Elle se fait des films

Dr Kinsey, de Bill Condon

KinseyLet’s talk about sex !

Alfred Kinsey est un personnage extrêmement controversé : auteur des fameux « rapports » sur la véritable sexualité des Américains, rapports qui ont fait scandale en leur temps et qui sont toujours aujourd’hui sujets à caution à cause de leur manque de rigueur scientifique, il a, malgré tout, jeté une pierre dans la mare du puritanisme étouffant et ouvert la voie à la sexologie. Mais c’est aussi un personnage complexe, sombre, torturé, et ambigu.

Un vrai personnage de film, donc, et ça tombe bien, car il est le personnage de ce biopic qui date de 2005 et à côté duquel j’étais totalement passée, au point de n’en avoir même pas entendu parler, malgré Liam Neeson.

Ce film aurait pu s’intituler Splendeurs et misères du Dr Kinsey. Car il y a bien deux moments dans cette histoire et dans sa vie. Première étape : comment un entomologiste se rend compte que l’absence totale de connaissances sur la sexualité et la chape de plomb qui pèse sur tout ce qui n’est pas de l’ordre de la pratique normée par la religion (rapport conjugal dans la position du missionnaire en vue de procréer) ne peut que mener à des névroses et nuire à la société ; comment, alors, il décide d’étudier de manière objective et exhaustive les pratiques sexuelles et invente la sexologie, avec la publication du premier rapport Kinsey sur la sexualité des hommes, qui fait de lui une star. Deuxième étape : la publication du rapport sur les femmes, et la chute.

Evidemment, ce film est totalement fascinant et surtout très instructif sur de nombreux points. Tout en mettant en évidence l’hypocrisie et la tyrannie de la religion sur le sujet (la scène d’ouverture, avec le sermon du pasteur contre la luxure, est édifiant), il nous montre le gouffre qui existe avec la réalité et brise le tabou : celui de parler librement de sexualité, et celui de mettre au jour l’éventail des pratiques sexuelles considérées comme déviantes mais qui ne sont en fait que naturelles. Masturbation, sexe oral, sexe anal, j’en passe, sont considérés par Kinsey comme des objets d’observation scientifiques, qu’il envisage objectivement, tout comme d’ailleurs il envisage sans les juger d’autres pratiques, celles-là clairement problématiques : d’où une scène qui peut paraître choquante, où Kinsey ne s’émeut pas du témoignage d’un homme qui lui raconte ses expériences avec des enfants. Et on peut, légitimement, se poser la question des limites de l’impartialité : je trouve que le film le fait de manière intelligente, dans cette scène il est vrai très brève.

Reste que, si le film parle de sexe (et il en parle beaucoup, ce qui donne des scènes très drôles où Kinsey parle crûment de l’objet de ses recherches au cours de repas dont les invités sont un peu gênés), le film n’est pas du tout érotique : tout est extrêmement clinique et hyper-réaliste, il nous montre les choses de manière scientifique. Même Liam Neeson (au demeurant excellent, tout comme Laura Linney) qui habituellement me donne des envies furieuses de luxure est totalement anti-glamour. Mais, de fait, ce n’est pas l’objet du film. D’ailleurs, la production est à moitié allemande, et le glamour n’est pas un truc très allemand…

En tout cas, c’est un film que, malgré ses quelques longueurs, j’ai beaucoup apprécié : il montre la lutte de l’intelligence contre l’obscurantisme et le puritanisme, et c’est salutaire ; sans être hagiographique, il met en avant un homme qui a permis à la liberté de faire un grand pas. Maintenant, je vais essayer de me plonger dans la série Masters of sex qui s’intéresse à Master et Johnson,  en quelque sorte les successeurs de Kinsey !

Dr Kinsey
Bill CONDON
2005

10 réflexions sur “Dr Kinsey, de Bill Condon

  1. J’ai vu ce film il y a quelques années et j’avais trouvé cette histoire passionnante. Je m’en suis souvenue en commençant à regarder « Masters of sex », la série sur William Masters et Virginia Johnson, dont les recherches ont elles aussi choqué l’opinion publique à leur époque, dans les années 50/60.

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  2. Ce film à l’air intelligent. Le sexe ce n’est pas du tout un sujet facile, même si on n’arrête pas de prôner la liberté de penser de notre époque. Qu’on se le dise, le sexe est encore tabou pour beaucoup de monde! Je trouve ça bien qu’on en fasse un film, ça peut aider à détendre les esprits 🙂 Je le regarde sans tarder ! Je me permets aussi de faire ma petite pub, j’ai effectivement commencé un blog moi aussi : http://amoigoya.blogspot.com/ , tu peux y faire un tour si tu le souhaites, bonne journée 🙂

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  3. Pingback: Masters of sex, de Michelle Ashford | Cultur'elle

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