucoup de plaisir (j’ai, très souvent, éclaté de rire) même si certains aspects m’ont laissée perplexe et font que ce n’est pas un coup de coeur. Mais c’est original, farfelu, et je suis sûre que ça plaira à beaucoup !

Lu par Syl, Titine

Aide-moi si tu peux
Jérôme ATTAL
Robert Laffont, 2015

18 réflexions sur “Aide-moi si tu peux, de Jérôme Attal

  1. Faut pas trop chercher à comprendre pour le Souterrain S. Faut imaginer des gros méchants dans le genre du Spectre dans James Bond…
    Une lecture très sympathique.

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  3. Le souterrain stellaire c’est aussi une métaphore du passé qui est prêt à vous sauter à la gorge tout le temps. Et puis j’aimais bien l’idée que Natacha fasse aussi partie du Souterrain Stellaire. Mais effectivement l’intrigue policière n’est pas le principal. Merci beaucoup d’avoir aussi relevé que l’écriture participait du principal 🙂

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  4. Je me rends compte que ça fait un moment que j’ai pas lu un roman drôle ! Je devrais me pencher sur celui là, vu les extraits que tu en donnes, je pense que je vais aimer 😀

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  5. Comme tu le sais, j’ai beaucoup aimé ce roman dont la fantaisie et la mélancolie m’ont conquise. Mais je suis totalement d’accord avec toi sur le Souterrain stellaire, cette partie de l’intrigue me semble inutile et n’apporte rien. Il était inutile de complexifier l’intrigue de base.

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