Elle se fait des films

Peter Pan, de P. J. Hogan

Peter PanDeuxième étoile à gauche, et tout droit jusqu’au matin…

Peter Pan, une parfaite histoire pour Noël, n’est-ce pas ? On pourrait, de fait, le penser. Il y a des fées, un pays imaginaire où l’on ne fait que s’amuser, de la neige. Et puis, de Peter Pan, on connaît surtout le dessin animé de Walt Disney. Et Disney, c’est Noël. Mais à y regarder de plus près…

Le résumé, on le connaît : chaque soir, Wendy raconte des histoires à ses petits frères. Mais il ne sont pas les seuls à écouter : derrière la fenêtre, un drôle de petit personnage, Peter Pan, se passionne lui aussi pour ce que raconte la petite fille. Un soir, il leur apparaît et les emmène avec lui au pays imaginaire, à la rencontre des enfants perdus mais aussi du capitaine Crochet, dont l’obsession est de tuer Peter Pan.

Et c’est une histoire que je trouve profondément sombre, et pas tellement pour les enfants, surtout dans cette adaptation que je trouve excellente : très fidèle au texte de J. M. Barrie, je trouve qu’elle en met parfaitement en valeur les motifs essentiels. La base, c’est l’opposition entre Peter Pan et sa Nemesis, le capitaine Crochet, une opposition qui a quelque chose de très oedipien entre deux personnages qui incarnent chacun un choix : grandir, ou ne pas grandir ? Peter Pan, c’est celui qui refuse, qui ne veut pas accepter le monde des adultes et leurs problèmes ; j’ai toujours trouvé que le personnage avait quelque chose d’extrêmement inquiétant, de cruel, sauvage voire méchant, tout comme Clochette d’ailleurs, qui est tellement petite qu’elle n’a de la place en elle que pour un sentiment, et c’est souvent la jalousie, la méchanceté ou la colère : comme les enfants, finalement, qui se laissent submerger par les émotions qu’ils ne savent pas gérer. Et le dieu Pan, dans la mythologie, n’est pas un dieu bienveillant. Crochet, lui, c’est l’adulte, présenté comme monstrueux, sanguinaire, obsédé par le temps et l’idée de la mort (tic tac, tic tac…). Mais il a aussi quelque chose de puissamment érotique et sexuel, et je ne dis pas ça juste parce que Jason Isaacs est ma dernière toquade et que j’ai envie de lui arracher son costume de pirate avec les dents ; c’est vraiment dans le personnage, qui a quelque chose de violent et de fascinant, il incarne aussi la puissance du désir sombre que nous recelons. C’est la virilité et la bestialité (on peut penser à La Belle et la Bête), il fait aussi parfois penser à un vampire. Or, rappelons que l’un des effets du complexe de Peter Pan, dont Barrie était probablement atteint, est un désintérêt assez prononcé, sinon une peur panique, pour la sexualité : le personnage de Peter est asexué et d’ailleurs il est souvent au théâtre joué par une fille, il ne sait pas ce qu’est un baiser, et avec Wendy il ne peut que faire semblant de jouer au papa et à la maman, mais comme le souligne malignement Crochet, il ne peut pas ressentir de sentiments, notamment amoureux, car c’est un sentiment d’adulte. Crochet, lui, est dans le désir assumé, et sa relation avec Wendy est à ce sujet légèrement trouble (même si ce trouble n’est que latent, car elle a 12 ans…) ; enfin, mais c’est une interprétation un peu capilotractée : le bateau du Capitaine s’appelle le Jolly Roger, c’est le nom que l’on donne au pavillon noir, mais en argot, to roger signifie aussi… baiser !

Peter Pan, c’est donc avant tout un conte initiatique qui, finalement, nous propose la victoire du principe de plaisir sur le principe de réalité : Peter tue l’adulte, et si la plupart des enfants perdus choisissent de retrouver le monde réel, Peter, lui, reste à Neverland, un monde d’ailleurs assez inquiétant comme celui des rêves. Mais c’est aussi un conte sur le rôle des histoires et de l’imagination : tout le monde aime les histoires, les pirates comme les enfants perdus ; ce sont les pensées heureuses qui permettent de s’envoler (comme elles permettent d’appeler un Patronus, mmhhh) ; et puis, affirmer que les fés existent, c’est leur donner vie.

Bref, un film que j’aime énormément (et pas seulement parce que je passe deux heures à baver sur Jason Isaacs) mais que je trouve assez sombre tout de même…

Peter Pan
P. J. HOGAN
2003

6 comments on “Peter Pan, de P. J. Hogan

  1. Je ne l’ai pas vu encore, mais il est dans l’esprit de ce que j’ai envie de vivre en ce moment !

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