Le corps pleurant

montmartre2_effectedCrucifié encore une fois, son corps était secoué d’irrépressibles sanglots. Elle aurait voulu savoir pourquoi lorsqu’on est malheureux le corps se répand en grandes eaux. Pourquoi ça ne pouvait pas s’arrêter et pourquoi finalement ça soulageait de pleurer comme ça. Mais elle aurait surtout voulu savoir pourquoi elle était toujours aussi malheureuse. Pourquoi rien n’allait jamais dans sa vie et surtout pourquoi, depuis toujours, l’amour l’avait autant blessée. C’était un sentiment tellement magnifique, l’amour. Selon elle, la seule chose au monde qui valait la peine de vivre. La seule chose aussi qui valait la peine de mourir. Elle ne voulait pas mourir. Aussi désespérée soit-elle, du fond du gouffre d’où elle criait sa douleur, elle voulait encore croire qu’il y avait une lueur d’espoir.

Le corps aimant devenait corps pleurant.

Pleurer est l’activité normale du corps aimant.

Son corps pleurait, donc, sans fin. Se vidait comme un trop plein. Trop plein de larmes, trop plein de souffrance, trop plein de douleurs et de chagrins. Ses yeux saignaient de la blessure béante qu’elle avait au cœur. Ce cœur qu’elle avait protégé, enfermé, claquemuré depuis tant de mois pour qu’il ne risque plus rien. Quitte à se sentir déjà morte un peu. Ce cœur, elle l’avait entouré d’une muraille qu’elle croyait imprenable. Et pourtant. Il avait suffi d’une minute, d’une seule seconde d’inattention pour qu’Il s’en empare et le transperce dans un seul mouvement. Une seconde qui avait une allure d’éternité. Une seconde itérative. C’était toujours la même histoire. Elle aimait. Lui, non. Papillon léger et aérien, il faisait mal sans le faire exprès. Il était là et la seconde d’après il avait disparu.

Son corps pleurait des larmes salées et amères et c’était comme si elle allait en mourir étouffée. Convulsive et assommée. Là, assise par terre au milieu des décombres de ce qui était sa vie. Il n’y avait plus rien à espérer. Et pourtant. Cela devrait bien s’arrêter un jour. Un jour il n’y aurait plus de larmes, ni de soupirs non plus, ni rien d’ailleurs.

Le corps pleurant est un corps vivant. Mais pour combien de temps encore ?

Pleurer, dit-elle. Aimer encore. Ecrire, dit-il.

Alors le corps pleurant devient corps écrivant. Les larmes deviennent encre, et le réel disparaît…

(oui, je sais, ce texte ne respire pas la joie de vivre, mais n’a rien à voir avec la situation actuelle en fait, contrairement à ce qu’on pourrait croire : c’est un passage que j’ai supprimé de mon roman, donc écrit il y a 3 ans environs… mais enfin voilà quoi…)

19 réponses sur « Le corps pleurant »

  1. lediazec

    Bonjour. Je vous découvre par le biais des amis les cafards et me suis dépêché d’ajouter votre (excellent) blog à notre liste.
    Vous écrivez ceci en fin d’article : « Alors le corps pleurant devient corps écrivant. Les larmes deviennent encre, et le réel disparaît… » Je trouve, au contraire, qu’avec votre propos il prend une autre dimension.
    Bien à vous.

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  2. estellecalim

    Tu as tout mon soutien pour cette histoire déplorable. Je t’envoie plein de bises face à ce texte si nostalgique et si beau.

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  3. almanito

    Je vous découvre également par le biais des Cafards, hélas à l’occasion de cette histoire stupide pour laquelle j’apporte mon soutien.
    Le côté sympa, c’est que je découvre une belle écriture et je vais m’abonner de ce pas à ce blog qui me semble très riche.

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  4. Ping: Caroline Daudet, enfin une blogueuse dotée d’une belle paire… | Table rase

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  6. cartonsdemma

    Quel joli texte, pour tous ceux qui pensent que pleurer est une marque de faiblesse, j’aime cette phrase « Le corps pleurant est un corps vivant » même si ça fait mal.

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  7. geraldinecoupsdecoeur

    Pourquoi supprimer ce passage ? Il est superbe !
    Et je suis rassurée de savoir qu’il n’a rien a voir avec la situation actuelle 😉

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