Elle lit des nouvelles

Risibles amours, de Milan Kundera

13381689865_362acc9459_oNous traversons le présent les yeux bandés. Tout au plus pouvons-nous pressentir et deviner ce que nous sommes en train de vivre. Plus tard seulement, quand est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens.

La préparation de mon voyage à Prague (qui approche, qui approche) a été bien sûr l’occasion, ou le prétexte, pour me replonger dans les textes de mon cher Kundera, et j’ai choisi ce recueil de nouvelles écrites entre 1959 et 1968, et qui est un peu le point de départ de toute l’entreprise romanesque de l’écrivain.

Un jeune enseignant qui, parce qu’il refuse de rédiger une note de lecture, voit sa vie devenir un enfer ; deux don Juan en goguette ; un jeu de rôles qui tourne mal ; un marivaudage cruel ; deux anciens amants qui se revoient par hasard quinze an après ; le déclin d’un vieux séducteur ; un jeune homme qui fait semblant de croire en Dieu pour séduire une jeune filles : tels sont les personnages et les sujets de ces contes cruels où l’amour est malmené.

Pantins souvent ridicules, séducteurs en échec, les personnages de Kundera ne cessent de poursuivre le désir, et celui-ci les pousse parfois dans des situations invraisemblables, d’autant qu’ils ne sont pas aidés par l’absurdité du système politique communiste, ligne de force de l’oeuvre de Kundera et toujours présent en arrière-plan. Infini du désir et finitude de l’être, Éros et Thanatos, légèreté et profondeur, amour et vanité… dans une valse à la fois cruelle et mélancolique, Kundera sonde les profondeurs de l’âme humaine et les analyse avec une finesse extraordinaire. Ici, l’amour n’est pas une chose sérieuse, il n’est qu’un jeu de dupes, un jeu de rôles, sujet d’une comédie parfois tragique. Ce qui est en jeu, c’est le précaire masculin, incarné par des séducteurs inconstants qui bavardent beaucoup mais agissent peu, qui se voudraient des don Juan dans un monde où don Juan est mort : « Don Juan était un conquérant. Et avec des majuscules, même. Un Grand Conquérant. Mais, je vous le demande, comment voulez-vous être un conquérant dans un territoire où personne ne vous résiste, où tout est possible et où tout est permis ? L’ère des don Juan est révolue ». Phrase magnifique dans sa justesse, et qui résume tout le drame des personnages de Kundera, dans ses nouvelles et aussi dans ses romans, puisque le mythe de don Juan est omniprésent dans toute son oeuvre.

Evidemment, un bonheur de lecture indicible, d’autant que lorsque j’ai commencé ce recueil, j’ai appris qu’un nouveau roman de Kundera paraîtrait en avril chez Gallimard, ce qui me met en joie pour deux raisons : d’abord parce que cela fait un roman de plus à lire, et d’autre part parce que ça relance l’auteur dans la course au prix Nobel. Parce que si un jour Kundera devait mourir sans avoir eu le prix Nobel, je ne le pardonnerais jamais à l’Académie.

Risibles Amours
Milan KUNDERA
Gallimard, 1970/1984 (Folio, 1986)

15 comments on “Risibles amours, de Milan Kundera

  1. L’insoutenable légèreté de l’être m’attend..

    J'aime

  2. Ah, Kundera, j’ai déjà réservé son prochain roman…

    J'aime

  3. J’adore Kundera… Il faudrait que je le relise…

    J'aime

  4. Dynamite Nobel

    Tu attaches de l’importance aux prix artistiques et en particulier littéraires ? Et le Nobel en plus ! Tu veux dire que ton chouchou a fait aux Belles Lettres ce qu’un terroriste comme Arafat a fait à la Paix ? (Cela ne veut pas dire que d’immenses écrivains n’ont pas été couronnés, comme Mann ou Vargas Llosa, seulement, ce n’est pas une mesure fiable du talent).

    J'aime

  5. L’insoutenable légèreté de l’être est encore dans ma PAL, je me lancerais un jour c’est sûr…

    J'aime

  6. Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaan ahhhhhhhh un nouveau roman ? Punaise la bonne nouvelle de la journée !
    *sautille*

    J'aime

  7. pralineries

    Kundera est un de ces écrivains que j’aime lire et relire…

    J'aime

  8. Ping : La fête de l’insignifiance, de Milan Kundera | Cultur'elle

Répondre à lorouge Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :