Elle lit des récits et chroniques

Discours à l’Académie suédoise, de Patrick Modiano

discours à l'académieC’est la première fois que je dois prononcer un discours devant une si nombreuse assemblée et j’en éprouve une certaine appréhension. On serait tenté de croire que pour un écrivain, il est naturel et facile de se livrer à cet exercice. Mais un écrivain – ou tout au moins un romancier – a souvent des rapports difficiles avec la parole. Et si l’on se rappelle cette distinction scolaire entre l’écrit et l’oral, un romancier est plus doué pour l’écrit que pour l’oral. Il a l’habitude de se taire et s’il veut se pénétrer d’une atmosphère, il doit se fondre dans la foule. Il écoute les conversations sans en avoir l’air, et s’il intervient dans celles-ci, c’est toujours pour poser quelques questions discrètes afin de mieux comprendre les femmes et les hommes qui l’entourent. Il a une parole hésitante, à cause de son habitude de raturer ses écrits. Bien sûr, après de multiples ratures, son style peut paraître limpide. Mais quand il prend la parole, il n’a plus la ressource de corriger ses hésitations.

C’est un exercice de style dont Modiano se serait sans doute passé, lui qui est si mal à l’aise avec l’oral. Mais tout nobélisé doit s’y plier : le discours de réception devant l’académie suédoise, à Stockholm. Beaucoup des discours de ses prédécesseur sont restés dans les annales : je pense à celui de Camus, je pense à celui de Doris Lessing.

Pour un écrivain, c’est surtout le moment de nous faire partager sa conception de la littérature et du monde.

Touchant et émouvant, ce discours de Modiano est totalement lui, de l’affirmation du romancier comme être d’écrit et non d’oral et de l’écriture comme activité solitaire, au rôle du lecteur, qui en sait finalement plus que l’auteur sur l’oeuvre. Modiano parle de l’Occupation et de l’importance de son époque pour un écrivain, même si la littérature a toujours quelque chose d’intemporel. Il affirme son amour de la ville et de Paris. Il explique que l’écriture est une lutte contre l’oubli.

Ce discours est avant tout un texte magnifique, d’une grande simplicité et d’une grande modestie, sur la littérature et ce que c’est que d’être écrivain. Un texte à lire et à relire, ou à revoir (j’avoue que la vidéo m’émeut beaucoup) :

Discours à l’Académie suédoise
Patrick MODIANO
Gallimard, 2015

(Egalement en intégralité sur le site de l’académie mais j’avais envie de l’avoir dans ma bibliothèque)

(16 commentaires)

  1. Je l’ai étudié il y a quelques jours en cours de littérature, ce discours est très émouvant et très enrichissant lorsqu’on veut connaître le point de vue d’un romancier sur le roman et l’écriture.

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  2. J’ai également été très émue par la vidéo et ce discours magnifiquement sur le rôle de l’écrivain. Je vais bien entendu acheter ce livre pour pouvoir le relire avec plaisir.

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  3. J’adore ce discours. Je l’ai scotché sur le mur près de mon bureau depuis décembre. Parfois une phrase me saute dessus, mais gentiment, avec douceur, pour me souffler un truc à l’oreille. C’est chouette.

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