Elle se fait des films

Pas son genre, de Lucas Belvaux

Pas son genre
C’est incroyable, vous dites la même chose que Kant dans la Critique de la faculté de juger !
— Qui ça ?

Il y a des films qui, sur le papier, ont tout pour que vous en fassiez un coup de coeur, et que vous avez réellement envie d’aimer, et qui, au final, vous laissent un goût d’inachevé. C’est ce qui s’est passé pour moi avec cette comédie qui interroge les différences sociales et culturelles dans la relation amoureuse : peut-on s’aimer lorsqu’on n’a pas les mêmes codes ?

Clément est un bobo intello germanopratin philosophe de l’eros ayant publié un essai chez un grand éditeur, qui prend son café aux Deux Magots et qui a des vapeurs dès qu’il doit passer le périph ! Làs, professeur de philosophie célibataire et sans enfants, il n’a pas assez de points pour choisir son académie, et se retrouve nommé, horresco referens, à Arras. Jenifer, elle, est coiffeuse, blonde, écervelée, élève seule son fils, passe ses samedi soirs à chanter au karaoké avec ses copines ; mais elle aime bien lire : des revues, des magazines, et Anna Gavalda. Par ennui, il la séduit, et rapidement s’attache à elle…

Ce film ne manque pas de qualités : excellemment joué (j’avoue que je causerais bien philosophie de l’eros avec Loïc Corbery), bien filmé, tout en délicatesse, il aborde un thème passionnant, celui des différences dans le couple. Certaines scènes sont très drôles, comme par exemple lorsqu’elle l’emmène dans son bar karaoké (où il échappe heureusement à Patrick Sébastien), d’autres très émouvantes lorsqu’on les voit faire des efforts pour comprendre le monde de l’autre et combler un peu le gouffre qui les sépare. Néanmoins, plusieurs points m’ont déçue : d’abord, j’ai trouvé beaucoup d’éléments affreusement caricaturaux, que ce soit dans les personnages (l’intello n’a pas la télé et ne sait pas qui est Jennifer Aniston, la coiffeuse est blonde platine et lit des magazines people) ou dans le tableau de la vie de province, où les ivrognes beuglent sous vos fenêtres au milieu de la nuit et où à part au kebab, impossible de trouver à manger après le cinéma (oh ! Wait ! Ce n’est pas vraiment un cliché!). En outre, j’ai trouvé que le sujet n’étais finalement pas assez creusé : le film insiste sur les différences culturelles entre les deux personnages, mais l’écart est aussi entre leurs conceptions de l’amour : Jenifer est spontanée, Clément intellectualise tout, s’interroge, évalue l’amour à travers le filtre de la philosophie et finalement n’y croit pas vraiment. Et je trouve que cet aspect aurait mérité un approfondissement.

Mais ce qui m’a le plus dérangée dans ce film, c’est tout ce qui concerne la vie du prof : en fait, je me suis tellement focalisée sur les détails invraisemblables que cela m’a empêchée de me laisser totalement embarquer. Dès le départ d’ailleurs : Clément a environ 36 ans, donc a priori ne vient pas d’avoir son concours, et d’ailleurs un peu plus loin dans le film on comprend qu’il est prof depuis plusieurs années : on se demande bien par quelle magie l’Education Nationale déciderait subitement de le changer d’académie (enfin, ils aimeraient bien, mais non, pour le moment, ce n’est pas possible) ; d’autant que cette nomination à Arras semble arriver par surprise, or le mouvement étant en deux phases, il savait déjà obligatoirement qu’il était nommé sur l’académie de Lille. Bon, admettons. Le voilà donc qui arrive à Arras, et là, lors de la prérentrée qui semble rassembler 12 profs, le proviseur, très sympa, lui annonce que vu qu’il vit à Paris, il lui a concocté un emploi du temps en trois jours pour qu’il puisse rentrer chez lui ; là j’ai juste l’impression d’être dans un film de science fiction. Et ça continue : le lycée est plutôt propre et neuf, les élèves s’ennuient abyssalement mais ne bavardent pas, et lorsqu’il sort téléphoner dans le couloir entre deux cours, celui-ci est aussi silencieux que celui d’une maison de retraite à l’heure de la sieste. Mais le pire, c’est le niveau de vie de Clément : il a un immense appartement boulevard saint-Germain, dort 3 nuits par semaines à l’hôtel qui semble tout de même plutôt haut de gamme, et n’a pas vraiment l’air de se serrer la ceinture ; alors d’accord il a publié un essai (mais si écrire des essais rendait riche ça se saurait) et ses parents ont l’air plutôt à l’aise financièrement, mais tout de même. Alors je sais bien que ce n’est pas un film sur les profs, mais un peu de vraisemblance ne nuit pas.

Bref. Je n’ai pas passé un mauvais moment avec ce film, loin de là, mais il me laisse tout de même un peu déçue. Il est adapté d’un roman éponyme de Philippe Vilain, mais je ne suis pas très tentée de le lire pour le moment…

Pas son genre
Lucas BELVAUX
2014

19 comments on “Pas son genre, de Lucas Belvaux

  1. Alors peut être que c’est parce que je ne suis pas professeur, mais moi j’ai trouvé ce film vraiment formidable !

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  2. pareil que marion je trouve le film absolument merveilleux, un des meilleurs films français vus cette année et si d’habitude j’ai tendance à bloquer sur tel ou tel détail ici tout est passé comme une lettre à la poste comme quoi :o)

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  3. Comme toi, j’aurais tiqué sur les invraisemblances de la vie de prof…^_^

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  4. Alors moi, ce film m’a bouleversée ! Je ne connais pas la vie des profs mais je me suis effectivement brièvement posé la question de son niveau de vie. Ça ne m’a pas dérangé plus que ça…
    ce qui m’a touchée, c’est le personnage de la coiffeuse. Elle a l’intelligence du coeur même si elle n’a pas celle liée à une éducation intellectuelle. Et finalement, c’est elle la plus forte, capable de prendre des décisions extrêmes pour garder sa dignité. Elle nous prouve bien qu’admirer Jennifer Aniston et lire Voici ne veut pas dire que vous êtes une cruche sans cervelle. Cette fille, j’en ferais bien mon amie !!

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  5. humm d’accord avec cette note .
    Vu ce film cet été pour passer un moment et oublier la pluie !
    Sensation mitigée et suis sorti un peu triste..
    En conclusion c’est vrai ! les acteurs jouent bien , et la réalisation ne souffre pas ? mais c’est un peu long et un peu court à la fois !
    Comment dire : les rôles peuvent sembler attachant mais on ne se sent pas dans la vraie vie et ça c’est évident et c’est agaçant par moment je trouve ?

    Cordialement

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  6. J’ai vu l’affiche lorsqu’il est sorti, et le thème m’a rappelé un autre film  » La Dentellière  » avec Isabelle Hupper , sorti il y a bien bien longtemps. Le même choc des cultures dans une histoire d’amour entre une  » petite coiffeuse » et un  » intello « , sans doute prof également. Une histoire qui tourne au drame, mais j’ai tellement le souvenir de ce film que ce  » Pas son genre  » , ne m’a pas tentée. Au vu des vos impressions, je ne regrette pas de ne pas l’avoir vu.

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  7. oh ouiii c’est juste , la Dentellière est au delà et au dessus de ce film tant pas sa finesse que par la subtilité de l’approche qui rendait ce film si attachant, dramatique, et juste ! @PAMINA vous me donnez envie revoir ce film .Merci 😉

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  8. Ah zut, j’avais envie de le voir, mais les invraisemblances me donnent envie de fuir là …

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  9. Grace à ce billet, je viens de voir le film et je vous en remercie.
    Malgré les petits clichés et quelques invraisemblances, j’ai bien accroché (ma sensibilité à l’eau de rose!).

    Je rêverais de rencontrer un femme comme Jenifer, si pétillante, si fusionnelle!

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  10. j’ai beaucoup aimé ce film, maintenant que tu le dis effectivement ce prof a une vie bien éloignée des contingences matérielles mais ce n’était pas le sujet, sujet qui m’a énormément touché 🙂

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