Romans

Chercher Proust, de Michaël Uras

Chercher ProustEn France, faire des études de Lettres, c’est forcément ne rien faire, puisque pour la plupart, lire c’est ne rien faire. Mes parents furent assommés de savoir que je voulais devenir « chercheur en Proust », pour eux ma passion confinait à la folie. Ils acceptèrent malgré tout de financer mes études. Je devais en contrepartie voir un psychologue et trouver un job pour ne pas être complètement dépendant.

Voilà le roman que j’ai choisi dans le cadre de l’opération de l’été du livre de poche, #lecamionquilivre, dont je vous avais parlé dans mon dernier Bloc Notes. Et le moins que l’on puisse dire est que je ne regrette absolument pas ce choix !

Jacques Bartel, le narrateur, a une passion bien peu courante : Proust. Depuis qu’un de ses oncles lui a offert La Recherche du temps perdu, il est devenu littéralement obsédé par l’écrivain, au point, adolescent, d’avoir un poster de lui dans sa chambre et de se faire tatouer son nom sur le torse. Plus tard, il devient chercheur en littérature, spécialiste de Proust, bien sûr. Mais en la matière, il est difficile d’être original, et Bartel se met à la recherche d’un mystérieux inconnu présent sur certaines photos, et qui serait la dernière personne vivante à avoir connu Marcel. Mais des événements étranges ne tardent pas à se produire…

Quelle lecture réjouissante ! D’une grande fantaisie, à la fois vif et drôle, plein d’autodérision et de tendresse, ce roman n’a pas été sans me rappeler, à certains moments, l’univers de Foenkinos par son côté un peu délirant. Mais c’est aussi, bien sûr, une réflexion sur la littérature et le pouvoir des mots, qui parlera à ceux pour qui les grands hommes sont les écrivains, et rappellera de cuisants souvenirs à ceux qui se sont un jour mis en tête de devenir chercheurs en littérature (« Ah bon, ça existe ça ? Et ça cherche quoi ? » — question entendue souvent pour ma part, à laquelle je répondais « le sens de la vie ». Oui, j’ai toujours aimé les grandes phrases). L’obsession du narrateur inquiète d’ailleurs sa famille : issu d’un milieu modeste d’immigrés italiens, il est doté d’un entourage qui ne lit pas et surtout pas Proust, effrayé que cette passion ne cache en fait une homosexualité non assumée, ce qui n’est pas du tout le cas, même si, de fait, admirer Proust n’aide pas beaucoup à draguer les filles, surtout quand cette admiration est quelque peu maladive.

Un excellent premier roman, tissé de références littéraires plus ou moins explicites, flirtant avec le fantastique par moments, qui donne envie de mettre Proust dans son sac de plage !

Chercher Proust
Michaël URAS
Christophe Lucquin éditeur, 2012 (Livre de poche, 2014)

Lu par Mrs Pepys, Keisha, Aifelle

17 réflexions sur “Chercher Proust, de Michaël Uras

  1. Merci pour ce conseil, je pense l’ajouter à ma liste de livres à lire d’urgence. J’étais étudiante en Lettres aussi et pourquoi ne voit-on pas que la littérature c’est aussi de la psychologie, de l’Histoire et de la sociologie? On a beaucoup à apprendre des livres, n’est-ce pas? 😉

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  2. Lire, c’est folie presque gratuite qui enrichit les esprits, les rend intelligents.
    Pire encore lire Proust, un égarement maladif, votre introduction m’a donné le sourire car il semble moins grave de passer des heures devant une télé, surtout pour du foot. Le débat est lancé.

    Et nous allons ajouté ce livre à nos errances, pardon nos lectures.

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  3. Même parcours. J’ai été étudiante chercheuse et j’ai travaillé sur Proust jusqu’au DEA mais je n’ai pas poursuivi en doctorat, ça m’a semblé inutile. Mais ce que j’ai découvert en littérature, qui n’a pas non plus été compris, c’est mon trésor de chaque instant, comme à vous, j’en suis sûre. Ce livre me parlera infiniment, j’en suis persuadée. Merci pour cette découverte.

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  4. Mettre Proust dans mon sac de plage est ce que j’ai fait pendant plusieurs années. La recherche accompagnait mon été jusqu’à ce que Marcel retrouve le temps. Du coup, je suis très très alléchée par ce roman !

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  5. Pingback: Aux petits mots les grands remèdes, de Michaël Uras | Cultur'elle

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