Robert Mapplethorpe au Grand Palais

mapplethorpeLa photographie est une façon rapide de créer une sculpture.

C’était une exposition notée en rouge clignotant sur mon agenda. Le travail de Mapplethorpe me fascine et m’inspire autant que celui d‘Helmut Newton et je ne voulais bien évidemment manquer cette rétrospective sous aucun prétexte, mais je n’avais pas fixé de date. L’autre jour, en passant devant le Grand Palais, alors que je n’avais pas prévu d’y aller ce jour-là, je note un fait étrange : pas de file d’attente impressionnante devant l’entrée ; à l’intérieur, pas grand monde non plus. Et c’est comme ça que j’ai pu visiter cette exposition dans des conditions parfaites, flânant et méditant à l’envi.

Mapplethorpe, c’est d’abord un artiste du noir et blanc : à part une magnifiques série de fleurs, ses tirages sont monochromes, ce qui lui permet de travailler au plus juste les ligne des corps, comme des sculptures. Des corps d’hommes, corps noirs, corps blancs, fonctionnant en négatif les uns des autres. Mapplethorpe travaille la courbe, le mouvement, le muscle, parfois le corps en exercice dans des séries de plein air. Certaines photos fonctionnent sur le mode du blason : une main, une jambe, ou une partie plus intime.

Photographies érotiques, à la limite du pornographique disent certains. Photographies suggestives aussi : lorsqu’il travaille sur les objets, on ne peut que constater la dimension phallique de ce qu’il choisit. Un cactus, par exemple. Et parfois, de la proximité de photos différentes naît une étrange sensation de familiarité grandement poétique, comme cette cock de 1986 placée entre deux fleurs en noir et blanc, les trois étrangement semblables. Le sexe comme une fleur, la fleur comme un sexe…

Mapplethorpe

Mapplethorpe a également beaucoup travaillé sur les autoportraits, dont le magnifique et crépusculaire autoportrait au crâne présent sur l’affiche, portrait de la vieillesse et de la mort qui fonctionne comme un avertissement. Memento mori…

Il y a aussi, bien sûr, tous ces portraits de célébrités, nues ou pas, et notamment de Patti Smith, avec la célèbre illustration de l’album Horses en 1975.

Enfin, un cabinet noir, interdit aux moins de 18 ans, auquel on accède par un rideau de fils, comme dans une sorte de boudoir. Des clichés, d’ailleurs, pas forcément tous plus sulfureux que ceux qu’on trouve dans le reste de l’exposition, d’où une certaine perplexité de ma part, un peu comme à Orsay d’ailleurs. Dans cet espace, j’ai noté une phrase qui m’a plongée dans des abîmes de réflexion métaphysique et de douce rêverie : « Sex is magic. If you channel it right, there’s more energy in sex than there’s in art ». (vous avez quatre heures).

Cette exposition m’a enchantée dans tous les sens du terme. La scénographie est parfaite, créant une ambiance feutrée et intimiste qui met au mieux en valeur ces clichés proprement éblouissants. Je la conseille sans réserve (sauf si vous n’aimez pas les corps nu…)

Vu aussi par Moka (qui a mieux réussi ses photos que moi…)

Robert Mapplethorpe
Grand Palais
Jusqu’au 13 juillet

14 réponses sur « Robert Mapplethorpe au Grand Palais »

  1. mokamilla

    Je ne suis pas étonnée de voir que tu as aimé l’expo ! J’avais moi aussi noté cette phrase dans le petit cabinet interdit aux plus innocents…
    Tu as lu Just Kids dis ? Je dois encore le chroniquer mais comme j’ai aimé ce titre !
    Allez tiens, je vais me faire un petit réveil en musique avec Patti pour la peine !

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  2. liliba2

    Beaucoup aimé moi aussi et pareil, il y avait très peu de monde. Les premières photos des hommes nus sont sublimes (les mecs pas mal non plus, à vrai dire 🙂 ). Pour le sujet du bac, je veux bien, mais va falloir se mettre d’accord pour ce qu’on comprend avec « ou channel it right » !!!

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  3. Belle Vie

    « Sex is magic. If you channel it right, there’s more energy in sex than there’s in art ». Le sexe comme l’Art : il ne faut pas penser mais ressentir et le vivre intérieurement… alors vous arriverez à vivre ce que traduit cette phrase… une initiation peut-être ?

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  4. Ping: Just Kids, de Patti Smith | Cultur'elle

  5. Ping: Rodin x Mapplethorpe, au musée Rodin | Cultur'elle

  6. Ping: The Male Nude, de David Leddick : l’histoire du nu masculin en photographie – Cultur'elle

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