Elle lit des romans

Les femmes de l’Islam 1 : Khadija, de Marek Halter

Femmes de l'Islam khadija Marek HalterQue les dieux, que les sombres et terribles dieux, s’ils se souciaient encore des demi-vivants sous les tentes de Mekka, en soient remerciés ! Et qu’ils voient. Qu’ils reconnaissent cette vérité : l’amour entre Muhammad ibn ‘Abdallâh et son épouse Khadija bint Khowaylid était le plus pur, le plus fort, sans simagrées, sans hypocrisie ni mensonge.

J’ai déjà dit combien j’appréciais la manière dont Marek Halter s’emparait des textes fondateurs de la culture judeo-chrétienne pour raconter les histoires importantes du point de vue des femmes. Il l’a fait dans sa trilogie Les femmes de la Bible. Sarah, Tsippora, Lilah, qu’il a poursuivie ensuite avec Bethsabée ou l’éloge de l’adultère, Marie, et enfin La Reine de Saba*. Cette dernière est particulièrement intéressante d’ailleurs, car son histoire est racontée aussi bien dans L’Ancien Testament que dans le Coran, quoique de manière légèrement différente : finalement, elle est un peu une première pierre au nouvel édifice que tâche de construire Marek Halter, celui des femmes de l’Islam. Qu’il commence par le commencement : l’histoire de Khadija, la première épouse (et sans doute la plus importante) de Mahomet.

Khadija bint Khowaylid, veuve d’un riche marchand, est l’une des puissantes de Mekka, et mène ses affaires, pour ainsi dire, comme un homme. Mais, homme, elle ne l’est pas, et n’a donc pas voix au chapitre à la Mâla, l’assemblée de la ville. Donc, pour échapper aux complots des uns et des autres et notamment de son cousin, elle est contrainte de se remarier. Mais elle ne veut pas être asservie, et exige un homme dont elle sera la première épouse, ce qui, vu son âge (37 ans) l’oblige à choisir un homme bien plus jeune qu’elle. Ce sera Muhammad, un de ses caravaniers, et ce ne sera pas seulement un mariage politique…

Marek Halter possède un indéniable talent de conteur qui lui permet, dès les premières lignes, d’attraper le lecteur par la manche et l’entraîner à sa suite dans l’histoire. Et pas n’importe quelle histoire : intrigues, complots, trahisons, tous les ingrédients sont là pour qu’elle soit riche en rebondissements. Mais il y a surtout une histoire d’amour, riche et belle, entre un homme dont on tend parfois à oublier l’humanité et qui s’avère ici touchant et émouvant dans sa tendresse envers sa femme et ses enfants, sa loyauté, son honnêteté, et ses doutes, et une femme particulièrement fascinante : fière, orgueilleuse, Khadija ne s’en laisse pas conter, et parvient à s’imposer dans ce monde dominé par les hommes. Dans cette histoire, nous sommes à une époque charnière, celle où le polythéisme va petit à petit laisser la place au monothéisme, mais dans ce volume c’est le premier qui prédomine, Mahomet n’ayant la révélation que loin dans le roman. Pourtant, tout est déjà là : la pierre noire, les circonvolutions autours de la Kaaba autour desquelles se racontent de nombreuses légendes fascinantes. C’est, bien évidemment, passionnant d’un point de vue culturel, on apprend énormément de choses et Marek Halter tisse des liens entre les différents monothéismes, par le biais de l’histoire d’Abraham/Ibrahim. C’est aussi éminemment sensuel, il y a chez Marek Halter une véritable jouissance dans la description des parures servant d’écrin à la beauté flamboyante de Khadija, mais aussi des lieux. Et des scènes d’amour très troublantes.

Bref, un magnifique roman encore une fois, que je conseille sans réserve !

Les avis de Leiloona et Cryssilda

Les Femmes de l’Islam 1. Khadija
Marek HALTER
Robert Laffont, 2014

* Je les ai tous lus, mais avant le blog ; ceux qui ont un article sont donc ceux que j’ai relus

28 comments on “Les femmes de l’Islam 1 : Khadija, de Marek Halter

  1. devenirecrivain

    J’ai bien envie de découvrir cet auteur. J’aime les récits anciens d’autant plus s’ils sont bien écrits ! Merci 🙂

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  2. Un auteur que je ne connais pas encore mais tu es tellement séduite que je pourrais me laisser tenter…!

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  3. Ah ! J’attends avec impatience l’histoire de Aïcha, 9 ans lors de la consommation du mariage par le chamelier Muhammad dont il est question ici. C’est une scène très troublante aussi, tellement qu’on n’en parle pas trop. Mais personnellement, je n’y vois pas d’amour, et plutôt de la prédation pathologique.

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    • Ce sera le 3e tome. Ceci dit, l’âge d’Aïcha est sujet à controverse, et de leur côté les chrétiens n’ont pas fait mieux quand ils n’ont pas fait pire.

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      • Où un pédophile est donné en exemple de premier plan dans la Bible ? Sinon, l’âge communément retenu est bien 9 ans pour le viol d’Aïcha.

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      • Le proverbe chinois dit : « quand on sort de chez soi on s’enquiert de la route, quand on entre dans une région on s’enquiert des coutumes ».
        Ce n’était pas la même époque, ni la même civilisation ni les mêmes us et coutumes, jusqu’à il n’y a pas longtemps en Afrique du nord ou subsaharienne on trouvait des jeunes mariées de 12/13 ans et ça ne choquait personne, aujourd’hui c’est impensable. Il faut savoir que cette femme « Aicha » avait déjà reçu une demande en mariage avant celle de Muhammad.

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  4. Ping : Khadija, les femmes de l'Islam (1), Marek Halter | Bric à Book

  5. J’ai aussi trouvé tout comme toi une belle sensualité dans ce roman, ce qui enlève toute la sécheresse de certains récits historiques … Une réussite ! 🙂

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  6. Et un superbe mot que le tien !
    Il va sérieusement falloir revoir les dimensions de mon carton de lecture de l’été 😉

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  7. encore un auteur que je ne connais pas…

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  8. Merci pour ce très beau commentaire concernant Khadija.Vous mettez parfaitement en valeur l’aspect romanesque de leur relation, la personnalité de la première épouse du prophète, et la restitution du contexte historique.
    Un très beau roman qui doit être pris pour ce qu’il est et non une restitution historique.
    Pour les curieux (ses), le portrait de Marek Halter dans la revue XXI qui douche un peu l’enthousiasme mais n’enlève rien aux qualités du romancier.

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    • J’ai lu ce qui était en accès libre, cela ne me refroidit pas ni sur l’homme ni sur le romancier : le réel, pour un écrivain, est une donnée assez surfaite ^^

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  9. Certes le style est très captivant. Malheureusement, le contenu est différent de la vraie histoire. L’auteur s’est trompé sur plusieurs noms (Ammar Al Khattab n’est pas l’époux défunt de Khadija mais il y a eu 2 le 1er Abu Halah Ibn Zirarah Ibn Al-Nabbach Al-Tamimi et le 2nd Atiq Ibn Aidh Ibn Amr Ibn Makhzoum) la fille Ruqalya (le vrai nom Ruqayah), le nombre d’enfants de Khadija avec Muhammad 6 (en vérité : 2 garçon et 4 filles) au lieu de 5 (dans le livre). Sans parler de quelques scènes qui n’apparaissent dans aucun écrit de l’histoire arabo-musulmane…

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  10. Marek Halter, sioniste avéré… je crains le pire …

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  11. Quelqu’un peut me dire quand sort le tome 2 des femmes de l’Islam? Je suis trop pressee!!! 🙂

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  12. Dahmane Ben Achour

    Paix à vous tous,
    J’ai lu le « roman » de la page 02 à la page 40 et j’y ai trouvé plus que les erreurs évoquées par « Zou ».
    Ce livre n’a ni l’intérêt d’une biographie (aucune rigueur bibliographique), ni le style d’écriture d’un Auteur (Flaubert, Zola ou Céline plus récemment, ne sont plus).
    Une seule cohérence, de bout en bout, le mensonge. Quelques bribes de vérité ici est là pour donner des repères aux connaisseurs. Pour le reste, les gris gris classiques pour appâter le lecteur : anachronisme (féminisme avant le féminisme, démocratie avec la prétendue Mala), descriptions anatomiques connotées, des repas pour les épicuriens, des complots, des alliances, …
    Deux corrections avant de clôturer :
    1- LE Mala (n.m.) en arabe désigne le public qui assiste à un meeting politique ou un concert. Marek aurait dû chercher plus pour trouver « Dar an-nadwa » qui était l’assemblée des puissants de la Mecque dans la période ante-islamique.
    2- Abu Sufiane était plus âgé que Muhammad de 10 ans. En faire des jeunes du même âge laisse penser qu’ils se disputaient une richissime veuve.
    3- L’écart d’âge entre Muhammad et Khadija est de 15 ans. Il s’est marié à elle à l’âge de 25 ans (et non 27 ou 28 ans).
    Je crains le pire pour les tomes à paraître car je vois d’ici les polémiques éculées sur Fatema et Aïcha.
    Salutations.

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