Elle lit des récits et chroniques

Ma Mère et moi, de Brahim Metiba

Ma mère et moiParfois j’aimerais entrer dans l’esprit de ma mère pour savoir ce qu’il y a. Pour faire sortir ce qu’elle ne dit pas. Mais je crois qu’il n’y a rien d’autre que ce que dit ma mère. C’est-à-dire des recettes de cuisine et l’histoire d’une orpheline qui tombe amoureuse d’un garçon riche qui l’aime quand même. Mon rapport à ma mère est silencieux. Elle est assise, jambes droites et dos droit, et je l’observe. J’attends qu’elle parle, mais elle ne dit rien. 

Petit par la taille et le nombre de pages, mais grand par sa force et sa richesse, ce récit envisage la relation entre un fils et sa mère. Une relation faite de beaucoup d’amour, mais aussi de beaucoup d’incompréhension.

Le fils, c’est un intellectuel homosexuel qui vit en France. La mère ne comprend pas ce qu’il fait, elle est analphabète et vit toujours en Algérie. Elle voudrait qu’il se marie, de préférence à une musulmane. Il est chez elle pour quelques jours et il lui raconte Le livre de ma mère d’Albert Cohen.

Le style de Brahim Metiba est simple, dépouillé, direct : tout, finalement, est ici dans les silences et les non-dits, et c’est résolument émouvant. Ce qui est en jeu, c’est l’incommunicabilité des êtres qui s’aiment, accentuée par les différences de mode de vie : le narrateur est gêné lorsque sa mère dit « nous, les musulmans » en l’englobant dans le « nous », car il ne se sent plus appartenir à cette communauté ; il est gêné aussi lorsqu’elle lui parle du mariage. Mais il n’ose pas le lui dire, car elle ne comprendrait pas : chacun est dans son univers. Et pourtant, quelque chose vient recréer le lien : c’est Le livre de ma mère de Cohen. C’est la littérature, qui permet aux êtres de communiquer autrement. Au fils de dire à la mère ce qu’il ne peut dire directement, à travers les mots d’un autre. A la mère de saisir un peu du monde de son fils, et de saisir aussi qu’au-delà des différences, la plus importante des ressemblances demeure : l’amour d’une mère.

Très riche, très intense, ce petit récit est absolument à mettre entre toutes les mains, car il aborde avec une force incroyable des thèmes universels !

Ma mère et moi
Brahim METIBA
Mauconduit, 2015

(14 commentaires)

  1. Même thématique plus ou moins que « La langue de ma mère » de Tom Lanoye, auteur belge de langue flamande (c’était son premier roman traduit en français). Il n’a pas osé écrire ce qu’il ne pouvait exprimer, son homosexualité, avant le décès de ses parents. Et j’en ferais de ce livre à peu près la même critique que la vôtre.

    Et j’admire aussi la façon dont, par la photo, vous mettez en scène le livre dans un contexte court et parlant !

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  2. L’incompréhension des êtres, notamment avec les parents… Voici un sujet qui me touche… Mais hélas, avec ma mère, rien à faire, ni avec les messages des livres, ni avec ceux des films. Elle les comprend à sa sauce. Il m’est arrivé de lui prêter des livres coup de cœur… qu’elle a trouvé « moches ». Donc pour ne plus être déçue et atteinte dans mon amour de ces livres, je ne prête plus rien…
    Quant à ce titre donc pourquoi pas !

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