Just Kids, de Patti Smith

just kidsêtre artiste, c’est voir ce que les autres ne peuvent voir.

Lorsque j’ai visité l’exposition consacrée à Robert Mapplethorpe au Grand Palais, je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de m’offrir ce texte de Patti Smith, qui relate leurs vies.

Deux enfants, tous deux nés un lundi.
Deux enfants qui ont, très tôt, la vocation artistique.
Robert et Patricia.
Deux itinéraires qui vont se croiser, pour ne plus jamais se séparer.
Amants, amoureux, amis, frère et soeur, artiste et muse (dans les deux sens), ils sont tout à la fois.

Le texte commence avec la mort de Robert Mapplethorpe, issue tragique qui planera sur tout le récit. On commence dans les larmes, avant de se plonger dans l’univers singulier des deux artistes, d’abord parallèles. Dès l’enfance, on note chez Patti Smith un amour inconditionnel des livres et des mots, un désir de dire les choses, une grande imagination, le tout teinté de mysticisme, avec l’idée que la vocation d’artiste est comme la vocation religieuse : il faut être appelé. Ce motif religieux, on le retrouve d’ailleurs chez Mapplethorpe, fasciné par la religion catholique dans laquelle il a été élevé, mais fasciné surtout pour des raisons esthétiques.

Et puis, ces deux enfants, devenus grands mais toujours enfants finalement, se rencontrent à New-York, tombent amoureux, ne se quittent plus. C’est la vie de bohême, ils n’ont pas un rond mais ils sont heureux, chacun créant aux côtés de l’autre. Chez eux, l’amour se nourrit de l’art, et inversement. Ils galèrent bien sûr, et c’est là un des « enseignements » (si je puis dire) du livre : ne pas perdre foi en sa vocation. Pourtant, Mapplethorpe apparaît très vite comme un artiste torturé par sa nature duelle et la lutte entre le bien et le mal, se posant des questions sur son identité à mesure qu’il prend conscience de son homosexualité, ses thèmes et ses techniques de travail évoluant en même temps que lui, et c’est ce qui m’a le plus fascinée dans ce texte : voir Mapplethorpe travailler, son imaginaire esthétique sado-masochiste et pornographique s’affinant à mesure qu’il avance. D’abord rétif à la photographie, il préfère le dessin et les collages à base d’images découpées dans des magazines gay, et puis il veut faire ses propres photographies car il ne trouve pas ce qu’il cherche, et petit à petit elle devient pour lui une fin en soi. Patti, quant à elle, passe progressivement de l’écriture de poèmes à la chanson.

Ils finissent par se séparer, mais mêmes séparés ils sont toujours ensemble, et c’est là le noeud de cette relation indéfinissable et fascinante, toute en contradiction. Patti Smith et Robert Mapplethorpe : deux âmes jumelles ?

Autour de ces deux artistes, l’ébullition et l’effervescence du New-York des années 70 où tout semble possible, un tourbillon de génies de la musique, de la littérature, de l’art. Le sexe, la drogue et le Rock n’ Roll, le tout par de nombreux aspects me rappelant beaucoup Beautiful Peopled’autant qu’on y croise parfois les mêmes personnes.

Le texte est illustré de nombreuses photographies, instantanés de cette vie hors du commun.

Un texte qui m’a enchantée, passionnée, transportée et inspirée !

Just Kids
Patti SMITH
Denoël 2010 (Folio Gallimard 2013, édition augmentée)

18 réponses sur « Just Kids, de Patti Smith »

  1. Emily

    Je partais un peu sceptique (je ne suis pas une fan, et les biographies sont rarement mon choix premier de lecture) mais je l’avais, et j’étais curieuse. Je ne regrette pas, ce fut une belle découverte.

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  2. Pamina NylonStockingSpell

    Merci une nouvelle fois pour vos articles, il est toujours intéressant de lire vos appréciations concernant des livres sortis depuis quelques temps. Celui-ci fait aussi partie de ceux qui m’ont tentée un jour, notamment parce que je crois avoir une idée fausse de la vie de Patti Smith. Je pense que je le lirai un jour.

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  3. geraldinecoupsdecoeur

    Je ne connais que très peu ces deux artistes, aussi cette lecture ne nuirait pas à ma culture ! Je note… because the night, voilà tout ce que je connais en fait !

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