Chronique d’une mort annoncée, de Gabriel Garcia Marquez

chronique d'une mort annoncéeLe jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s’était levé à cinq heure et demie du matin pour attendre le bateau sur lequel l’évêque arrivait. Il avait rêvé qu’il traversait un bois de figuiers géants sur lequel tombait une pluie fine, il fut heureux un instant dans ce rêve et, à son réveil, il se sentit couvert de chiures d’oiseaux. « Il rêvait toujours d’arbres », me dit Placida Linero, sa mère, vingt-sept ans après en évoquant les menus détails de ce lundi funeste.

Le 17 avril dernier, la mort de Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature en 1982, nous a tous profondément attristés, et il semblait normal de lui rendre hommage sous forme de lecture commune d’une de ses œuvres. J’ai pour ma part choisi Chronique d’une mort annoncée, qui traînait dans ma PAL depuis de trop nombreuses années (genre, au moins 10).

Vingt-sept ans après les faits, le narrateur entreprend de « refaire avec des éclats épars le miroir cassé de la mémoire » et, à partir des « bribes éparpillées dans les souvenirs d’autrui », de reconstituer la journée où Santiago Nasar est mort. C’était un lundi, et tout le monde dans le village savait qu’il allait mourir, ses meurtriers s’en vantant depuis la veille. Tout le monde, sauf lui, et malgré tout, personne n’a pu empêcher la tragédie.

Ce roman, qui pourrait paraître simple et ne l’est pourtant pas, repose sur la mécanique de la tragédie grecque : tout se met en place implacablement pour mener à l’issue fatale, y compris les coïncidences les plus invraisemblables, la vie recourant sans cesse à « tant de hasards interdits en littérature » pour rendre l’absurde possible. Héros tragique et bouc-émissaire à la fois, Santiago Nasar n’est ni réellement bon, ni réellement mauvais, ni surtout réellement coupable puisqu’il s’agit finalement d’un vulgaire crime d’honneur dont les motivations permettent de juger du statut de la femme dans un temps et un lieu indistincts, mais visiblement sud-américain et oppressé par la religion. Dans ce roman, la culpabilité, si elle est bien le fait de deux individus assez rustres, est aussi collective, chacun apportant sa petite contribution, souvent sans le vouloir, à l’enchaînement des événements. On passe alors d’un personnage à un autre, les points de vue se multiplient, et le lecteur, pas à pas, reconstitue la chronologie désordonnée du jour funeste.

C’est évidemment un roman magistral, impeccablement construit, à la symbolique forte, et qu’il faut absolument lire.

Chronique d’une mort annoncée
Gabriel GARCIA MARQUEZ
Grasset, 1982 (Livre de Poche)

Gabriel-Garcia-Marquez-300x216By Stephie

16 réponses sur « Chronique d’une mort annoncée, de Gabriel Garcia Marquez »

  1. Elora

    Je l’ai lu en VO il y a moult années mais je ne me souviens plus des détails et mon espagnol n’était pas au point. Il faudrait que je m’y recolle.

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  2. gentlemanw

    Il est important d’avoir lu cet écrivain, qui avec des faits assez simples, nous emporte dans un voyage intérieur, sur les émotions, les réalités, les vérités.

    Un beau roman.

    D’autres recommandations pour cet auteur ?

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  4. lesebooksdemarie

    Ah! Un article sur Gabriel Garcia Marquez! Je suis ravie et je m’abonne tout de suite à ton blog. C’est un auteur que je lis beaucoup en ce moment et j’ai lu bien sûr, chronique d’une mort annoncée que j’ai adoré mais mon préféré reste Lamour aux temps du choléra publié la semaine dernière sur mon blog, si le coeur vous dit de parfaire votre connaissance de l’auteur: c’est ici:
    http://www.hellocoton.fr/to/Rujg#http://les-ebooks-de-marie.over-blog.com/2014/05/l-amour-aux-temps-du-cholera-gabriel-garcia-marquez.html

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  5. geraldinecoupsdecoeur

    Lu il y a une éternité, et un souvenir très flou. Surtout une impression de chaleur étouffante sur la place d’un village et des minutes terribles qui mènent à…

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  6. Ping: Le crâne de mon ami, les plus belles amitiés d’écrivains d’Anne Boquel et Etienne Kern : une même âme en deux corps – Cultur'elle

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