Elle lit des magazines

Le monde des livres. Écrivains face à la terreur

monde des livres Au téléphone, nous leur disions simplement : on ne peut répéter sans cesse que les livres sont dans la vie et parler aujourd’hui des livres sans évoquer ce que nous vivons ; vous dont la langue est le métier, aidez-nous à mettre des mots sur ces jours de sidération, ces moments d’effroi, ces protestations d’espoir ; écrivez donc un texte, une page, dix lignes, qu’importe, pourvu que vous nommiez les choses, à commencer par l’innommable. (Edito de Jean Birnbaum, « La littérature aux aguets »).

Hier, en kiosque, « Le Monde des livres ». Que je ne lis pas très souvent, j’avoue. Mais là, comment faire autrement, puisqu’il s’agit d’un numéro spécial, indispensable, d’utilité publique, signalé la veille par Augustin dans Le Grand Journal et que j’avais déjà repéré.

Dans ce numéro, donc, les écrivains parlent des événements tragiques que nous venons de vivre. Il y a les tribunes : Jakuta Alikavazovic, Christine Angot, Hoda Barakat, Luc Boltanski, Antoine Compagnon, Ismail Kadaré, JMG Le Clézio, Sabri Louatah, François Morel, Amélie Nothomb, Olivier Rolin, Lydie Salvayre, Abdellah Taïa, Karine Tuil. Deux entretiens : l’un avec Russel Banks, l’autre avec Kamel Daoud. La chronique de Camille Laurens.

Des écrivains d’horizons divers, des hommes et des femmes, plus ou moins connus. Ce qui donne, très logiquement, des textes très différents dans le fond comme dans la forme. Des textes passionnants, qui m’ont tour à tour émue, amusée, interpellée, fait réfléchir, parfois agacée. Mais j’ai trouvé qu’il y avait quelque chose de salutaire et de cathartique. Salutaire, parce que les écrivains sont bien, là, dans leur rôle de guetteurs et de phares de la civilisation. Cathartique, parce que les lire m’a débloquée : j’avais réussi à écrire depuis mercredi dernier, mais pas sur ça. Là, j’ai enfin réussi à écrire dans mon carnet la manière dont j’ai vécu les choses, pour garder une trace. Dont peut-être je ne ferai jamais rien, mais voilà.

J’ai juste une critique sur le texte d’Angot, dont j’estime qu’on peut se dispenser. D’abord parce qu’il est assez mal écrit et donc pénible à lire, d’autant que c’est le plus long. Mais, surtout, je l’ai trouvé assez indécent. Le titre est « C’est pas le moment de chroniquer Houellebecq », et jusque-là j’étais d’accord : selon moi, le roman de Houellebecq, son sujet, sont actuellement inaudibles (je ne l’ai pas lu, je ne sais pas si je le ferai, je parle juste de ce que j’en ai entendu). Le problème, c’est que ce titre est une prétérition, et que dans tout son texte, Angot ne parle que de Houellebecq et du mal qu’elle en pense. Or, il me semble que ce n‘est pas le moment, effectivement.

Et puis, j’ai tout de même une pensée pour les écrivains, pas nommés, qui n’ont pas pu. Qui ont d’emblée refusé parce que c’était au-dessus de leurs forces. Qui ont d’abord accepté, et puis qui ont constaté que c’était impossible ou trop tôt.

En tout cas, merci au monde des livres pour ce numéro tout à fait indispensable, que vous pouvez consulter en ligne (moyennant finance, et je trouve qu’ils abusent un peu sur les prix quand même) si vous ne l’avez pas eu en kiosque.

Edit : en complément, je vous mets la video de Jean Birnbaum, qui revient sur l’essentiel à retenir :

(11 commentaires)

  1. Je vais essayer de le trouver en kiosque,
    Houellebeck je l’ai croisé dans la rue cette semaine pas de photo ni de question, ce serait deplacé

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  2. Oui un petit mot puisqu’il est question d’un roman ( soumission ) commençé il y a trois jours .
    Faut il encore ou déja poser l’étiquette selon ce monsieur Angot ?
    Et d’une : c’est un roman non une thèse ! Et de deux ce roman foisonne de sexe  » cru  »
    et de fellations en tout genre ! Dans la première partie on est donc loin du sujet  » qui ferait  » débat .
    Savoir si c’est le moment ou pas de lire , est ce que ça change quelque chose ?… un mois un an.. le livre éxistait « avant  » !
    J’avais envie de le lire et je me sens libre comme l’air car c’est dans la tête docteur 🙂 !
    Cordialement

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  3. Madame Angot ne m’a jamais passionnée par sa prose que je trouve maigre et creuse, qu’elle soit article ou pseudo roman-autobiographie… J’ai trouvé le billet de Nothomb également inintéressant, voire même méprisant… Les autres en revanche, par leur diversité étaient éclairants, en ces temps de consensus un peu sclérosant… D’ailleurs, ce numéro du Monde contenait également des tribunes de « non-Charlie »… A lire donc, qu’on ait été dans les marches ou pas

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  4. J’ai pour ma part halluciné en lisant l’article d’Angot : nan mais heu… c’est un écrivain qui parle d’un écrivain, là ? Quelle indécence. Effet bizarre, je décide évidemment de lire Soumission – que je n’aurais sans doute pas lu sinon.
    Et vive la littérature !

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  5. Angot a toujours été un peu spéciale (elle me déplait d’ailleurs de plus en plus et je l’a lis plus). Je vais essayer de me procurer ce numéro mais il est sans doute déjà indisponible…

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  6. Je suis tout à fait d’accord, Chroniquer Houellebecq n’était pas le bon moment. Cependant, « Soumission » est un roman. On connaît le côté provocateur de l’auteur et il faut voir l’intrigue comme une fiction. Il a forcément noirci le trait, mis ses peurs, ses doutes sur le monde qui nous entoure dans ces pages mais ce bouquin reste avant tout un roman même si dans le climat actuel il peut être mal perçu par beaucoup.

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